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Hommage à Nagisa Oshima, de "L'empire des sens" à "Furyo"

RLV photo par
le 15 janvier 2013 à 17h00 , mis à jour le 15 janvier 2013 à 17h30.
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5min
L'empire des sens de Nagisa Oshima

L'empire des sens de Nagisa Oshima / Crédits : DR

News Ciné-Séries Nagisa Oshima est décédé d'une infection pulmonaire à 80 ans. Retour sur la filmographie du cinéaste japonais en quelques films majeurs, de "L'empire des sens" à "Furyo"
Le cinéma japonais vient de perdre Nagisa Oshima qui à l'âge de 80 ans a succombé à une infection pulmonaire. Tous ses films, même les moins connus, constituaient  d'incroyables découvertes pour ce qu'elles renseignaient sur le fond (politiquement engagé) et sur la forme (incroyablement stylisée). Voici quelques-uns de ses films cultes.
 

NUIT ET BROUILLARD AU JAPON (1960)
Rien à voir avec le film d'Alain Resnais. "Nuit et brouillard au Japon" est un brûlot politique dans lequel deux groupes de révolutionnaires s'interposent : le premier ayant connu les manifestations de 1950 contre le renouvellement du traité de sécurité nippo-américain ; le second, plus jeune et plus idéaliste, tente de maintenir la flamme de l'opposition en rejetant les compromis. Les prises de positions obligeront la Shochiku à retirer le film des salles après quatre jours d'exploitation - la sortie coïncidant avec l'assassinat du dirigeant du Parti Socialiste japonais, Inejiro Asamura.

L'OBSEDE EN PLEIN JOUR (1966)
"L'obsédé en plein jour" permet à Nagisa Oshima de prouver que le fond (l'histoire d'un homme qui commet des crimes sexuels) est le meilleur ami de la forme (une plongée dans un univers mental avec un travail monstre sur les ombres, les lumières, les cadrages, les enchaînements de plans). Le titre correspond au terme généralement utilisé par la presse nippone pour désigner un tueur en série agissant le jour et la nature du récit est inspirée du parcours d'un tueur ayant violé et assassiné près d'une trentaine de femmes en seulement un an, à la fin des années 50. A l'écran, cela ressemble à une dérive intérieure troublante aux tentations surréalistes. Difficile de ne pas louer la puissance esthétique qui émane de ce film ouvertement métaphorique guidé par les notions de dualité et d'identité. A ce niveau, il peut être rapproché de "Chien enragé", de Akira Kurosawa (1949) dans lequel la frontière entre le bien et le mal était ténue, mise à mal par le contexte sociopolitique d'un Japon ravagé par la guerre. La notion de point de vue est également prégnante, notamment dans une scène assez hallucinante où un pendu assiste les yeux ouverts à un viol dans une forêt (l'horreur du crime couverte par la magnificence du lieu).

LE RETOUR DES TROIS SOULARDS (1968)
Dans les premières scènes, trois étudiants mus par l'insouciance profitent des vacances pour aller à la plage. Laissant leurs vêtements sur le sable, ils vont piquer une tête dans l'eau. Puis, image surréaliste à la Buñuel : des mains sortent du sable pour prendre lesdits vêtements et les voler. En réalité, il s'agit de deux coréens (un caporal déserteur ayant refusé de servir au Viêt-Nam et un jeune lycéen) qui se font passer pour des japonais afin d'échapper au sort qui leur est promis. Les étudiants japonais récupèrent, eux, les vêtements des coréens. Faute de passer inaperçu, ils sont immédiatement expédiés sur le front et rebondissent de galère en galère. Pas la peine de chercher midi à quatorze heures : la morale de ce Oshima, c'est que l'habit fait le moine. Le maître japonais fustige une nouvelle fois l'engagement des Etats-Unis au Viêt-Nam mais de manière moins sinueuse que dans A propos des chansons paillardes au Japon. Mieux : il approfondit la réflexion sur la prétendue identité japonaise à travers l'être et le paraître. C'est encore un "conte cruel de la jeunesse", comme Oshima en produisait pour la Shochiku avant son "Nuit et brouillard au Japon", mais il a gagné en rigueur et en désenchantement.

