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Interview André Dussollier (Une exécution ordinaire)

Edité par
le 03 février 2010 à 00h01
Temps de lecture
5min
Une Exécution ordinaire

Une Exécution ordinaire /

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DossiersDans la peau du dictateur Staline, André Dussollier trouve l'un de ses plus beaux rôles, prouvant, si besoin est, son incommensurable talent.

Sorti aujourd'hui dans nos salles, Une exécution ordinaire s'impose définitivement comme l'une des premières claques cinématographiques françaises de cette année 2010. Dans la peau du dictateur Staline, André Dussollier trouve l'un de ses plus beaux rôles, prouvant, si besoin est, son incommensurable talent. Il incarne pour la première fois de sa longue carrière un personnage sombre et terrifiant avec toute la complexité qui en découle. Jusqu'à présent, rarement un acteur français nous avait offert une partition aussi vraie au sein d'une telle reconstitution (bien que mélangée de fiction). Il serait injuste que le public, voire la profession, ne lui rendent pas l'hommage qui lui est dû. Avec ce film, André Dussollier entre définitivement au Panthéon des plus grands comédiens du cinéma français. L'occasion rêvée d'une rencontre avec un homme d'exception, d'une finesse et d'une gentillesse incomparable. Nous l'interrogeons alors sur le film de Marc Dugain, mais aussi sur son incroyable parcours et ses futurs projets.

 

Une Exécution ordinaire
 
Quelle fut votre réaction lorsque Marc Dugain est venu vous proposer le rôle de Staline ?
Je me suis dit : « Ils sont fous ! Qu'est-ce qui leur prend ? Pourquoi moi ?! Ont-ils vraiment fait le tour de tous les acteurs envisageables ? Si oui, cela signifie peut-être qu'ils ont tous refusé et qu'ils viennent me voir par dépit... ». Non, très honnêtement, je ne pense pas être allé aussi loin dans la réflexion. Je ne me souviens plus vraiment. Je crois que ma vanité a été touchée parce que j'avais toujours manifesté une envie de jouer des personnages très différents. Mais est-ce cela qui les a amené à moi ? Je ne pourrais vous dire... En tout cas, j'aime, lorsque je me trouve dans une salle de cinéma, être surpris par la performance d'un acteur, au point parfois de ne pas toujours le reconnaître... Je me souviens une fois avoir vu un film avec Sean Penn, sans savoir que c'était lui. Il jouait le rôle d'un avocat, les cheveux un peu frisés (dans L'impasse de Brian de Palma, ndlr)... Et j'ai mis du temps avant de me rendre compte que c'était lui. La performance physique, mais aussi celle de l'acteur dans sa globalité, m'ont tellement bluffé que sur le moment j'en ai oublié le casting. Dès lors, j'étais partagé entre la joie et l'étonnement, ce genre de choses n'arrivant que très rarement, bien évidemment... Et je pense que c'est ça le métier d'acteur : toujours aller vers l'inconnu, ne jamais refaire la même chose. Mais cela peut prendre du temps, on ne maîtrise pas forcément tout du premier coup... Et puis il faut aussi trouver LE metteur en scène qui ait cette envie véritable de vous voir dans un rôle nouveau, inattendu. C'est marrant d'ailleurs, parce que j'ai découvert ça assez vite en moi. Je savais que j'étais capable d'interpréter des personnages diamétralement opposés les uns des autres. Par exemple, au tout début, lorsque j'étais au Conservatoire, je passais de nombreuses comédies avec Nathalie Baye. Mais il a suffi que je mette le pied dans la famille des auteurs français disons... « sérieux », pour que, tout d'un coup, j'apparaisse comme un acteur « intello ». Donc, après, il faut être prêt à attendre de longues années pour en sortir et espérer enfin trouver des choses un peu différentes. Parfois même une vie est nécessaire pour que les gens vous perçoivent, et perçoivent surtout en vous ce désir de changement... Bref. Pour en revenir à cette proposition de Staline, c'était la plus excessive qu'on ne m'ait jamais faite. Donc, d'un côté, je me suis dit : « Non, je ne vois pas pourquoi moi... », et d'un autre, j'étais très intrigué, et par conséquent attiré...
 
