Les succès d'"A propos d'Elly" et d'"Une séparation" ont donné envie aux distributeurs hexagonaux de faire découvrir les précédents longs métrages de Asghar Farhadi. Bien leur a pris. L'ambition est d'autant plus noble que "Les Enfants de Belle Ville" vaut le détour. Dans cette seconde réalisation, tournée en 2004 avant l'accession au pouvoir d'Ahmadinejad, le cinéaste iranien use déjà du suspense pour révéler en creux les dysfonctionnements d'un pays aux lois dadaïstes et aux mouvements contradictoires. A travers le parcours d'Akbar, jeune condamné à mort ayant manqué son suicide romantique avec son petite amie (qui, elle, y est restée), il dépeint une jeunesse handicapée, si vigoureuse mais désespérée face au joug des diktats et des tabous. Surtout, il met en exergue une loi effrayante («la loi du sang») qui, dans le cadre de la loi du talion, s'avère l'un des préceptes fondamentaux du judaïsme primitif et constitue une compensation financière à la famille d'une victime - ce prix à payer étant deux fois supérieur pour un homme que pour une femme (!). L'esprit de vengeance est expressément notifié, non pas tant comme finalité en soi, mais comme raison justifiant l'accomplissement de la loi de Dieu. Profitez-en : cette première collaboration du cinéaste avec la comédienne Taraneh Alidoosti recèle des qualités d'écriture, de mise en scène, de regard préfigurant "Une séparation".
Romain LE VERN
