Hip hip hip... Houba ! Voilà des mois, des années même, que l'on trépigne d'impatience à l'idée de découvrir le Marsupilami version Alain Chabat. C'est désormais chose faite. Et on en ressort... hilare ! La plupart craignaient un infâme désastre. Il faut dire que le projet était ambitieux. La bande dessinée se révélait d'abord extrêmement difficile à adapter, surtout en France, ne serait-ce que du point de vue des effets spéciaux. Droits d'auteurs oblige, Chabat ne put également s'inspirer des meilleurs albums, ceux notamment qui mettent en scène le fameux Marsu avec les non moins célèbres Spirou et Fantasio. Heureusement, rien n'arrête le cinéaste à l'origine d'Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, l'épisode le plus abouti à ce jour d'une saga en total déclin. Fort de cette belle expérience, l'homme tenta donc de se surpasser, aidé du scénariste Jeremy Doner (L'Arnacoeur). Alors, pari réussi ? Globalement oui, mais la réponse mérite d'être développée.

A l'exception d'une séquence d'ouverture magnifique, les quinze premières minutes de Sur la piste du Marsupilami apeurent véritablement. Bien que nécessaire, la présentation des différents protagonistes (ici au nombre de huit) s'allonge à n'en plus finir, et l'humour, jusque là bon enfant, n'arrache que de très rares sourires. Puis, l'intrigue s'installe. L'aventure débute. Et c'est à cet instant précis que l'auteur/réalisateur se lâche de façon inimaginable ! Si l'esprit de Franquin demeure, essentiellement sur le plan de l'aventure, les principaux gags, quant à eux, évoquent davantage les Nuls, les ZAZ et autres Farrelly Brothers. Un sacré cocktail. Evidemment, les puristes grinceront des dents. Peu importe. La majorité du public devrait savourer à juste titre les délires successifs d'un film où se mélangent références éclectiques (« Je suis une célébrité, sortez moi de là ! », « Qui ne saute pas n'est pas Paya ! », « C'était pas ma guerre... ») et stupidité pure. A ce sujet, nous aimerions beaucoup vous parler de canards, de chihuahua, de télévision « grotte-esque », d'oeufs de Pâques...
Bref, tant d'idées, aussi drôles qu'ingénieuses. Seulement, d'un commun accord avec Alain Chabat himself, nous avons décidé de ne divulguer aucun détail (ou presque), et ce, afin de vous laisser un maximum de surprises. Permettons-nous toutefois de rendre hommage au comédien Lambert Wilson, dont la performance au sein de ce métrage atteint régulièrement des sommets. Scène(s) culte(s) en devenir... Face à lui, Jamel Debbouze se dépense sans compter, Fred Testot multiplie les compositions (truculentes, cela va de soi) et Patrick Timsit joue les méchants cabots avec une extraordinaire jouissance.
Reste le Marsupilami. Techniquement irréprochable, le personnage fascine de bout en bout. Chaque élément qui le constitue, de ses yeux au moindre poil, en passant par l'inévitable queue, résulte d'un travail soigné. L'animal paraît si réaliste qu'on le considère aussitôt comme un acteur à part entière, prodigieusement expressif, loin de ces horreurs visuelles obtenues outre-Atlantique avec Scooby-Doo et Garfield. Chabat profite d'ailleurs de cet atout charme pour signer quelques moments de grâce entre deux crises de folie et se rapprocher discrètement de la famille Marsupilami lors d'heureux évènements. On ne le savait pas empreint d'une telle poésie... Vivement la suite !
Gilles BOTINEAU