L'EMPIRE DES SENS (1976)
En 1973, Oshima part à Paris pour rencontrer le producteur français Anatole Dauman qui lui propose "L'empire des sens", son film le plus connu à ce jour, adaptation d'un fait divers ayant défrayé la chronique dans les années trente au Japon. Si à l'époque les films érotiques de la Nikkatsu pullulaient, Oshima a voulu représenter des relations sexuelles non simulées à l'écran - chose inédite dans un film traditionnel. Pour cela il contourne la législation japonaise et fait développer les négatifs en France, même si le tournage se déroule dans les studios japonais. Présenté au Festival de Cannes en 1976, "L'empire des sens" cartonne à sa sortie, permettant à Nagisa Oshima d'acquérir une reconnaissance internationale.

FURYO (1983)
S'inspirant du livre the seed and the sower relatant la confrontation d'un soldat anglais prisonnier d'un camp japonais de l'île de Java en 1942 avec le capitaine du camp, Oshima met en scène la relation ambiguë entre les deux hommes qui bouleverse la vie du camp (des prisonniers anglais aux prises avec leurs gardes japonais). Et signe un ravissement : des oxymores, du romantisme, des échanges de regards tragiques, de la tristesse partout et une bande-son inoubliable. Les deux protagonistes sont respectivement incarnés par Ryuichi Sakamoto et David Bowie, tous deux icônes pop et androgynes.

OSHIMA PAR KITANO
Takeshi Kitano dirigé par Oshima dans "Furyo" et plus tard dans "Tabou" se souvient : "La première fois que j'ai eu envie de devenir réalisateur, c'était sur le tournage de Furyo de Nagisa Oshima. Oshima est quelqu'un d'atrabilaire sur les plateaux de tournage et il avait la réputation de maltraiter ses acteurs. Ainsi, Sakamoto et moi-même lui avions dit que nous accepterions de jouer dans ce film à l'unique condition qu'on soit bien traités. En fin de compte, tous les autres membres de l'équipe se faisaient engueuler, sauf nous. Il se vengeait sur eux parce qu'ils ne pouvaient pas nous engueuler. J'avoue avoir plus un certain plaisir à regarder ça".

MAX MON AMOUR (1986)
C'est le producteur français Serge Silberman qui a demandé à Nagisa Oshima d'adapter le scénario de Jean-Claude Carrière, narrant la relation adultérine illégitime d'une femme (Charlotte Rampling) et d'un chimpanzé adulte. Un script narrant par l'absurde un nouveau "choc des cultures", une dérive Buñuelienne. L'homme, jaloux et aveugle mais impuissant devant cette relation inhabituelle, n'a d'autre choix que d'accepter l'intrus pour conserver et préserver le noyau familial. Sans jamais chercher la provocation ou le scabreux, Oshima traduit avec une infinie subtilité les interdits, les tabous et les diktats sociaux.

TABOU (1999)
Immobilisé suite à son attaque cardiaque, Oshima réalise avec "Tabou", son dernier film à ce jour. Au cœur d'une milice de Kyoto en 1865, deux nouvelles recrues entament leur entraînement. L'une d'elles est un jeune samouraï aux traits efféminés dont la beauté envoûte les autres guerriers au point de déstabiliser le groupe. "Tabou" s'impose comme le film-hommage à "Furyo", plus de quinze ans après avec Takeshi Kitano confrontée à la nouvelle génération, Tadanobu Asano, Shinji Takeda et Ryuhei Matsuda. Oshima revient ici sur sa terre natale et sur l'histoire officielle du japon, un sujet qu'il n'avait plus abordé depuis "La cérémonie" en 1971. De nouveau paralysé, Nagisa Oshima ne peut malheureusement poursuivre sa carrière de cinéaste.

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