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Potiche : interview François Ozon

RLV photo par
le 10 novembre 2010 à 00h30 , mis à jour le 10 novembre 2010 à 01h00.
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5min
Potiche de François Ozon

Potiche de François Ozon / Crédits : Mars Distribution

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DossiersAvec Potiche, François Ozon rassemble un casting quatre étoiles (Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Karin Viard, Judith Godrèche, Jérémie Rénier) dans une comédie française très réussie. Enfin !
Potiche de François Ozon

 

"La grande différence avec Huit Femmes, c'est que cette fois-ci, on sort de la maison"

 

L'une des grandes forces de Potiche, c'est son casting. Comment l'avez-vous défini?
A la base, il y a l'envie de se faire plaisir. Peut-être parce que mes derniers films n'ont pas fait plaisir aux gens... J'avais vraiment envie de m'amuser. Le choix du casting fait partie de ces plaisirs-là. Imaginer un casting sur le papier est toujours excitant. Par exemple, je me suis demandé qui pourrait jouer la sœur de Catherine Deneuve dans le film. Au départ, je voulais Sylvie Vartan, mais c'était une fausse bonne idée. Ceux qui se souviennent de Sitcom seront sans doute contents de revoir Evelyne Dandry, mais je pense que les spectateurs qui iront voir Potiche ne feront pas tous ces liens. Ce n'est pas grave, cela dit. C'est bien qu'un film marche selon différents degrés de lecture et c'est bien aussi que des cinéphiles pervers voient des correspondances. Si le film peut amuser, c'est aussi parce qu'il renoue avec l'esprit des années 70. Chaque personnage raconte une histoire. La seule confusion vient de celui incarné par Jérémie Rénier : à aucun moment, on avait envie d'en faire un clone de Claude François, d'autant que je déteste ce chanteur. Il y a des gens qui rient lorsque Catherine et Jérémie parlent dans la cuisine et qu'elle lui raconte qu'une femme est morte électrocutée dans sa baignoire. Ça, c'était déjà dans la pièce, mais ça faisait rire pour une autre raison à l'époque. Je voulais Cécile de France dans le role finalement tenu par Judith Godrèche, mais elle m'a confié au moment du casting qu'elle avait passé des essais avec Clint Eastwood. Vu que tout Paris l'avait fait, elle n'était pas sure d'être prise. Finalement, si.


La réunion Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, c'était un fantasme?
Ce n'était pas un fantasme, c'était un rêve. On a vécu avec eux. C'est comme s'ils faisaient partie de la famille. D'où l'idée de recréer une cellule familiale avec leurs personnages. En même temps, ce qui est troublant, c'est qu'on leur a toujours fait jouer les mêmes rôles : la bourgeoise et le voyou. Ce que je leur propose n'est pas nouveau, juste une continuité. Pour beaucoup, Catherine a une image figée, glaciale - ce qu'elle a certainement entretenu. Evidemment, c'est une star. Mais elle aime aussi s'amuser, prendre des risques. Dans la vie, c'est quelqu'un de très aventureux. A partir du moment où ça n'est gratuit, où ça sert le film et qu'elle le comprend, elle peut donner beaucoup et aller très loin. Ce n'était pas aussi facile sur Huit Femmes : elle était un peu décontenancée, ne savait pas trop ce que je voulais faire. A l'époque, je pense qu'elle n'aimait pas la théâtralité. Elle a vraiment compris le film quand elle l'a vu fini. Et elle l'a aimé à ce moment-là. Peut-être que je ne savais pas non plus ce que je voulais faire et que je manquais de communication. Sinon, Depardieu a toujours été bon au cinéma, même dans les pires merdes. Jérémie Renier qui a tourné avec lui dans San Antonio m'avait prévenu que le tournage avait été une catastrophe. Depardieu passait son temps à téléphoner, plus personne ne dirigeait le film... En le voyant, Jérémie et moi étions tous les deux d'accord pour dire que Gérard éclatait tout le reste du casting. Et puis c'est quelqu'un de politiquement incorrect ! Au moins, il y en a un ! Il dit ce qu'il pense des autres acteurs, ça dérange, c'est sûr, mais il a le droit de ne pas aimer telle ou telle actrice. Après, ses opinions politiques, c'est autre chose...


