Laurence Anyways


le 27 avril 2012 à 16h31 , mis à jour le 14 juin 2012 à 14h19.
Temps de lecture
0min

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Laurence Anyways

Note de la rédaction

Genre : 
Comédie dramatique

Nationalité : 
Canada

Année de production : 
2012

Sortie : 
18/07/2012

Durée : 
2h39min

Réalisateur : 
Xavier Dolan, Xavier Dolan

Acteurs : 
Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye, Monia Chokri, Susan Almgren, Guylaine Tremblay, Yves Jacques, Catherine Bégin, Sophie Faucher

Distributeur : 
MK2 Diffusion

Sur une décennie, les amours tumultueux d'un jeune couple confronté aux conventions et aux préjugés.  

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La critique : Esthétique pub et traitement superficiel d'un sujet viscéral. Xavier Dolan se (et nous) perd.

J'ai tué ma mère et Les amours imaginaires, les deux premiers longs métrages du surdoué/surestimé Xavier Dolan, ont ses fans comme ses détracteurs. Laurence Anyways est tellement outrancier dans ses effets, sa durée et ses personnages qu'il promet des discussions encore plus controversées entre ceux qui vont adhérer et ceux qui vont rejeter en bloc. Précisons qu'il n'est pas nécessaire d'avoir vu les deux autres pour voir celui-ci, même s'il se dégage une vraie cohérence de trilogie. J'ai tué ma mère, Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways inscrivent sur l'écran un univers mental d'éternel jeune homme sentimental, bariolé de chansons pop, d'amours vives et fugaces, d'aphorismes anecdotiques comme on en commet à vingt ans. Comme l'esprit agité des teenagers en pleine croissance, incapables de fixer leur attention plus de dix secondes, Laurence Anyways clignote, sautille et revient obsessionnel à l'unique objet de son tourment. Le vrai problème de taille, c'est son absence de sexe. Dolan se focalise sur une histoire d'amour comme Almodovar en a déjà filmé, en mieux, dans des mélodrames transgenres au détriment même de la métamorphose (la nécessité impérieuse de se transformer et de changer de peau à 35 ans). Et ce qu'il propose n'est pas satisfaisant. D'une part parce que les personnages ne sont pas assez attachants et de l'autre parce que la seule hypothèse qui pourrait légitimer la nécessité de changer de sexe se révèle psychanalytique voire simpliste. N'est-ce pas un peu léger de dire que le personnage principal ressent le besoin d'être femme parce qu'il aimait déjà très jeune fouiller dans la garde-robe d'une mère possessive?

 

Laurence Anyways de Xavier Dolan

 

Les thèmes sont forts (la différence, la solitude, le manque et la quasi-impossibilité d'établir des rapports affectifs durables) mais cristallisés autour d'un personnage au départ complexe et mystérieux puis agaçant. A l'arrivée, le résultat n'est jamais troublant. Même la performance de Melvil Poupaud laisse de marbre et peut facilement prêter le flanc aux railleries. Dans ce registre casse-gueule, on conserve un souvenir plus marquant du dénuement et de l'androgynie de Tilda Swinton dans Orlando (Sally Potter, 1992). Les personnages secondaires ne sont pas mieux esquissés. Insignifiants ou hystériques, ils s'annulent dès qu'ils sont réunis. Dolan confond aussi la passion avec l'hystérie, la vitesse avec la précipitation. Le film dure plus de deux heures et s'avère beaucoup trop long pour son propre bien (une heure de moins l'aurait rendu plus digeste) mais on a paradoxalement l'impression qu'il manque des éléments nécessaires à la compréhension. Autrement, l'esthétique trop appliquée voire publicitaire, les clins d'œil répétés et le recours systématique à une imagerie kitsch de mauvais goût gardent le spectateur à distance. Pour convaincre à l'avenir, Dolan devra affiner ses manières et il lui faudra sans doute plus de maturité dans le traitement de ses sujets.

Romain LE VERN


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