Comment avez-vous abordé le personnage ?
J'ai d'abord regardé ses photos. Je remarque alors deux caractéristiques assez flagrantes du personnage, celle d'un homme toujours en arrière, l'oeil mi-clos, bridé, et jaugeant son monde avec une sorte de supériorité, l'air presque assassin. J'ai ensuite lu certains textes le concernant. J'ai aussi demandé à faire des essais, avec une simple perruque, une moustache... On en a rapidement fait d'autres. Puis j'ai commencé à me prendre au jeu, et nous voilà alors partis dans l'aventure. J'aimais beaucoup le scénario et sa construction, malgré le long chemin à faire pour pouvoir véritablement arriver à ses fins. Mais au moins, c'était un chemin précis, parce qu'il y avait Staline, un personnage ayant existé, qui représente donc déjà quelque chose pour le spectateur et la mémoire collective en générale. Il n'y avait pas de tergiversation possible. J'étais obligé d'aller en ligne droite et de m'en rapprocher le plus fidèlement. Certes, j'aurais pu adopter d'autres manières de faire. Prenons Michel Bouquet, par exemple, dans Le Promeneur du Champ-de-Mars. Il ne cherche pas du tout à ressembler à François Mitterrand dans ses moindres détails. Il s'agit plutôt d'une approche intérieure, tout comme Eric Elmosnino dans Gainsbourg (Vie héroïque). Il y a bien sûr des points physiques comparables, mais chez l'un comme chez l'autre, il s'agit surtout d'un travail d'acteur au niveau de la psychologie du personnage. En ce qui me concerne, ce fut un travail tout autre. Je ne pouvais pas me contenter de me pencher en arrière pour espérer faire penser à Staline. J'avais besoin d'une représentation plus extrême pour pouvoir avancer dans ma propre recherche d'acteur. C'est donc là que sont apparus les maquilleurs. Et quand on s'est mis d'accord sur la transformation physique, j'ai pu apporter ce qu'un comédien se doit pour un tel rôle. D'autant qu'on a finalement très peu de documents sur Staline. Je me suis basé sur quelques discours, et c'est comme ça que j'ai ensuite pu construire le reste, lui redonner vie, trouver son attitude de tous les jours, dans sa manière d'être et de se comporter. L'idée, c'était d'arriver à ce contraste, cette dualité entre sa bonhommie apparente, son côté rassurant, mais aussi sa violence, notamment lorsqu'il est devant un auditoire, avec une réelle dureté dans ses propos... C'est ce qui le rend fascinant dans le fond. Dualité que le scénario apporte aussi dans la mesure où on y trouve non seulement le Staline que l'on connaît et en même temps un Staline plus secret, l'homme dans son intimité. Donc l'histoire laissait une place possible à l'imagination, on était en droit d'inventer, tout en restant dans la logique du personnage historique. On peut alors jouer sur un suspense inattendu, en se disant que, peut-être, face à cette femme, il sera apitoyé, ne serait-ce qu'un instant, et sans que cela ne se sache vraiment. Une humanité d'ailleurs renforcée par la fragilité qui lui est sienne, celle qui en fait un homme malade, dépendant d'un médecin et de son pouvoir de magnétiseuse. Au final, on ne peut jamais savoir quand le coup va venir et s'il va vraiment venir... L'homme reste totalement imprévisible. Tout ça fut vraiment agréable à jouer car j'avais une très belle matière pour construire le personnage, et ce, même s'il y avait un autre obstacle dont je n'ai pas encore parlé, c'est justement celui de la voix. Il s'agit d'une production nationale, donc tournée en langue française, ce qui peut choquer dans la mesure où Staline ne l'était pas. Le travail consistait alors à lui trouver la voix qui lui correspondrait le mieux par rapport à celle qu'il avait réellement mais aussi par rapport à ce qu'il fut en tant qu'homme et dictateur.
 
Comment se sont déroulés vos rapports avec Marc Dugain, qui tournait là son tout premier long ? Quel genre de cinéaste est-il ? Qu'est-ce qui le caractérise par rapport à d'autres avec qui vous avez tourné ?
C'est avant tout un homme de texte, d'écriture. Il est donc d'une très grande précision. Parfois trop. J'ai dû lui soumettre à plusieurs reprises l'idée d'ajouter au film quelques moments de silence. Certains dialogues dévoilaient beaucoup d'informations et cela ne me semblait pas toujours nécessaire. En tout cas, il sait ce qu'il veut. Il a le regard et la bonne écoute.
 
Et avec Marina Hands ?
Formidable ! Ça été un grand plaisir de jouer avec elle. Son rôle était également très complexe à interpréter, mais à l'arrivée, dans le film, sa performance est magnifique. Je ne la connaissais pas vraiment, on n'avait jamais joué ensemble, je l'avais découvert, comme beaucoup de monde, dans Lady Chatterley. Et je n'ai pas été déçu de cette rencontre. Je pourrais vous en dire bien plus mais après on va penser que j'en fais trop (Il sourit, ndlr).
 
