Qualifié de chef-d'œuvre par James Cameron et tourné avec les caméras et la technologie du groupe Cameron-Pace, "L'odyssée de Pi", adaptation a priori impossible du roman de Yann Martel, est un livre d'images proprement stupéfiant, fonctionnant sur l'émotion et l'émerveillement, qui contient autant d'excitation que de vertige. C'est tout ce que l'on demande au cinéma. Il s'agit aussi et surtout d'un exploit technique parfaitement relevé, illustrant le combat d'un jeune indien qui, après avoir perdu sa famille, se retrouve sur un radeau de survie, seul avec un tigre du Bengale. Comme dans "Avatar", il y a derrière le divertissement un engagement écologique qui invite à prendre conscience de l'espace et du temps, rappelant que nous sommes responsables de la façon dont nous modifions notre environnement.
Les aventures ne manquent pas de cruauté (le zèbre et l'orang-outang face à la hyène, l'île perdue avec les suricates) et l'efficacité du survival opposant l'homme et la nature est amplifié par une utilisation de la 3D remarquable - sans conteste la meilleure depuis "Avatar". La symphonie des images et des sons fait que l'on oublie tout. Plus précisément, toutes les séquences avec le tigre du Bengale époustouflent (cela peut paraître saugrenu de dire ça mais en plus d'être d'une beauté inouïe, le tigre joue très bien). Cette épopée féérique et mystique est prompte à émerveiller toutes les catégories et toutes les sensibilités de spectateur, en particulier les enfants, jusque dans la confrontation au danger et à la mort traitée sans infantilisation. Les adultes seront sans doute sensibles à la réflexion sur les mythes et l'approche d'Ang Lee qui exploite au mieux des séquences plus intimistes ou mélodramatiques, rappelant au passage qu'il est autant le réalisateur de "Tigre et Dragon" que du "Secret de Brokeback Mountain". Un cinéaste imprévisible donc pour un résultat enchanteur et prodigieux.
Romain LE VERN