Dans une ville où les citoyens sont tous dépressifs, la maison Tuvache se porte bien. Cette famille tient une boutique où l'on vend les meilleurs accessoires pour se donner la mort et chaque membre de la maisonnée broie du noir en inventant des remèdes à la vie. Jusqu'au jour où la patronne accouche d'un bébé souriant qui deviendra un petit garçon respirant le bonheur, au grand dam de ses parents.
Une fantaisie mortuaire
Adapter "Le Magasin des suicides" au cinéma n'était pas une mince affaire. L'idée d'un film d'animation est sûrement la meilleure, l'oeuvre de Jean Teulé regorgeant d'idées saugrenues et baignant dans une atmosphère humorostico-macabre. C'est ce que retranscrit à merveille la mise en scène de Patrice Leconte avec ces mises à mort potaches et son sentiment de désespoir urbain. Visuellement, le long-métrage mise sur la fantaisie mortuaire : les couleurs éclatent comme des bulles de poison, les contrastes se balancent au bout des cordes et les décors fourmillent de lames tranchantes. Le film pétarade dans tous les sens graphiques et sait aussi proposer des instants de grâce.
Si la mise en scène du cinéaste parvient à habiller le roman original avec subversion et élégance, les choix scénaristiques manquent quant à eux d'un grain de folie pour remporter totalement l'adhésion. Si de bons choix perdurent (l'introduction, le climax), le reste séduit moins (la fin guimauve par exemple). Les chansons viennent surtout plomber le rythme de l'oeuvre comme si le film se jetait avec un parpaing dans les eaux boueuses d'une mauvaise cadence. "Le Magasin des suicides" respire l'énergie et déborde d'efforts mais il aurait gagné en simplicité narrative, l'apport musical étant trop présent pour que l'intrigue ne s'émancipe avec la beauté d'un corps qui tombe dans la nuit.