Connaissez-vous le public qui vient voir vos films?
Je n'ai jamais su, réellement. Je me suis rendu compte que Huit Femmes plaisait beaucoup aux petites filles. Aux avant-premières de Potiche, je n'ai vu que des personnes âgées dans la salle. En voyant ça, j'ai compris qu'on avait un nouveau public de cheveux bleus (il rit). Je pense que ça varie beaucoup. Après, on espère que ça va toucher le maximum de gens possible. En France, Huit Femmes est celui qui a le mieux marché. A l'étranger, c'est Swimming Pool. Sans doute parce que c'était en anglais. Le succès repose souvent sur un malentendu ou un accident.


De Sitcom à Gouttes d'eau sur pierres brulantes en passant par Huit Femmes et Potiche, vous semblez fasciné par la théâtralité au cinéma...
C'est un effet de distanciation qui permet d'interroger le spectateur, le personnage comme la fiction. J'ai du mal à n'être que dans la narration. Ce que j'aime au théâtre, c'est que l'on n'oublie jamais qu'on est au théâtre. En revanche, au cinéma, on peut facilement oublier qu'on est devant un film. Les effets théâtraux permettent de créer cette distance. Cela signifie que j'attends du spectateur qu'il soit actif, qu'il y ait une interaction. Au fond, j'interroge beaucoup sa place.


Qu'est-ce qui a changé par rapport à la pièce d'origine?
Il n'y avait pas l'épisode politique dans la pièce d'origine. En revanche, beaucoup de choses étaient en germe, pas développées. La pièce se terminait à partir du moment où le patron revenait et constatait que sa femme était la patronne. Il y a eu l'idée de créer un retournement de situation avec Luchini qui reprend le pouvoir et Deneuve qui, suite à cette humiliation, se lance dans la politique. Au départ, l'action ne se déroulait que dans la maison bourgeoise. C'est la grande différence avec Huit Femmes : cette fois-ci, on sort de la maison. De la même façon que le personnage principal sort de ce monde, découvre l'usine, la réalité, les discothèques. En fait, il fallait créer des lieux.


Ce qui semble vous amuser, c'est de glisser des connotations politiques et sexuelles dans un film grand public...
En même temps, c'est une tradition du théâtre français. Même du temps de Molière. Il y a toujours eu des histoires d'incestes, de tabous. Celui a magistralement repris ça au cinéma, c'est Jacques Demy, grand cinéaste de l'inceste, dans tous ses films.

 

Justement, Potiche ressemble à un mélange de vos obsessions (la cellule familiale dynamitée) mais aussi de vos influences de toujours : Jacques Demy, Rainer W. Fassbinder, John Waters...
Jacques Demy a été une de mes principales inspirations sur Potiche, plus encore que Fassbinder. Je pense à cette scène très mélancolique entre Françoise Fabian et Yves Montand, réunis dans un cabaret, dans Trois places pour le 26 (1988). Elle m'a beaucoup inspiré pour la scène dans la discothèque entre Deneuve et Depardieu. En ce qui concerne John Waters, j'ai beaucoup aimé, adolescent. C'était jouissif de découvrir ses films au MK2 Beaubourg à minuit. Le pied, c'était de découvrir le film en salles. Je me souviens avoir attendu longtemps pour voir Polyester en Odorama. C'était une autre époque. Aujourd'hui, tous les films sont disponibles en VOD. Les films de John Waters n'existaient pas en VHS. Je n'aime pas tout son cinéma, mais je trouvais qu'il y avait une liberté et un plaisir communicatifs. C'était hallucinant de proposer ça à l'époque : Divine, les freaks, cet autre versant de l'Amérique. D'ailleurs, ses meilleurs films sont ceux des années 70, comme Pink Flamingos, Female Trouble, Desperate Living. Dans Cry Baby, il y a de beaux restes. Serial Mother était amusant mais trop dans le système. Pecker était assez touchant mais Cecil B. Demented, l'un de ses derniers, reste son plus mauvais. Même s'il cite Fassbinder...

 

Propos recueillis par Romain Le Vern

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