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La parole aux professionnels : Jean-Christophe Poulain

Edité par
le 28 janvier 2010 à 00h01
Temps de lecture
5min
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DossiersJean-Christophe Poulain a travaillé, entre autres, sur Le Bossu de Notre Dame, Hercule ou Tarzan. Il a supervisé le layout de La Princesse et la Grenouille

Artiste layout aux Walt Disney Animation Studios depuis 20 ans, Jean-Christophe Poulain a travaillé, entre autres, sur Le Bossu de Notre Dame, Hercule ou Tarzan. Alors qu'il a dernièrement supervisé le layout de La Princesse et la Grenouille, il a profité d'un bref séjour à Paris pour nous évoquer son métier. Entre dessin traditionnel et univers 3D, il revient ainsi sur les rouages du dernier long-métrage Disney. L'occasion de mettre en lumière un art passionnant et de nous révéler quelques croustillantes informations sur les prochaines productions du Studio.  
 
Quelle a été votre réaction quand vous avez appris que le prochain long-métrage d'animation Disney serait en 2D ? 
Nous étions tous très enthousiastes, moi le premier, mais cela n'a pas été une véritable surprise car l'idée d'un retour à la 2D  était présente au sein de l'équipe depuis un moment. La 2D a été relancée en 2007 lors du court-métrage « Goofy Movie : How to hook up your home theater » qui expliquait comment brancher un Home Cinéma.
 
Ce court-métrage est passé totalement inaperçu...
On ne mélange jamais technique et gros projet. On anticipe toujours la technique dans des petits projets tels que des courts-métrages. Une fois la technique maîtrisée dans des histoires simples, on peut s'en servir pour nourrir des histoires plus complexes. Goofy Movie nous a permis de nous réhabituer à la 2D, de la faire évoluer et de maîtriser tous les savoirs qui allaient être utilisés dans La Princesse et la Grenouille.

 


Quelle est la différence entre la 2D utilisée il y a 20 ans et celle d'aujourd'hui ?
Les effets spéciaux ont considérablement évolué mais la grosse avancée concerne l'animatique.
 
L'animatique n'est pourtant pas une technique nouvelle...
La technique n'est effectivement pas nouvelle mais la nouveauté réside dans le fait que pour La Princesse et la Grenouille nous avons réalisé l'animatique en 3D.
 
Ce n'est donc pas un film entièrement en 2D ?
C'est un film d'animation en 2D mais qui a bénéficié de l'avancée technologique de la 3D.  D'un point de vue conceptuel, une animatique 3D est très facile à réaliser. On construit virtuellement une pièce avec des volumes qui se mettent à exister en mode 3D virtuel. Dans le monde de la 2D, c'est beaucoup plus difficile car les pièces, les volumes n'existent pas. Chaque fois que l'on cherche un nouvel angle, il faut sortir sa feuille de papier, placer les points de fuite et tout dessiner. Si l'angle de vue n'est pas exactement celui qu'on souhaitait il faut tout redessiner. Dans un univers 3D il suffit juste de bouger la caméra dans l'univers créé.
 
Comment cette technique a-t-elle été utilisée sur La Princesse et la Grenouille ?
Pour La Princesse et la Grenouille nous avons construit un univers 3D très basique, placé nos caméras dans cet univers 3D et effectué des « print ». Le « print » est un rendu de lignes donnant toutes les perspectives nécessaires aux différents champs. On a ensuite récupéré toutes ces données pour les travailler de façon traditionnelle.
 
C'était une première ?
Oui. Cette technique a également permis de mettre le travail du layout en lumière. Auparavant, une fois que le dessin du layout était fait, les décors le recouvraient.  Notre travail, même s'il reste indispensable, disparaissait au profit des autres départements qui venaient combler les différentes parties de ce dessin préparatoire.
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En quoi consiste le layout ?
On dit souvent que « le layout c'est le décor », mais ce n'est pas seulement le décor. Le layout permet de vérifier la manière dont deux scènes se raccordent.  C'est une première ébauche de ce que sera l'animation finale. Par exemple, si un personnage est en bas du décor, on va avoir une impression d'écrasement. En revanche, si l'on place un personnage très haut, c'est lui qui va avoir l'air d'être imposant et d'écraser les autres. L'émotion peut surgir de la seule position des personnages. Tout cela repose sur nos épaules.  


