Le nouveau film de Charlotte de Turckheim part d'une excellente intention, traiter le problème du surpoids avec humour, et évidemment, sans la moindre méchanceté. Tel est d'ailleurs le principe numéro un de son auteur, « rire de tout pour ne pas pleurer d'un rien ». Jusque-là, on adhère. Seulement, à l'arrivée, aucune promesse n'est tenue. La réalisatrice cumule les clichés et ne fait guère dans la finesse. Tout d'abord, il nous parait difficile de croire en cette situation de base où le personnage interprété par Lola Dewaere (fille de) se voit offrir par son propre époux un billet pour un séjour dans un centre d'amaigrissement. Quelle femme aujourd'hui accepterait pareil mépris ? D'autant qu'en ce qui concerne la jeune comédienne, les rondeurs dont elle se dit « victime » se révèlent plutôt discrètes et participent même grandement en son charme. Bref, si encore cette histoire se voulait « extrême » de par le ton abordé... Hélas, non. Charlotte de Turckheim persiste et signe une oeuvre beaucoup trop réaliste pour ne pas dire banale, au point de rendre la plupart des rebondissements prévisibles (citons notamment l'idée du mari volage, éculée au possible).

Dès lors, l'oeuvre s'enfonce peu à peu dans une médiocrité totalement inextricable. L'abattage des différents acteurs n'y change rien, les situations restent définitivement creuses. On espérait une comédie à la fois subtile et incisive, lorgnant par exemple du côté des Inconnus (souvenez-vous,
LePari, en 1997), mais à l'arrivée on se croirait revenu au temps d'un bon vieux Philippe Clair, bien que lui ait toujours assumé son immense grossièreté (pour s'en convaincre, il suffit de revoir l'introduction du film
Par où t'es rentré on t'a pas vu sortir, laquelle aborde une thématique relativement proche de
Mince alors !). Enfin, au-delà d'une drôlerie quasi inexistante (on retiendra néanmoins deux ou trois répliques), le propos se voit alourdi d'un mélange des genres assez inefficace. Les nombreux secrets de famille éparpillés tout au long du métrage ne connaissent aucun développement réel et paraissent alors d'une rare gratuité. Après
Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs ou
Les Aristos, Charlotte de Turckheim a décidément du mal à convaincre. Dommage, car sur scène, l'artiste assure véritablement.
Gilles BOTINEAU