Calvin Lee Reeder a prouvé dans ses précédents courts métrages que le bon goût était l'ennemi de la créativité. Après avoir fait le tour des festivals, son premier long ne sort nulle part ailleurs qu'en France et possède au moins le mérite de la bizarrerie. Affichant un mépris souverain envers les conventions usuelles du récit, "The Oregonian" ne raconte rien et ne nous épargne rien (agression sonore, pose gratuite, emprunts à David Lynch), mais ça fait partie de son charme.
C'est du cinéma alternatif et indépendant, abrasif et expérimental, avec une actrice (Lindsay Pulsipher, échappée de la série True Blood) en guise de balise, pourvu d'une capacité à créer des images irréelles, à la fois angoissantes, drôles et fascinantes. Le résultat ressemble à ces aberrations agressives des années 70, où les cinéastes faisaient semblant de prendre des substances illicites pour se penser artistes. Si à tout hasard vous avez aimé "Last House On Dead End Street" (Roger Watkins, 1977), alors il y a de fortes chances pour que vous compreniez le plaisir très coupable de "The Oregonian".
Romain LE VERN