© Maren Sell Editeurstf1.fr : Houellebecq n’est pas le premier écrivain à s’être inventé une identité. Qu’est-ce qui vous a motivé à enquêter sur sa vie ?
Denis Demonpion : Ce n’est pas le premier écrivain à dissimuler son identité ou à changer de nom. Il est plus rare qu’un auteur se rajeunisse [Michel Houellebecq — Thomas de son vrai nom — prétend être né en 1958 alors qu’il est né deux ans plus tôt, NDLR], s’emploie à mêler aussi habilement et aussi malicieusement sa vie et son œuvre et à dissimuler toute trace du passé. Il a déjà annoncé la mort de sa mère et de son père [qui sont encore vivants, NDLR]. C'est comme s'il avait la volonté d’être tombé du ciel. Peut-être veut-il passer pour un génie spontané…
tf1.fr : Comment "l’accidenté de la vie" ou "l’extra-terrestre", tel que le décrivaient ses camarades de classe, est-il devenu ce "fin calculateur", dont parle son premier éditeur ?
D. D. : Il a eu cette double personnalité très tôt. Houellebecq sait parfaitement ce qu’il fait. Il élabore des plans très précis. Il a complètement accentué ce personnage de souffreteux, un peu craintif, qui cadre avec ce qu’il dénonce dans ses livres. Il s’est créé la gueule de l’emploi et il en joue. Les gens prennent pour argent comptant ce qu’il veut bien leur dire. Mais tout ça ne tiendrait pas s’il n’y avait pas le talent de l’écrivain derrière. Car cette enquête n’a pas entamé mon appétit pour la lecture d’Extension du domaine de la lutte, des Particules élémentaires et de certains de ses poèmes.
tf1.fr : Vous montrez bien qu’il a quand même souffert de ne pas avoir été élevé par ses parents...
D. D. : Michel Thomas a été élevé par ses grands-parents. C’est incontestable qu’enfant, il a souffert de l’absence de sa mère. D’où ce sentiment d’abandon, que je respecte tout à fait, mais qu’il a complètement exagéré, magnifié. C’est là où il est très fort. Mais après ce livre, je pense que cela ne prendra plus.
tf1.fr : Entre l’image que vous vous faisiez de Houellebecq et ce que vous avez découvert au cours de votre investigation, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ou choqué ?
D. D. : Il y a une chose qui m’a vraiment choqué, ce n’est pas tant qu’il construise sa vie. Il prend tous les gens pour des dégueulasses mais dans Extension… et Les particules…, il portraiture des gens [notamment sa mère, ses grands-parents, des anciens collègues de travail, NDLR] sous leur jour le plus noir sans prendre le soin de changer leur nom. Ces gens ont été blessés. Ce sont des vengeances recuites qui ne sont pas très dignes. L’écrivain a tous les droits mais quand on est dans la fiction, on est dans la fiction complète. Je ne connais pas un écrivain qui, sous couvert de fiction, ait balancé des gens qui habitent au coin de la rue. D’autant que dans Plateforme, Houellebecq évoque un grand groupe dont on sait qu’il s’agit d’Accor mais qu’il a baptisé Aurore, pour éviter tout problème. Il manque de courage dans sa démonstration.
Denis Demonpion : Houellebecq
non autorisé, enquête sur
un phénomène (Maren Sell
Editeurs), 384 pages, 20 euros.
tf1.fr : Vous expliquez au début de votre livre que Houellebecq et ses proches ont tenté de se raccrocher à votre enquête…
D. D. : Ils ont moins voulu se raccrocher que circonvenir mon travail.
tf1.fr : Avez-vous envoyé un exemplaire de votre ouvrage à Houellebecq ?
D. D. : Non, je n’y ai pas pensé… Enfin, vous savez, c’est un type très poli, bien élevé, mais il n’en a rien à faire de personne.
photo : détail de la couverture (Maren Sell Editeurs)
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