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Interview : Jeremie Renier

par
le 19 octobre 2005 à 12h02
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5min
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Depuis La promesse, il a pris son envol, mais c'est toujours devant la caméra des frères Dardenne qu'il laisse exploser sa violente fragilité. Rencontre avec un comédien qui a su s'imposer, direct et sincère.

En découvrant le scénario, vous avez été immédiatement touché par ce rôle ?
Etrangement non, je n'ai pas été vraiment touché. C'est très particulier un scénario, c'est presque une esquisse, c'est un journal que l'on utilise pour travailler mais ça reste très linéaire, très descriptif et, souvent, les intentions de jeux ne sont pas précisées afin de préserver une certaine spontanéité. Il est donc assez difficile d'imaginer, juste en le lisant, ce que sera le résultat. Ce qui m'a surtout donné envie de me lancer dans cette aventure, c'est la joie de retrouver les frères Dardenne : j'ai une telle confiance en leur travail que je n'ai pas eu besoin de réfléchir pour accepter ce rôle. Je n'ai d'ailleurs lu qu'une seule fois le scénario, je n'avais pas envie de m'y replonger, je voulais même l'oublier et me laisser porter, entraîné aveuglément par Luc et Jean-Pierre.

Qu'est-ce qui vous qui vous plait dans leur façon d'aborder un film : le côte social, abrupt de leur mise en scène, leur univers?J'aime le regard qu'ils portent sur la vie et, contrairement à ce que j'entends souvent au sujet de leur cinéma, je ne trouve pas qu'il soit si dur, c'est réducteur de le définir ainsi. Rosetta est un film effectivement brutal mais l'univers de L'enfant est très différent, plus vaporeux, il y a de l'espérance, de l'amour, de la joie, des respirations, c'est une très belle histoire sur des gens paumés qui triment. Ce que j'apprécie beaucoup c'est qu'il n'y a pas aucun jugement de la part des frères Dardenne, ils ne font que montrer, contrairement à d'autres réalisateurs qui parfois cherchent à imposer une vision des choses. J'adore Clint Eastwood, par exemple, mais dans Million Dollar Baby, lorsqu'il s'arrête sur le décor de la chambre de Morgan Freeman, on voit vraiment qu'il cherche à émousser la pitié du spectateur, à lui montrer que ce pauvre homme vit dans un affreux réduit. Avec les frères Dardenne, jamais, même si l'on tourne dans des endroits parfois vraiment sinistres, le décor est intégré à l'histoire, il n'est pas filmé, on ne s'appuie pas dessus pour montrer quelque chose, ils ne cherchent pas à faire pleurer les spectateurs, c'est juste, d'une simplicité naturaliste, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne font pas appel à la musique pour amplifier l'émotion. Mais, au final, c'est plus leur façon de travailler qui me plait, les avoir en face de vous est un réel cadeau pour un comédien qui soudainement prend toute la place.


Qu'est-ce que vous entendez par prendre toute la place, ils vous laissent une grande liberté ou ils sont, au contraire, très proches de vous ?
Les deux en fait, ils sont toujours, dans le travail, très resserrés sur les comédiens, tout en les écoutant, en leur laissant la possibilité de s'exprimer. Ce qui est vraiment passionnant, c'est qu'il y a un moteur de recherche, ils ne sont pas là pour trouver absolument une solution ou l'aboutissement d'une scène,mais plus pour chercher, composer. On tâtonne, on se pose des questions bien avant le tournage, durant le tournage, on ne refait jamais la même scène, c'est une façon de travailler très morcelée et, c'est souvent au montage, face aux différentes versions d'une même scènes, qu'ils font leur choix. J'adore construire un personnage de cette façon. Je suis toujours insatisfait et c'est très agréable de pouvoir ainsi recommencer des prises, réfléchir à ce que l'on peut changer, améliorer, tester différentes palettes de sentiments, différentes façons de les exprimer. C'est souvent ce qui permet de se rapprocher vraiment d'un personnage, de le construire.

Qu'est-ce que vous avez l'impression d'avoir apporté à ce personnage ?
J'ai très vite ressenti le besoin de lui apporter une réelle humanité, montrer que, malgré le comportement qu'il peut avoir, il reste humain, généreux, un enfant qui sourit, s'effondre, pleure, un enfant qui ne se rend pas compte de ce qu'il fait, qui n'a pas conscience de la gravité de ses actes, de la frontière entre le bien et le mal, son seul objectif étant de survivre au jour le jour, de trouver de l'argent pour manger le soir. Au delà du côté affreux de son acte, je désirais, et j'espère que ce sera le cas, que les spectateurs s'attachent à lui, c'est un être paumé.


