"Séraphine", incarnée à l'écran par Yolande Moreau, a beau avoir fait l'unanimité des spectateurs, avec 800.000 entrées, Alain Vircondelet, lui, boude ce succès qu'il juge immérité. Docteur en histoire de l'art, cet universitaire est un spécialiste reconnu de Séraphine Louis, née en 1864 dans l'Oise et morte en 1942 dans un hôpital psychiatrique. Et il accuse les auteurs de "Séraphine" d'avoir plagié un de ses ouvrages. Il a assigné en contrefaçon le film, qui a raflé sept prix à la dernière cérémonie des César, dont ceux du meilleur film, de la meilleure actrice et du meilleur scénario.
Alain Vircondelet a soutenu en 1984 une thèse de doctorat sur cette domestique un peu illuminée devenue peintre autodidacte, et découverte par le critique et marchand d'art allemand Wilhelm Uhde. Deux ans plus tard, il a publié aux Editions Albin Michel une biographie intitulée Séraphine de Senlis, un ouvrage qui selon son avocat "révélait pour la première fois la vie publique et secrète de Séraphine de Senlis". Selon l'avocat, qui a déposé récemment une assignation devant le TGI de Paris, de nombreux passages du long-métrage "sont la reproduction servile" de passages publiés en 1986.
"Nous contestons expressément l'existence d'une contrefaçon", réagit l'avocat du producteur TS Productions et du scénariste Martin Provost, Me Yves Henri Nédélec, arguant que les passages litigieux trouvent leur origine "dans des ouvrages antérieurs". Regrettant d'avoir été "totalement évincés du succès de ce film, alors même que le scénario reproduit à de nombreuses reprises des parties de l'ouvrage dont ils détiennent les droits", l'écrivain et les éditions Albin Michel réclament 600.000 euros de dommages et intérêts. L'affaire pourrait être tranchée d'ici un à deux ans.