Quelles ont été les scènes les plus difficiles à animer ?
Souvent, la complexité de la séquence est en relation avec les effets spéciaux. La scène où Facilier transforme Naveen en grenouille a été particulièrement difficile à mettre en place. Toutes les séquences sont répertoriées en fonction de leur degré de difficulté. Il y a une classification par symbole et par scène de la plus facile à animer à la plus complexe. Au sein de ces séquences, il y a souvent un crescendo de difficultés. Sur la scène de Mama Odie, le ballet des oiseaux est considéré comme un pic de difficultés.
 
Qu'est-ce qui fait la difficulté d'une scène ?
Le fait que nous soyons en multiplane et non en 3D démultiplie la difficulté. La scène où Charlotte est demandée en mariage a été très délicate. La scène a été découpée en différents plans et perspectives. On commence par le décor, qui est le premier fond, après on place des petit rideaux, des petits éléments de décor.  Ensuite, il faut régler la vitesse de défilement de tous ces éléments pour en faire une scène animée.
 
Quelle est la particularité technique des contes de fées ?
Le plus difficile est de faire croire à un monde complètement inventé. Quand l'univers est une pure création imaginative, c'est très complexe. Il faut exposer clairement et rapidement au spectateur les règles de cet univers. Nous avons eu la chance dans La Princesse et la Grenouille que tout soit fondé sur du réel. Seul  Facilier obéit à un univers fantastique pour lequel il a fallu trouver des règles simples afin que le public ne soit pas désorienté.
 
Existe-il une particularité technique Disney ?
La première particularité c'est la création de la multiplane. Blanche-Neige a été le premier long-métrage en multiplane. C'est une prouesse incroyable pour l'époque ; c'était un risque incroyable aussi. 

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Comment expliquez-vous l'attachement du public à la 2D ?
Le dessin est la base de la 2D. Tout se joue dans le coup de crayon du dessinateur. C'est lui qui, à partir de son expérience personnelle, crée une expression d'où naîtront peut-être des émotions. La 3D ne permet pas cette proximité entre le dessinateur et le rendu final. Elle permet d'avoir un rendu beaucoup plus réaliste mais dans lequel les émotions humaines peuvent être moins présentes ou plus difficiles à appréhender.
 
La 3D souffrirait-elle d'un excès de réalisme ?
C'est une piste intéressante. La 3D a toujours été un peu froide et un peu technique. Il est difficile de faire oublier que c'est une création de l'armée de l'air. Je pense que la 3D a besoin d'un directeur artistique pour la styliser. Elle peut être très intéressante, c'est une chose flexible, elle peut aller du cartoon au réalisme absolu. Je ne comprends pas pourquoi on cherche à remplacer les acteurs par de la 3D. Pour moi, elle se justifie pour pallier les limites humaines des acteurs, c'est tout. Dans le domaine de l'animation, elle doit être forcément interprétée et modélisée sous le regard d'un directeur artistique dont l'objectif est de raconter une histoire.
 
Quel est votre dessin animé Disney préféré ?
Tarzan. C'est un dessin animé sur lequel j'ai beaucoup travaillé et il reste l'un de mes plus beaux souvenirs chez Disney.
 
Pour quelles raisons ?
Tarzan a été une prouesse technique incroyable que le public n'a pas du tout remarquée. C'est le premier dessin animé à mettre en relation 2D et 3D. Le passage d'un plan 3D à un plan traditionnel s'est fait d'une façon complètement invisible.
 
Comment la 3D a-t-elle été rendue imperceptible ?
C'est tout le problème. La 3D a des volumes parfaits très lisses. Il faut ensuite appliquer une texture que l'on colle très près de ces surfaces. Du coup, quand la surface part en perspective, la texture se déforme. Cela donne une impression très désagréable d'irréalité. Ce système est totalement incompatible avec le concept de décors faits à la main. Il a donc fallu inventer un software à même de faire une projection des coups de pinceaux sur la surface 3D mais sans la coller de trop près, afin que le coup de pinceau reste face à l'écran. Ce système a été mis en place en pleine production de Tarzan.
 
Quelle sont les productions Disney actuellement en préparation ?  
Nous travaillons actuellement sur un long-métrage Winnie l'Ourson.
 
A quand un long-métrage avec les personnages emblématiques créés par Walt Disney ?
Je vois que Mickey est toujours dans les esprits (rires). Rien n'est prévu à ce jour sur grand écran, Mickey a une vie qui lui réussit dans les parcs d'attractions, mais aucun de ces personnages n'est mort. Donald, Dingo, Pluto et tous les autres sommeillent dans nos tiroirs, un rien pourrait les réveiller...
 
 
 
Propos recueillis par Magali Menin

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