A la manière d'un Robert Rodriguez (Sin City) ou d'un Zack Snyder (300), Edgar Wright a réussi à transcender le mot adaptation et créer un univers totalement barré, en symbiose avec le comic-book de Bryan Lee O'Malley. La bande-annonce et les premières images du film n'étaient que des petits amuse-gueules face à la claque visuelle qu'est réellement Scott Pilgrim. Avec son lot de "Bam", "Paf" et autres onomatopées, Wright a puisé toute l'essence de cette histoire jouissive et en a fait une expérience visuelle unique.
Interprété par un Michael Cera au top de sa forme (probablement son meilleur rôle à ce jour), Scott Pilgrim est un adolescent qu'on a immédiatement envie d'adorer. Son entourage est tout aussi amusant que décalé, et la distribution impériale fait ses preuves dès la première conversation hilarante où le groupe se moque de la nouvelle amourette de Scott. Entre le Petit Neil qui connaît par cœur les chansons du groupe mais qui n'en fait pas parti, et la batteuse (Alison Pill de Harvey Milk) qui n'arrête jamais les sarcasmes, on ne peut qu'adorer leurs déboires pour devenir un groupe reconnu. Scott, quant à lui, tente désespérément de sortir avec Knives, une petite asiatique de 16 ans. De cette relation va naître la rencontre qui va le bouleverser, lui et son entourage. La grosse qualité de la partie "romantique" du film est de justement montrer toutes les facettes d'une rupture et d'un coup de foudre. Scott ne se rend pas compte du mal qu'il fait aux autres alors qu'il rompt brutalement avec Knives, d'autant qu'il a toujours eu du mal avec ses ex, et qu'il laisse tomber le groupe. Scott a autant de relations douteuses dans son passé que la fameuse Ramona, protégée par sa ligue d'ex-copains déchaînés. LE côté humain du film n'est pas délaissé par les images et créations de Wright, bien au contraire, il est même renforcé. Il n'y a qu'à voir la relation entre Scott et son colocataire gay (Kieran Culkin, exceptionnel) pour s'en persuader.

Mais ce qui rend
Scott Pilgrim bien plus jouissif que la moyenne est bien sûr tout ce qui entoure la ligue des sept ex-copains de Ramona, et tous les combats qui en découlent. Avec une imagination débordante et un rythme incroyable, Wright arrive à rendre les sept combats passionnants, sans jamais se répéter, toujours avec un humour redoutable. Entre le premier combat qui intervient au milieu d'un concert, et le dernier qui utilise les règles du jeu vidéo avec génie, on se retrouve avec des chorégraphies superbes, des prestations physiques bluffantes, et des effets spéciaux complètement dingues. Au programme se trouvent une lesbienne qui a pris très au sérieux sa relation avec Ramona (engageant un combat entre filles où Mary Elizabeth Winstead montre ses talents), un végétarien aux pouvoirs mystiques (Brandon Routh), un acteur de films bidons aidé de sa troupe de cascadeurs (Chris Evans), un producteur de disques manipulateur (Jason Schwartzman) et deux jumeaux musiciens très talentueux. Tous apportent des combats originaux, drôles, qui sont aidés par cette volonté de toute l'équipe de faire quelque chose de nouveau.
Plongé dans un univers geek, il est impossible de résister à ce que
Scott Pilgrim offre. Un logo Universal en pixels, des références invraisemblables (Ma super ex), des seconds couteaux uniques et même deux caméos succulents. De bout en bout, le troisième film d'
Edgar Wright s'impose comme son meilleur. Un film qui prouve que le bonhomme est un génie absolu, que
Michael Cera est capable de tout, et que surtout, l'année 2010 n'est pas si morose que ça.
Thibault TURCAS