En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. En savoir plus
×

Interview Gaspar Noe (soudain Le Vide)

RLV photo par
le 24 mai 2009 à 00h01
Temps de lecture
4min
soudainlevide_haut

soudainlevide_haut /

À lire aussi
News
Gaspar Noé cite Rainer W. Fassbinder pour sa définition du mélodrame : pour qu’il soit réussi, il faut du sang, du sperme et des larmes. Avec Soudain le vide, le réalisateur d'Irréversible propose un trip mélodramatique, stroboscopique et kaléidoscopique. Le résultat est explosif.



Comment est né Soudain le Vide?
En réalité, il existe plusieurs versions du scénario. Je voulais réaliser ce film depuis longtemps, même avant Irréversible. Il a évolué au niveau de la forme et du concept. La première mouture du scénario, je l’ai écrite il y a une dizaine d’années. L’action ne se déroulait pas au Japon et j’avais même pensé le tourner en France et aux Etats-Unis. La base en revanche était similaire : capter l’esprit d’un homme mort, un peu à la manière des films fantastiques qui se situent entre la vie et la mort. A l’arrivée, le scénario final ressemble beaucoup au film. Pourtant, j’ai cherché à inverser l’ordre des séquences. Mais à chaque fois que je les déplaçais, je perdais paradoxalement en efficacité et en bizarrerie. Il y a un mois, je ne savais pas du tout si le film pourrait être prêt pour le festival de Cannes et j’ai fini le montage il y a seulement quelques jours. Je n’ai toujours pas la version définitive.

Qu’allez-vous changer ?
Tout d’abord, j’ai deux mois pour composer la bande-son que je veux avant tout mentale. Thomas Bangalter, avec qui j’avais déjà collaboré sur Irréversible, s’occupe des effets sonores. Dans cette version de Soudain le vide, on entend de la techno pendant les scènes de club mais seulement dans ce cadre-là. Le reste du temps, ce sont des sons mentaux. Visuellement, ce sera pareil. Quand par exemple la caméra s’élève et atteint l’avion, cette scène a été tournée en hélico. Et à partir des images prises en hélico, on veut tout refaire en 3D en conservant les meilleurs bouts. Tous les passages où la caméra passe par les murs vers la fin, cette partie-là a été tournée en 3D. On est en train de les finaliser pour que ça paraisse encore plus réaliste. Depuis le début, je voulais faire un film qui ressemble à la perception de la mémoire et du flash-back. Par la suite, j’imaginais adopter le point de vue d’un fantôme qui a des yeux. Dans la version définitive, l’image sera plus dédoublée, paraîtra plus onirique.



Comment avez-vous découvert le Bardo Thödol (Livre tibétain des morts), un texte du bouddhisme tibétain, cité à deux reprises ?
Je l’ai lu il y a longtemps et je me souviens qu’il avait déjà inspiré Philip K. Dick, qui montrait de l’esprit entre le décès et la réincarnation. Encore faut-il y croire car ce n’est pas mon cas. Toute ma vie, j’ai cherché par tous les moyens à provoquer des projections astrales et je n’en ai jamais eue. L’hypnose, les exercices respiratoires...


Pourquoi avez-vous choisi de situer l’action à Tokyo?
Je suis tombé amoureux du pays au moment de faire la promotion de mon film. Tokyo est une ville dont on tombe instantanément amoureux. C’est ce qui ressemble le plus au monde à Metropolis de Fritz Lang. Sauf qu’avec Soudain le vide, il s’agit d’une projection en technicolor. A cause des lumières et des gratte-ciels, on a l’impression que les personnages sont plus petits.

Est-ce que vous regrettez d’avoir mis autant de temps à porter ce projet?
Non. Avec le recul, je pense que c’est une bonne chose parce que techniquement, on n’était pas prêt et il était impossible il y a encore quatre ans de proposer un résultat aussi beau. Irréversible m’a permis d’expérimenter au niveau de la post-production numérique. Si le film est ce qu’il est aujourd’hui, c’est qu’il a été enterré à plusieurs reprises et que ce n’était peut-être pas le bon moment.



Qu’aimez-vous dans l’utilisation du stroboscope?
Pour m’amuser, j’ai fait une liste des titres que l’on pourrait retrouver dans la presse, comme "Soudain le bide" ou "Soudain la strobo" (il rit). A la fin d’Irréversible, il y avait déjà un effet de stroboscope que j’avais expérimenté avec comme influence The Flicker, de Tony Conrad, qui m’avait beaucoup impressionné. Je remixais Soudain le vide il y a deux jours et grâce au système de projection numérique, on peut faire des corrections à la dernière minute. Les idées de dernière seconde sont souvent les meilleures. Mais à l’époque, tous les dispositifs de truquage n’existaient pas à un prix abordable.

Propos recueillis par Romain Le Vern (Cannes, 2009)
Commenter cet article

      Nous suivre :
      WAT

        Papa was not a Rolling Stone - Bande-annonce officielle HD

      logAudience