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Twixt : Interview Francis Ford Coppola

RLV photo par
le 10 avril 2012 à 20h00 , mis à jour le 11 avril 2012 à 11h03.
Temps de lecture
5min
Twixt de Francis Ford Coppola

Twixt de Francis Ford Coppola / Crédits : Pathé Distribution

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DossiersAprès deux expérimentations incertaines (L'Homme sans âge en 2007 et Tetro en 2009), Francis Ford Coppola signe un conte gothique dans un état de grâce torrentiel où le cinéaste règle ses comptes avec Hollywood et surtout avec lui-même. Métaphysique et terriblement émouvant.

Un écrivain en panne sèche d'inspiration (Val Kilmer) débarque dans une bourgade paumée à l'occasion d'une tournée de promotion et découvre qu'un meurtre mystérieux impliquant une jeune fille s'y est produit. La nuit, il est hanté par la présence d'un fantôme qui lui narre une étrange histoire, lointaine et pourtant si familière. Ne cherchez plus ! Cet écrivain oublié de tous n'est ni plus ni moins qu'un double fictionnel de Francis Ford Coppola qui, dans Twixt, un film de vampires, se raconte comme personne.

 

"Ce qui m'a toujours frappé au cinéma, lorsque les réalisateurs essayent de suggérer qu'un personnage rêve, c'est qu'ils abusent de couleurs roses ou étranges. Ce n'est pas ma définition de l'onirisme." 

 

Vous comprenez ceux qui vous reprochent de réaliser des films expérimentaux et plus intimes?
C'est la suite logique de ma carrière... Il faut revenir à Apocalypse Now pour comprendre un film comme Twixt. Le tournage aux Philippines fut un tel calvaire (typhon, maladies tropicales, dépassement de budget) que j'ai commencé à devenir trop dangereux pour Hollywood. La décennie suivante, j'ai été obligé de réaliser beaucoup de films de commande pour rembourser mes dettes. Je me sentais de plus en plus coincé, incapable de trouver ma place dans l'industrie du cinéma. Je ne voulais plus faire de gros films de studio et, en même temps, je me tâtais pour réaliser des films d'avant-garde en numérique. A l'arrivée, je m'éclate comme un étudiant totalement libre et débarrassé de considérations. Si ça plaît, tant mieux ; si ça ne plaît pas, alors tant pis. Au moins, je ne subis aucune pression et, comme il s'agit de mon argent, personne ne m'ennuie. Et je ne vous apprendrais rien en vous disant que «moins le film coûte cher, plus la liberté est grande».


Que pensez-vous de la 3D?
Je l'utilise de manière ludique dans Twixt. En l'état, c'est quand même une fumisterie de penser que le futur du cinéma se résume à ça. Je n'ai rien contre Avatar mais il faut voir tous les films en 2D convertis en 3D lors de leur sortie en salles. C'est surtout un moyen pour les exploitants d'augmenter le prix du billet et donc de gagner en rentabilité. Mais les spectateurs ne sont pas dupes et se lassent. Par ailleurs, la 3D n'est pas une idée neuve. Il y a juste des modes. Et la mode de la 3D passera, avant de revenir. C'est cyclique.

 

Vous pensez être en avance sur l'époque?

On oublie trop souvent qu'un film comme Apocalypse Now s'était fait démolir lors de sa sortie en salles. Aujourd'hui, il est considéré comme un chef-d'œuvre mais ce n'était pas le cas il y a trente ans. Peut-être que Twixt, s'il reçoit de mauvaises critiques, sera réévalué dans les prochaines années. Mais je ne cherche pas à être visionnaire, j'espère être le plus sincère et le plus cohérent. Dans le milieu, personne ne sait vraiment où nous en sommes. Et cette incertitude est visible je pense dans Twixt. J'ai utilisé différents supports pour raconter une histoire simple et je brouille volontairement les repères temporels. C'est déroutant, c'est sûr, mais les spectateurs ont perdu cet esprit de curiosité. Les studios ne produisent même plus de drames: ils ne s'intéressent qu'aux remakes de films étrangers ou déjà faits. Aujourd'hui, il n'y a plus de place pour un cinéaste comme moi, donc j'ai pris les devants avant de mordre la poussière comme l'écrivain au bout du rouleau joué par Val Kilmer dans Twixt.


Vous partagez beaucoup de points communs avec lui...
Disons qu'il catalyse mes angoisses. Le début du film est comique mais la situation n'en reste pas moins tragique : cet artiste, que l'on imagine autrefois populaire et porté au pinacle, ne vend plus ses livres en librairie mais dans une quincaillerie. Ce qu'il vit (le succès qui n'est pas plus au rendez-vous) ne m'est pas étranger et l'idée selon laquelle la résolution d'une enquête se trouve en soi m'est propre.


De la même façon que ce personnage reflète vos angoisses, Twixt repose sur le principe de la fugue psychogène, déjà explorée chez Lars Von Trier et David Lynch. Ces artistes insoumis aux conventions et expérimentateurs ont-il été des influences?
On me parle souvent de Twin Peaks pour Twixt mais je ne l'ai pas vu. Tel quel, le film est construit comme un cauchemar éveillé parcouru par un spleen adolescent. Mais il est avant tout personnel : j'ai fait ce film en partant d'un songe lors d'un voyage en Turquie et puis, c'est devenu une expérience cathartique en hommage à mon fils Gian-Carlo (NDR. mort en 1986 dans un accident de bateau alors qu'il travaillait avec son père à la préparation de Jardins de pierre) ; ce n'est pas un hasard si les années 80 reviennent comme une obsession. Il n'a vécu que 22 ans et a eu un enfant, ce qu'il n'a pas su. Au départ, le ton de Twixt devait être léger ; puis, il est devenu de plus en plus sombre et sérieux. On me parle souvent de Dracula, je vois bien les correspondances (le lyrisme, le temps suspendu, les vampires et la dimension gothique) mais il s'agissait d'un produit Hollywoodien de commande avec quelques tentations expérimentales et le rendu est totalement différent, plus sous influence des petites productions fantastiques de Roger Corman. Ce qui m'a toujours frappé au cinéma, lorsque les réalisateurs essayent de suggérer qu'un personnage rêve, c'est qu'ils abusent de couleurs roses ou étranges. Ce n'est pas ma définition de l'onirisme. Ce que l'on voit dans un rêve est inhabituel mais cela reste hyperréaliste.


Propos recueillis par Romain Le Vern

 

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