Vous vous sentez proche d'une certaine façon de son côté enfantin ?
Certainement, j'ai un peu de ce côté innocent, juvénile, pétillant qui est le sien ou que je lui ai finalement peut-être apporté, je suis aussi une sorte chien fou. Dans chaque personnage il y a des liens de causalité qui fonctionnent, me rapprochent d'eux, ensuite les univers sont différents, il faut construire autour. Bruno évolue dans une atmosphère que je ne connais pas, qu'il me faut imaginer, je dois aller vers lui, je dois créer un personnage, c'est là que le travail devient d'ailleurs véritablement intéressant, il faut sortir de ce que l'on est, changer sa façon de parler, de marcher parfois,

Vous ne vous êtes jamais senti dépassé par sa personnalité ?
Non, je reste toujours très conscient, c'est un métier, je ne suis pas Bruno et dès que la caméra cesse de tourner, en général, je me dégage de mon rôle, je suis à nouveau Jérémie, avec ses propres problèmes. Je sais que certains se sentent parfois happés par leur personnage, j'en connais qui ont besoin de vivre à fond avec. Personnellement, j'ai besoin d'arriver à vraiment faire la part des choses, et, même si le rôle est prenant, blessant, que le récit est cruel, ça ne me ronge pas, ça ne m'empêche pas d'être heureux sur un tournage, de déconner. S'ils sont exigeants, Jean-Pierre et Luc adorent également s'amuser et ne cessent de blaguer et sont emplis d'amour. Les spectateurs ressentiront pourtant L'enfant comme un film violent, douloureux : c'est toute la magie du cinéma.

Il ne vous arrive jamais d'avoir besoin de vous plonger dans un univers, d'aller au delà du scénario, pour appréhender un rôle ?
Tout dépend des films, pour certains je recherche une forme de spontanéité, pour d'autres, en vieillissant, j'ai de plus en plus envie de profiter de certains rôles pour m'enrichir et aborder des sujets que je ne maîtrise pas.

Le face à face avec Deoborah François, vous l'avez guidé ?
Elle sortait comme moi de La promesse, , mais cela n'a pas du être évident pour elle de trouver sa place entre ces trois hommes qui se connaissaient depuis longtemps. On a beaucoup bossé, on s'est donné à fond, je pense que je l'ai pas mal secouée, malmenée parfois en tournant car je recherchais une réelle dureté, ce ne sont pas des gens qui se caressent, il y a un côté animal et je cherchais à la pousser dans ses retranchements, à ce qu'elle me déteste.


Vous abordez la plupart du temps des rôles assez noirs, vous n'avez pas envie de vous échapper, d'être un peu plus sollicité pour tourner dans des comédies ?
La gaieté tourne malheureusement très vite, les comédies sont souvent plates et chiantes, il y en a très peu de bonnes. C'est un univers qui m'attire mais je lis rarement des scénarios intéressants et bien écrits.

Vous êtes plus exigeant aujourd'hui ?
Oui, de plus en plus, je fais de vrais choix, j'ai une vraie position sur les scénarios que j'accepte. Je n'ai pas envie non plus de trop enchaîner, il faut se ressourcer et retrouver le plaisir de jouer, il ne faut surtout pas avoir le sentiment soudainement de subir ce métier, dont le moteur est avant tout l'envie.

Quelles sont vos envies justement ?
Je ne suis pas quelqu'un qui espère ou qui rêve, je vis ce qui m'arrive, ce qui se présente, et parfois ce sont de formidables aventures, de formidables rencontres, il faut surtout savoir s'entourer de gens que l'on apprécie. C'est un métier tellement informel, on peut être très demandé et, du jour au lendemain, plus du tout. Je reste très réaliste par rapport à cette profession, et puis, franchement, on ne fait que du cinéma, on ne sauve pas des vies, c'est un métier, je suis ravi d'être comédien, mais j'ai également d'autres centres d'intérêt, peut-être encore plus importants.
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  • locktal : Jérémie Rénier est vraiment inoubliable dans L'enfant Et cette interview est très intéressante. Vraiment sa performance dans le dernier opus des frères Dardenne est renversante, de même que Deborah François est une vraie découverte.

    Le 20/10/2005 à 19h20
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