Maintenant que vous avez joué Staline, y a-t'il d'autres personnages historiques que vous aimeriez interpréter ?
(Riant) Alors, Hitler, ça a déjà été fait... Qui n'a pas encore reçu les faveurs du cinéma ? Non, plus sérieusement, ce qui était intéressant avec le personnage de Staline, c'est le fait qu'il n'y ait pas eu beaucoup d'acteurs l'ayant interprété à l'écran. Vous avez alors beaucoup moins de repères, idée renforcée par le peu de documents à notre disposition. Ça excite donc davantage. Hitler, c'est différent, il y en a eu un certain nombre, dont pas mal de caricatures. Ici, ce n'en est pas une. L'image est vraie, bien que mêlée de fiction. Mais je pense qu'elle lui correspond. En tout cas, c'est ce que l'on a essayé de faire.

 

Une Exécution ordinaire
 
Depuis près de dix ans, on ressent une certaine cassure, dans le bon sens du terme, au sein de votre carrière. Vos rôles apparaissent plus variés, vous vous « lâchez » davantage, avec de vraies comédies mais aussi des films totalement « barrés », à l'instar du dernier Jean-Pierre Jeunet, Micmacs à Tire-larigot. Pensez-vous que Tanguy, et ce rôle de père que vous interprétez, d'abord adorable puis particulièrement odieux, ait pu participer à ce changement ?
Certainement. Et j'en suis très heureux. Comme je vous le disais précédemment, c'est ce que je recherche avant tout. J'aurais aimé le faire plus tôt. Mais on a mis du temps à me le proposer. Même à l'époque de Trois hommes et un couffin. C'est Coline Serreau qui a insisté pour que je sois dans le film. Autrement, aucun producteur ne voulait de moi dans ce projet. Je dégageais une image beaucoup trop sérieuse, bien loin de celle qu'on attend normalement de la part d'un acteur pour jouer dans une telle  comédie. Et curieusement, malgré le succès du film, il a fallu encore un peu de temps pour que l'on me propose de nouveaux projets en ce sens. Pas tant que ça, mais... Alors c'est vrai que le film d'Etienne Chatiliez a une fois de plus changé cette image que l'on se faisait habituellement de moi, encore et encore. On ne s'attendait pas à moi dans un rôle comme celui-ci. En tout cas, je me suis beaucoup amusé sur le tournage. Jouer les méchants, c'est pour moi un immense bonheur. Ce fut le cas avec le film de Jeunet, où je me retrouve face à Nicolas Marié. Là, on est dans le cartoon le plus total. Ceci étant, je prends autant de plaisir à jouer les gentils. J'aime beaucoup la définition que donne Marc Dugain à ce propos. Pour lui, un gentil est un méchant qui se cache. Parfois, cela peut se révéler vrai. Mais les deux sont tout aussi intéressants à aborder en tant qu'acteur. Par exemple, je rêverais de jouer au théâtre Ruy Blas. Mais si l'on me demandait quel rôle je souhaiterai faire, je pense que j'hésiterais entre Don Salluste de Bazan et Don César de Bazan, sa parfaite antithèse. L'idéal étant de pouvoir faire les deux... Je suis très content de cette évolution, le fait que l'on me propose des rôles très différents de ce que je faisais avant. Néanmoins, j'aimerais des choses encore plus « folles ». Je viens de voir le dernier film des Frères Coen (A Serious Man, ndlr). Et je suis très admiratif. Ils partent d'une situation anodine pour ensuite évoluer dans un délire total. J'aime beaucoup ce genre d'histoire, avec un vrai suspense psychologique, sans aucun effet visuel. Je suis également client de films plus hollywoodiens mais je reste avant tout épaté par la finesse et la complexité scénaristique. Enfin, mon rêve absolu serait de jouer un personnage totalement muet (Nous évoquons alors le prochain long-métrage de Michel Hazanavicius, ainsi que Silent Movie de Mel Brooks avec beaucoup de bonheur). Il y a encore plein de rôles que je n'ai pas abordés mais qui m'intéresseraient... J'attends qu'on me les propose.
 
Justement, parmi la « jeune » génération, quels sont les metteurs en scène avec qui vous aimeriez travailler et ainsi découvrir de nouveaux horizons ?
On en parlait juste à l'instant : Michel Hazanavicius. Son univers m'amuse beaucoup. J'ai été aussi très heureux de tourner avec Guillaume Canet, même s'il ne s'agissait là que d'un rôle secondaire (Ne le dis à personne, ndlr). Albert Dupontel, aussi, bien évidemment. Je suis un inconditionnel (La discussion nous amène à évoquer la performance de Catherine Frot dans Le Vilain. Il dévie alors sur son désir de travailler à nouveau avec la comédienne). J'aimerais que l'on écrive pour Catherine et moi une comédie complètement survoltée. C'est une actrice que j'apprécie au plus haut point. (Un temps) Oui. J'ai très envie de la retrouver.
 
