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Ciné-Club #03 : "L'échelle de Jacob", Tim Robbins au coeur des ténèbres

RLV photo par
le 26 août 2012 à 00h00 , mis à jour le 26 août 2012 à 13h45.
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4min
L'échelle de Jacob, d'Adrian Lyne, le meilleur film fantastique des années 90

L'échelle de Jacob, d'Adrian Lyne, le meilleur film fantastique des années 90 / Crédits : DR

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News Ciné-Séries Chaque week-end, retour sur un film culte et oublié. Qui aurait pensé, au début des années 90, que le réalisateur de "Flashdance" signerait le plus grand film fantastique de la décennie ?

Jacob Singer (Tim Robbins), ancien professeur de philosophie traumatisé par la guerre du Viêt-Nam, est devenu un employé des postes new-yorkaises qui a perdu toute envie de théoriser. Désormais, il vit avec sa femme, sans se poser de questions. Mais, peu à peu, il est assailli de visions terrifiantes liées à son passé...

 

"L'échelle de Jacob" est peut-être le meilleur film fantastique des années 90. C'est paradoxalement le plus sous-estimé. On ne le doit pas à Wes Craven, ni à John Carpenter mais à Adrian Lyne, le réalisateur de "Flashdance" et de "Liaison Fatale". Il est sorti peu de temps après "Angel Heart", d'Alan Parker et surtout la même année que "Ghost", de Jerry Zucker, dans lequel Patrick Swayze donnait des cours de poteries à Demi Moore. D'ailleurs, on pourrait presque s'amuser à énumérer les points communs entre "Ghost" et "L'échelle de Jacob" tant les deux films se ressemblent. Et ce n'est pas un hasard puisque leurs scénarios sont redevables au même auteur : Bruce Joël Rubin.

La différence ? "Ghost" était totalement ancré dans son époque, avec en plus le show de la pétulante Whoopi Goldberg. "L'échelle de Jacob", dont le titre s'inspire du mythe biblique caractérisant la séparation de l'homme et du divin, recèle une construction plus complexe, commençant comme un film de guerre avant de se poursuivre dans la quatrième dimension, quelque part entre thriller paranoïaque et mélodrame fantastique. Ce qui est sûr, c'est qu'il a inspiré des tonnes de films, de "Donnie Darko", de Richard Kelly à "Source Code", de Duncan Jones, en passant par "Sixième Sens", de M. Night Shyamalan jusque dans la révélation finale ; et son atmosphère de cauchemar éveillé a préfiguré le jeu vidéo "Silent Hill".


"L'échelle de Jacob" est aussi et surtout un film que l'on prend plaisir à voir à répétition, ne serait-ce que pour la puissance mémorable de certaines séquences : ce viol mutant et stroboscopique en pleine soirée ou encore ce bain de glace, inspiré du clip Psycho Therapy des Ramones, réalisé dans les années 80 par Bernard Rose (Candyman).

A chaque nouveau visionnage, on découvre des indices supplémentaires, faisant appel à des intuitions et des notions communes. Par exemple, lorsqu'il prend dans le métro, Jacob voit des affiches publicitaires sur lesquelles sont inscrits les mots "Hell" et "Ecstasy". Il est également poursuivi par des démons effrayants comme échappés d'un tableau de Bosch que l'on serait tenté de comparer à des passeurs de Hadès.

Visuellement, tout a été mis en place pour créer une réalité fuyante. La dualité des personnages est accentuée par la mise en scène. Jezebel, la femme de Jacob (Elizabeth Peña, remplaçant au pied levé Madonna, initialement prévue pour le rôle), est une clé essentielle à la compréhension du récit, d'autant que son prénom possède la même connotation biblique que celui de son mari. Il suffit de l'observer, sexy et maligne comme le diable.


Un peu comme dans la scène du début où il doit choisir entre deux rails de train, Jacob flotte entre la vie et la mort. Chaque élément même le plus infime le retient sur terre ou le propulse en enfer. C'est le principe du purgatoire. La photo de son fils l'aide à ne pas s'effondrer et son seul allié, un ami chiropracteur (Danny Aiello) apporte un peu de chaleur et d'humanité dans cet écrin cauchemardesque. Si ses apparitions et ses paroles font du bien, c'est parce qu'il incarne un ange qui guide Jacob et parfois vient le sauver. On retrouve dans cette approche spiritualiste la philosophie de "Au Cœur des ténèbres", de Joseph Conrad : des anges guident chacun sur le seul chemin qui lui est destiné.

L'âme de Jacob survit dans les limbes, mais son corps est en lambeaux (les monceaux de pieds et de main jonchant sur le sol humide, insalubre, dans les tréfonds de l'hôpital).

A l'arrivée, ce film bouleversant, sublimé par la musique de Maurice Jarre, transcendé par des interprètes hors pair, tourné à la fin de l'ère Reagan, remplit une somme formidable de conditions, de critères et de conventions.

 

 

 

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