En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. En savoir plus
×
Rejoignez-nous sur Facebook
Retrouvez les coulisses de l'info TF1 et LCI et partagez les meilleures vidéos avec vos amis
Devenez fan

Interview Vincent Maraval (Enter The Void)

RLV photo par
le 07 mai 2010 à 00h09
Temps de lecture
5min
Enter the Void de Gaspar Noé

Enter the Void de Gaspar Noé / Crédits : Wild Bunch Distribution

À lire aussi
DossiersComment produit-on et distribue-t-on un film comme Enter The Void dans le contexte actuel de l'industrie cinématographique ?

Comment produit-on et distribue-t-on un film comme Enter The Void dans le contexte actuel de l'industrie cinématographique ? 

 

Gaspar_Noe_1

VINCENT MARAVAL PAR GASPAR NOE

«Vincent Maraval est l'initiateur réel de Enter The Void. Il s'occupait des ventes internationales pour Irréversible. Il se trouve qu'il s'est très bien vendu à l'étranger, en dépit de sa violence. Vincent est quelqu'un de très cinéphile, on partage les mêmes goûts cinématographiques et c'est un plaisir, en dehors du fait qu'il soit extrêmement sympathique. C'est un homme de parole, très droit et motivé. Il y a des gens avec qui tu as envie de travailler ; d'autres avec qui tu as envie d'être ami. Lui, il a ces deux qualités. C'est celui qui a convaincu les autres producteurs et coproducteurs de se lancer dans l'aventure. Je lui dois Enter The Void. Autrement, c'est vraiment un mec qui a des couilles. Il a lancé le film comme s'il allait au casino avec les fonds propres de sa société et, à l'arrivée, c'est grâce à lui si le film a été présenté dans une version non-achevée au festival de Cannes l'année dernière. C'était comme une blague : chiche ou pas ? Vincent est un sportif : il aime le foot mais aussi l'action dans la vie. Il ne cherche pas qu'à couvrir ses arrières, il est toujours dans l'attaque et brillant dans ce domaineG. N.

 

Enter the Void de Gaspar Noé

Dans quelle mesure étiez-vous impliqué dans Enter The Void?
Gaspar est venu me voir il y a huit-neuf ans, quand je travaillais encore chez Studio Canal. J'ai lu le script avec Claudie Ossard [NDR. Productrice de 37°2, le matin et du Fabuleux destin d'Amélie Poulain]. L'ensemble était vraiment excitant mais, hélas, trop cher. A l'époque, je n'étais qu'au département de vente chez Studio Canal donc je ne pouvais pas me permettre de prendre autant de risques. Je sais que Gaspar l'avait également proposé à Richard Grandpierre, lui aussi à l'époque chez Studio Canal. Encore une fois, le projet ne s'est pas monté pour des raisons essentiellement économiques. C'est à la suite de ça qu'il a fait Irréversible, que Studio Canal a produit et que Wild Bunch a distribué. Une fois Irréversible terminé, Studio Canal et Wild Bunch avaient gagné beaucoup d'argent. On a demandé à Gaspar ce qu'il voulait faire après. Son obsession, c'était Enter The Void, qui s'appelait encore Soudain le vide à l'époque. C'est LE film qu'il a toujours voulu faire. On a reconsidéré l'économie, mais on trouvait encore que c'était trop cher. Il se trouve que, suite au succès d'Irréversible, Gaspar a été contacté par Pathé, qui avait essayé de monter Enter The Void comme un producteur indépendant. Nouvel échec : il n'est pas arrivé à le monter. Au bout de deux ans, le projet était toujours en développement chez Pathé, qui le faisait lambiner. Du coup, j'ai rappelé Gaspar pour lui dire qu'on allait le faire. Son contrat avec Pathé arrivait à expiration donc on a repris le film et on s'est lancé dans la production du film avec Fidélité et Pierre Buffin.

 

Cela ne vous a pas effrayé?

Avec Enter The Void, il y avait tous les risques pour un producteur... C'est pour cette raison qu'il a été si difficile à monter. Il n'y avait aucun acteur inconnu, contrairement à Irréversible qui reposait sur le namedropping, le budget (près de 13 millions d'euros) était cher, surtout pour un film qui, sur le papier, était moins expérimental que ce qu'il est à l'écran... Par-dessus tout, Enter The Void n'était pas en Français, se passait dans un pays étranger et ne nous permettait pas d'accéder aux sources de financement habituelles du cinéma français. Il y avait aussi le risque qu'il soit long à cause du script. Il y avait des risques sur le contenu, sur la drogue... Gaspar n'est pas un réalisateur de comédies populaires, donc on savait d'emblée qu'il allait proposer quelque chose de nouveau ; en somme, qui ne soit pas mainstream. Cela étant, on avait déjà travaillé avec Gaspar et on savait qu'il ne déraperait pas en termes de budget. C'est quelqu'un de très fiable au niveau de la production. C'est ce qui m'a personnellement rassuré, en plus de son talent. Enter The Void dans les mains de quelqu'un d'autre aurait été mille fois plus risqué. Gaspar est resté très correct au niveau de l'argent mais aussi au niveau des engagements.

 

Enter the Void de Gaspar Noé

Comment arrivez-vous à concilier la cinéphilie et le business?
Lorsqu'on finance un film comme Enter The Void, c'est avant tout parce qu'on a envie de le voir dans une salle de cinéma. Je pense qu'aujourd'hui, il est important de financer des films qui sont des prototypes, qui donnent envie au spectateur de sortir de chez lui pour aller dans les salles et découvrir des objets qui ne ressemblent à aucun autre. Chez Wild Bunch, on est contre la dictature des recettes ou des films formatés, à la fois en goût et en business. On est persuadés, en termes de business, qu'il est impératif de soutenir des films différents. On arrive à concilier l'artistique et le business parce qu'on gagne plus sur certains films. Chez Wild Bunch, personne n'a un salaire mirobolant, ni d'hôtels particuliers. Si vous nous comparez à Pathé, Europa ou Gaumont, notre masse salariale et nos frais de structure doivent être quatre fois inférieurs à ces sociétés-là. On est dans une économie serrée, on connaît les films que l'on fait et l'économie qu'ils génèrent. Et on s'adapte par rapport à cette économie-là. Le fait que l'on ait des frais de structure (et quand je parle des frais de structure, j'inclus le bureau en Italie, en Allemagne, à New York, à Londres...) bien inférieurs aux autres nous permet de prendre des risques sur des films. Tout compris, on tourne autour de 10 millions d'euros.

 

Que pensez-vous du film?
Enter The Void dénote clairement dans la production actuelle. Parce qu'il n'est pas formaté, ne correspond à aucune école, à aucune case... Aujourd'hui, le cinéma français est essentiellement financé par la télévision. Il y a souvent des obligations d'investissement des télés, des coproductions, ce genre... C'est pour cette raison que le cinéma français a une esthétique de téléfilm et que les acteurs bankable viennent de la télévision (Michael Youn, Franck Dubosc etc.). Avec Enter The Void, on est à mille lieux de tout ça.

 

Propos recueillis par Romain Le Vern

Commenter cet article

      Nous suivre :
      WAT

      logAudience