Si John Carter est relativement inconnu du grand public en France, 2012 marque pourtant le centenaire du premier tome de la saga inventée par Edgar Rice Burroughs, également créateur de Tarzan. Beaucoup seront peut-être étonnés de voir des similitudes flagrantes entre cette oeuvre et les univers de Star Wars ou Avatar. Normal, Le Cycle de Mars est bel et bien la saga précurseur de tout un pan du cinéma populaire et voit enfin le jour sur grand écran après avoir inspiré tant d'auteurs. En charge du projet, le co-scénariste et réalisateur Andrew Stanton nous offre un voyage interplanétaire entre le western et la science-fiction. Un film entre deux mondes spectaculaire et qui réserve quelques splendeurs visuelles.

Après nous avoir impressionnés avec Le Monde de Nemo et WALL-E, on ne doutait pas un seul instant que Andrew Stanton réussisse son pari d'adapter les aventures du premier héros de l'espace. Tout comme son collègue de Pixar Brad Bird avec Mission: Imposible - Protocole fantôme, ce spécialiste du film d'animation traverse la frontière en dirigeant un long-métrage live ou plutôt un film de transition tant les effets numériques et les créatures digitales sont légion. Souvent époustouflant en termes visuels, John Carter embrase des courses poursuites aériennes ou découpe des chevauchées fantastiques sans que l'action ne soit jamais illisible. C'est tout le talent d'un conteur perfectionniste qui offre un spectacle impressionnant graphiquement sans se perdre dans sa narration. Dotée d'une direction artistique magistrale, d'une partition magistrale composée par Michael Giacchino et d'un sens du rythme ad hoc en regard de la durée du métrage, John Carter séduit par sa cadence et l'installation progressive de ses personnages, même si la 3D s'avère une fois encore inutile.

Au premier plan, Taylor Kitsch rassure rapidement dans le rôle titre. Avec son style décontracté, son air bravache et son regard rebelle, il incarne avec justesse le soldat traumatisé et le héros déboussolé avec une pointe d'humour bienvenue. Affûté physiquement, l'acteur est d'autre part très à l'aise dans les séquences d'action. Dommage que le principal antagoniste, Sab Than, ne soit pas à la hauteur de l'évènement, tant par sa caractérisation que par l'interprétation outrancière de Dominic West. Mais John Carter, c'est aussi un bestiaire foisonnant d'innombrables chien-lézards ou grands singes blancs. Les créatures les plus réussies restent sans conteste les Tharks, humanoïdes géants à quatre bras à qui les effets spéciaux rendent hommage. Derrière les masque digitaux, Willem Dafoe, Thomas Haden Church et Samantha Morton donnent vie et voix aux personnages emblématiques de l'univers créé par Edgar Rice Burroughs (l'auteur étant astucieusement inclus à l'intrigue en tant que personnage secondaire...).
A la fois western métaphysique, oeuvre de science-fiction écolo et film politique aux jeux de pouvoirs grisants, John Carter évite les discours naïfs et propose une aventure où la poussière du désert se mêle aux étoiles de la galaxie. Le divertissement, sans être d'une extrême originalité, bénéficie d'un savoir-faire indéniable. De la terre au ciel, le film respire en tout cas la vision d'un cinéaste passionné.
Par Nicolas SCHIAVI