Savez-vous justement si Pascal Thomas envisage de reformer le couple que vous formiez avec Catherine Frot dans Mon petit doigt m'a dit puis Le Crime est notre affaire, et ce, pour une nouvelle aventure adaptée d'Agatha Christie ?
Oui, apparemment, il en serait question (Le comédien sourit, ravi de cette nouvelle, plaisir que nous partageons). On ne sait pas encore quand le projet se concrétisera, mais c'est en cours. Je sais que Catherine sera cette année à l'affiche d'Imogène, une comédie policière comportant certaines similitudes avec les films de Pascal Thomas... Mais le film devrait être bien... On verra donc ensuite ce que l'on peut envisager tous ensemble.
 
Le 27 janvier dernier, l'un de vos précédents longs-métrages, Extérieur, Nuit, est ressorti dans une version remasterisée. Quels souvenirs en gardez-vous ?
C'était une époque où il y avait une véritable insouciance et une grande liberté de ton. C'était très agréable. J'ai beaucoup aimé ce tournage mais je regrette un peu que le cinéaste Jacques Bral n'ait pas fait beaucoup de films... (A l'heure où nous écrivons cette interview, l'annonce d'un nouveau projet circule, vraisemblablement prévu pour 2011, Rendez-vous au Paradis, ndlr). Extérieur, Nuit proposait en fait une réelle nouveauté. C'était un cinéma très moderne, sans vraiment d'équivalent à ce moment-là. 

 

Une Exécution ordinaire


Quels sont les films qui vous ont le plus marqué dans votre carrière ? Pas forcément en termes de succès ou de bonnes critiques, mais plutôt personnellement, en tant qu'acteur ou même en tant qu'homme ?
Il y a bien sûr Mélo d'Alain Resnais. D'une part pour le talent du metteur en scène que tout le monde connaît, mais aussi pour la complexité du personnage que j'interprète. C'est la première fois que l'on me proposait un rôle aussi pointu. Ça a énormément compté. Dans un tout autre genre, bien qu'une fois encore sous la direction de Resnais, je citerais aussi On connaît la chanson. Un projet très original et d'une incroyable intelligence. L'écriture d'Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri est fabuleuse. On en parlait aussi tout à l'heure, Tanguy d'Etienne Chatiliez, avec son décalage, et évidemment Trois hommes et un couffin. Ma rencontre avec Jean Becker a également beaucoup compté. C'est fabuleux parce qu'il m'a toujours proposé des choses diamétralement opposées, des Enfants du marais à Effroyables jardins, en passant par Un crime au Paradis. Et malgré cela, on reste dans une continuité, un style bien précis.
 
Et si vous deviez choisir les films qui vous représentent le mieux pour pouvoir les montrer à une personne qui ne vous connaît pas du tout...
Ce serait certainement les mêmes, Mélo en tête...
 
Et Les Acteurs de Bertrand Blier ? Savez-vous pourquoi il vous a choisi Josiane Balasko comme doublure ?
(Il rit) Non, il n'y aucun lien entre elle et moi. Mais je crois qu'il faut voir plus loin que ça. Souvent, on entend parler d'un projet avec tel acteur pour ensuite apprendre qu'il se désiste, pour une raison X ou Y, et qu'il se fait remplacer par un autre au physique diamétralement opposé. Je pense que Blier a voulu critiquer ces méthodes quelque peu étranges... Je regrette que le film n'ait pas marché auprès du public.
 
Quels sont vos futurs projets ? Vous donnez l'impression de les enchaîner en ce moment...
Ce sont les hasards de la programmation. Là, cela va faire près de neuf mois que je n'ai rien fait. Mais j'ai pour projet de revenir au théâtre début 2011, pour une pièce de création avec Niels Arestrup. Je tourne aussi d'ici quelques semaines dans le nouveau film de Marc Dugain, adapté d'une de ses nouvelles pour la télévision. Cela s'appelle La Bonté des femmes... D'autres longs-métrages sont également en cours de développement...
 
Vous vous êtes mis en scène au théâtre... La réalisation cinématographique vous tente-t-elle ?
(Il réfléchit) Ce n'est pas à l'ordre du jour... Il faudrait pour cela trouver un scénario qui m'attire en ce sens...

 

 

 

Propos recueillis par Gilles BOTINEAU

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