The Amazing Spider-Man synthétise-t-il les maux du septième art américain d'aujourd'hui ? En proposant un nouveau départ aux aventures de l'homme araignée, les studios Sony tournent en rond. Sam Raimi a clôturé sa trilogie en 2007 et le cadavre n'est pas encore froid que la compagnie se jette déjà dessus pour récupérer les restes et jouer au Dr Frankenstein. Comment ne pas y voir l'échec d'une industrie qui peine à se réinventer et à proposer autre chose que des films de super-héros ? Marc Webb, réalisateur de pub accompli et auteur d'une comédie romantique remarquée ("500 jours ensemble") a relevé le défi : relancer les aventures de Spider-Man alors que nous avons tous un souvenir prégnant des versions de l'homme derrière "Evil Dead". A l'arrivée, le film est efficace mais jamais transcendant.
La bonne idée des producteurs est d'avoir confié le rôle principal à Andrew Garfield, qu'on avait adoré dans "The Social Network" et "Never Let Me Go". L'acteur apporte une jolie fragilité à Peter Parker, décrit ici comme un marginal séduisant et un romantique maladroit. Son duo avec Emma Stone, rayonnante d'autorité et de sensualité, est au coeur du long-métrage. The Amazing Spider-Man impose d'ailleurs une distribution ad hoc (Martin Sheen, Sally Field, Denis Leary) où chaque acteur parvient à trouver la justesse de son personnage. On avait déjà pressenti que le cinéaste savait diriger ses comédiens. Il nous le prouve une fois pour toutes, permettant même à Rhys Ifans de jouer au savant fou sans cabotiner.
Le Lézard, véritable métaphore du projet (comment une franchise change de peau tout en restant la même) est la grosse déception de cet opus. Graphiquement, la Bête est superbe de puissance et d'agilité. La peau reptilienne du monstre au sang froid et les textures nuancées que génèrent la créature bénéficient d'effets visuels très réussis. The Amazing Spider-Man peine pourtant à faire naître un combat d'anthologie entre le super-héros et ce vilain emblématique. D'ailleurs, tous les sujets sont exploités sans jamais fasciner : la mort de l'oncle, l'enquête pour trouver le meurtrier, la recherche de la vérité sur la disparition des parents, la relation entre Peter Parker et le Dr Connors... Après une introduction d'une heure aux airs de déjà vu, le scénario dispose de manière trop évidente les pièces d'un puzzle mythologique qui n'attendent que les futurs longs métrages de cette nouvelle saga.
Heureusement, les scènes d'action restent spectaculaires et la techonologie permet aujourd'hui des mouvements toujours plus fluides quand le super-héros voltige. Par ailleurs, Marc Webb a la sagesse d'utiliser la 3D a bon escient : le procédé sert de catalyseur aux scènes romantiques entre les deux adolescents et c'est l'intime qui ressort grandi de l'expérience visuelle. Dommage que la partition musicale de James Horner ne soit pas à la hauteur : sans humour et faisant souvent appel au céleste, la musique transcende maladroitement les actes de Peter Parker alors que Marc Webb tente de faire l'inverse, en redonnant une humanité attachante au héros du peuple américain et en injectant une drôlerie détachée chez le protagoniste. Un équilibre qu'avait su trouver Sam Raimi dans "Spider-Man 2".
Là où Christopher Nolan propose sa vision d'auteur avec la trilogie "Dark Knight", recréant la mythologie à partir de ses propres obsessions, Marc Webb n'apparaît qu'en très bon artisan d'une légende marvelienne. Cela ne suffit pas totalement à relancer une franchise cinématographique qui avait déjà redémarré il y a dix ans.
Par Nicolas SCHIAVI