Totalement sacré pour les cinéastes tels que Park Chan-Wook ("Old Boy") à Bong Jong-Hoo ("The Host") en passant par Kim Ki-Duk ("Locataires"), "La Servante" est un film unique, comme "La bête aveugle" de Yasuzo Masumura (1969) ou "House", de Nobuhiko Ohbayashi (1977).
C'est simple, il ne ressemble à aucun autre, aux antipodes des mouvances, quasi-intégralement tourné en studio.
Suite à un déménagement dans une maison plus grande, la femme d'un professeur de musique persuade celui-ci d'engager une domestique. Mais bientôt, la servante devient la maîtresse et la calme maison devient alors le lieu d'un dramatique huis clos.
L'une des raisons pour laquelle reste emblématique vient de sa dimension sociale. Ses thèmes (l'abus de pouvoir, les artifices du paraître, la corruption par l'argent, les germes d'une lutte des classes) sont développés à travers un mécanisme cruel d'humiliation et de vengeance.
Un film sauvé par Martin Scorsese
Rarissime, "La Servante" a été restauré par la World Cinema Foundation de Martin Scorsese : la pellicule d'origine était tellement délabrée que les sous-titres occupaient finalement la moitié de l'image. Le film n'était alors diffusé que dans une version tronquée de deux séquences.
Sa découverte peut inciter à découvrir la filmographie d'un cinéaste méconnu, Kim Ki-Young, qui a payé sa prise de risque et osait un mélange des genres très surprenant et audacieux pour l'époque.
Kim Ki-Young a lui-même tourné deux remakes de "La Servante" : "La Femme de feu" (1970) et "La Femme de feu-82" (1982). Et il y a deux ans, Im Sang-Soo a osé en réaliser un remake au moins aussi étrange ("The Housemaid"), mettant incidemment en exergue la capacité de l'original à créer, à partir d'un sujet social, un écheveau à la fois angoissé et grotesque, baroque et sadique.









