Nous avions quitté Mamoru Hosoda avec La Traversée du Temps, petite merveille de cinéma ludique sur fond de failles temporelles. Voici le cinéaste de retour avec une oeuvre originale imaginée par lui-même. Désertant les contrées verdoyantes de sa précédente création tout en poursuivant sur ses thématiques intimes, Mamoru Hosoda s'affirme en tant que réalisateur avec lequel il faudra compter, en témoigne son Summer Wars de haute volée. Entouré des talents communs de Yoshiyuki Sadamoto au chara-design et du scénariste Satoko Okudera, le studio Madhouse livre le film d'animation de l'été, une oeuvre capable de toucher tous les âges par l'intelligence de son propos ainsi que son énergie communicative. L'été s'annonce épique.
Une oeuvre d'animation universelle
L'une des réussites rares de Summer Wars réside dans cette faculté de confronter virtuel et réel, le numérique au physique. Cette problématique à priori insoluble trouve pourtant ici une passionante incarnation. La famille de Natsuki, l'élement perturbateur dans la sage vie de Kenji, devient le centre de toutes les attentions alors que la catastrophe rôde autour d'eux. Les scènes avec la fratrie sont typiques des oeuvres japonaises avec des sentiments exacerbés, des rires, des pleurs. Tout le dispositif de mise en scène contribue à nous rendre acteur des destinés se déroulant sous nos yeux. Le procédé se montre payant, et nous sommes plus d'une fois touché par des péripéties très terrestres. La mort, l'amour, la naissance, les conflits intra-familiaux, le rire, la vie, la dépendance ... On a l'impression que Summer Wars aborde chaque grand thème avec une précision d'ethnologue sans jamais nous lasser, ne perdant pas de vue sa mission, divertir, emporter le spectateur au sein d'un récit vaste et simple à la fois. Osons le mot, grand-public, sans limiter la puissance de son propos universel.

Monde virtuel et monde des hommes
Ainsi le fameux monde de Oz, super-réseau virtuel, est un lieu combinant bon nombre d'influence de la culture nippone. Cette gigantesque marmite rappelle parfois les visions oniriques d'un certain Paprika (de Satoshi Kon) avec lequel Summer Wars partage le goût pour la surenchère graphique, la perte des repères "réalistes". Loin d'être l'anti-thèse redoutée du monde réel, Oz est au centre de toutes les attentions. A la fois monde communautaire vertigineux et illimité (un Facebook puissance 1000), il devient naturellement le pendant de la tragédie familiale. L'équilibre de Oz est intimement lié à la réussite d'une modeste famille soudée. La plus belle des leçons du film ne résiderait-elle pas ici ? Avec de la tolérance et de la compréhension mutuelle, tous les possibles deviennent accessibles, et toute catastrophe ... surmontable.
Vincent MARTINI