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Les buzz du jour # 06 : Melancholia, le scandale Lars Von Trier, La conquête...

RLV photo par
le 18 mai 2011 à 22h35 , mis à jour le 18 mai 2011 à 23h00.
Temps de lecture
5min
Melancholia de Lars Von Trier

Melancholia de Lars Von Trier /

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DossiersLars Von Trier ne fait plus polémique avec ses films mais pendant les conférences de presse (Melancholia); Naomi Kawase creuse l'intime (Hanezu No Tsuki); Takashi Miike ressuscite les samouraïs (Hara Kiri); Hong-Jin Na revient après The Chaser (The Murderer).

Le CHAOS REIGNS est de retour à Cannes : Mélancholia, de Lars Von Trier. L'événement incontesté du jour, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, c'est le plus beau film vu jusqu'ici en compétition officielle. Un diamant onirique suspendu entre paradis et enfer qui confirme la nécessité du réalisateur Danois de Breaking The Waves de faire un art de sa dépression - dont il ne semble pas totalement remis. Les journalistes du festival de Cannes savent que ses conférences de presse sont (presque) aussi passionnantes que ses œuvres. On se souvient encore de celle d'Antichrist il y a deux ans où il avait refusé de «justifier son film» avec des phrases désormais cultes («Vous êtes tous mes invités et pas l'inverse»). Ainsi, pendant celle de son dernier long métrage Melancholia, Lars Von Trier n'a pas failli à sa réputation de provocateur en disant comprendre Adolf Hitler («Je dis seulement que je comprends l'homme. Il n'est pas vraiment un brave type, mais je comprends beaucoup de lui et je sympathise un peu avec lui») et en surenchérissant («Bien sûr je ne suis pas pour la Deuxième Guerre mondiale, je ne suis pas contre les juifs. Je suis avec les juifs bien sûr, mais pas trop, parce qu'Israël fait vraiment chier»).

 

Le réalisateur danois Lars Von Trier à Cannes 2011 pour le film Melancholia

 

Question: est-ce que Lars a eu vent de l'affaire John Galliano? Ses déclarations ont été suivies quelques heures plus tard des excuses du cinéaste et d'un communiqué de presse de la direction du festival qui «tient à réaffirmer qu'elle n'admettra jamais que la manifestation puisse être le théâtre, sur de tels sujets, de semblables déclarations.». Etant donné que le film suscite - pour une fois - l'unanimité en sa faveur, Lars Von Trier avait sans doute besoin d'un petit scandale. Il a même avoué, encore une fois avec ironie et provocation qu'il détestait son film. Ce qui ne nous empêche de l'aimer (et plus si affinités): Melancholia vaut heureusement mieux que ce ramdam, déployant un scénario catastrophe sans héros ni Dieu, avec une douce ferveur comme une lente agonie, un long cauchemar qui prend fin. Pendant deux heures, on voit un mariage raté, des sourires forcés, des parents fantomatiques, des pluies de cendre, des chevaux excités, des chutes au ralenti, des tableaux animés, des prémonitions apocalyptiques, deux planètes en collision, deux sœurs (une blonde et une brune), des plans d'une beauté sidérante et la plus belle des fins du monde. On peut trouver toutes les références que l'on souhaite, cinématographiques (Antonioni) comme picturales (Millais); ça ne ressemble qu'à son auteur qui, s'il n'échappe pas au jeu de massacre (personne n'est à sauver) avec quelques complices (Udo Kier, évidemment...), organise des plans beaux à en pleurer qui donnent envie de croire en l'incroyable. En comparaison, La conquête, de Xavier Durringer, présenté hors compétition, a fait l'effet d'un pétard mouillé. Ce qui devait se révéler polémique ressemble finalement à un long sketch des Guignols des Infos où chaque acteur y va de sa petite imitation. Rien d'inédit ou de subversif à se mettre sous la dent.

 

Melancholia de Lars Von Trier

 

Sinon, à part LVT, Sarkozy et DSK, des nouvelles venues d'Asie. Tout d'abord, Hanezu no tsuki, le nouveau Naomi Kawase, présenté en compétition. Au départ lovés dans une bulle (comparable aux premiers instants d'une histoire d'amour), deux amants sont protégés par la nature, errent en bicyclette dans des vallées magnifiques sous un soleil écrasant, mangent avec un plaisir gourmand, regardent les oiseaux et prennent une cigarette lorsque le ventre est plein. En apparence, ça ressemble à un long fleuve tranquille, sensuel et souvent beau, uniquement motivé par le simple plaisir d'être là. Un cinéma où l'on prend le temps de regarder ce qui se passe autour de soi, de rendre visite aux autres pour les écouter, de tartiner de la confiture d'abricot, de scruter les insectes et de prendre une tasse de thé. Puis, comme un réveil cruel, l'harmonie éphémère du couple se mue imperceptiblement en tragédie rouge sang : deux hommes se disputent le cœur d'une femme. La souffrance touche chaque protagoniste. Les fantômes hantent les cimetières et les maladies du cœur gangrènent cette histoire finalement universelle de déceptions amoureuses (la construction et la déconstruction dans un couple, l'incapacité de choisir ou de s'engager de peur de se lasser). Ce qui peut dérouter, c'est le traitement très sensoriel. Naomi Kawase témoigne d'un regard ultrasensible sur le monde qui l'entoure et rappelle son passé de photographe, attentive aux détails et aux émotions, à travers une captation de moments fugitifs et diffus (l'essentiel naît de l'anodin). Mais il faut écouter les vérités qu'elle murmure et aimer ses plans qui vivent/durent pour mieux s'insinuer en nous.

 

The Murderer (The Yellow Sea) de Na Hong-jin

 

Ensuite, on a TheMurderer (The Yellow Sea), de Hong-Jin Na, révélé avec The Chaser, dans la section "Un Certain Regard". Un chauffeur de taxi endetté part à la recherche de sa femme, envolée en Corée pour chercher du travail. Un parrain local lui donne les moyens mais en contrepartie, il a pour mission d'assassiner un inconnu. A défaut d'être supérieur à son coup d'essai, le résultat n'en demeure pas moins stressant avec quelques scènes de courses-poursuites mémorables. C'est d'autant plus intéressant que les enjeux du film dépassent le simple cadre de la fiction. Le filmage qui utilise les gros plans, les longues focales, possède de réelles qualités documentaires. Enfin, Hara-Kiri, death of a Samurai, de Takashi Miike, en compétition après avoir bousculé la Quinzaine des réalisateurs avec Gozu en 2003. Ce film a comme singularité d'être le premier film de la compétition présenté en 3D. Une manière détournée de célébrer ce cinéaste Japonais très inégal, qui participait à la dernière Mostra de Venise avec son excellent 13 Assassins. Sur le nombre incalculable de films qu'il a réalisé pour la télévision et le cinéma, moins de dix sont sortis en France : Audition, la trilogie Dead or alive, Visitor Q, Gozu ou encore La mort en ligne. L'autre bizarrerie, c'est qu'il s'agit du remake (en relief donc) d'un beau film de Masaki Kobayashi, prix du jury du Festival de Cannes en 1963. Sans surprise, l'histoire est la même (la vengeance d'un samouraï contre un seigneur féodal qui a poussé son beau-fils à se suicider avec sa propre épée) et le remake, un vrai décalque (certains plans et mouvements de caméra sont carrément similaires) caractérisé par un sérieux tragique et moins d'exubérance.

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