Houellebecq lancé "comme un paquet de lessive"

Par Matthieu DURAND, le 30 août 2005 à 07h00 , mis à jour le 05 septembre 2005 à 10h27

Un "écrivain moyen" qui signe un livre "mal construit". Rédacteur en chef de la revue Lire, François Busnel ne mâche pas ses mots pour qualifier Michel Houellebecq et son dernier roman, "La possibilité d'une île", qui sort ce mercredi. Un lancement "organisé comme celui d'un paquet de lessive", dénonce avec virulence le critique littéraire.

houellebecq lire couverture détail

tf1.fr : Au-delà du personnage, quel jugement portez-vous sur Houellebecq l’écrivain ?

  • Houellebecq remporte le Goncourt

    Après 10 ans d'attente, Michel Houellebecq a été couronné lundi par le plus prestigieux des prix littéraires français pour "la carte et le territoire". Le Renaudot revient lui à Virginie Despentes.

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  • Houellebecq, la possibilité d'un Goncourt ?

    C'est ce lundi peu avant 13 heures que doit être décerné le Goncourt. Après en avoir été plusieurs fois le prétendant malheureux, Michel Houellebecq part cette année grand favori.

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François Busnel : Je pense que c’est un écrivain moyen, un styliste très médiocre mais qui a une capacité ahurissante à saisir l’air du temps et à comprendre ce qui se passe dans la société, notamment les rapports dans l’entreprise, les rapports entre les individus et la question de l’amour et de la sexualité. Les années 90 et 2000 sont le résultat de mai 68 : il y a une incapacité à vivre ensemble et à vivre des relations sentimentales ou sexuelles durables, l’entreprise a gangrené la société... Houellebecq l’a compris et il a également compris que l’état de la France est dépressif. C’est un bon sociologue mais, il le dit lui-même, ce n’est pas un raconteur d’histoire. A la base, c’est un programmeur informatique : comme le montre Denis Demonpion dans la biographie qu’il lui a consacrée (cliquez ici pour lire son interview), Houellebecq a programmé sa vie et son œuvre comme on programme un ordinateur.

Les particules élémentaires était un bon roman, c’était novateur. Dans les années 90, Houellebecq était même en avance sur son temps. En 2001, tout ce qu’il avait subodoré se déroule mais en plus grave, qu’il s’agisse du terrorisme ou de l’élan religieux. Houellebecq est presque dépassé par ses monstres ; Plateforme est déjà en retard. Et au lieu de développer les thèmes qu’il avait abordés dans le passé, il est tombé dans la provocation facile, sur l’islam, les femmes… Or, la société est de plus en plus puritaine. Quand un type écrit "bite", on a l’impression qu’il transgresse ! Houellebecq passe pour un modèle de rébellion mais sa rébellion est celle d’un adolescent attardé.

tf1.fr : Avez-vous lu son dernier ouvrage, La possibilité d’une île ?

F. B. : Oui et il confirme que Houellebecq ne sera pas un grand écrivain. Il a fait le DJ : il a mixé Les particules… et Plateforme. C’est mal construit, la partie science-fiction est grotesque, toutes les trois pages, il y a des scènes de sexe du niveau d’Union ; il n’y a pas d’idées, plus de jus, juste des lieux communs, et c’est le plus grave, à prendre au premier degré. Car Houellebecq pense tout ce qu’il écrit. Toutes ses interviews sont des dérapages. Ce type est vraiment le relais des propos qui se tiennent au café du commerce dans une région qui a voté Le Pen à la dernière présidentielle. Et lui se marre car des gens de gauche vont prendre sa défense au nom de la liberté d’expression et de création. La presse fait preuve, à son égard, d'une indulgence surprenante : comment expliquer que des propos racistes, mysogynes, extrêmistes qui seraient condamnés s'ils venaient de n'importe qui d'autre soient considérés comme des oeuvres d'art parce que prononcés par Houellebecq ?

Houellebecq est anti-tout. Il est la variante littéraire d’un extrémisme nihiliste. On le compare à Céline mais Céline était un grand écrivain qui a inventé un style, fait d’argot et de style vernaculaire, et qui a toujours revendiqué ses opinions, son antisémitisme, sa misogynie… Houellebecq est un trouillard. Il a renié les propos qu’il a tenus sur l’islam, il s’est même réfugié en Irlande !

tf1.fr : Comment expliquez-vous son succès ?

Dans son numéro de septembre,
Lire consacre un dossier à
Michel  Houellebecq (4,90 €).
F. B. : Ma théorie, c’est qu’il a du succès uniquement auprès d’un public déprimé. Ses lecteurs sont des gens qui se sentent laissés pour compte, qui sont humiliés dans leur entreprise ou sexuellement à la ramasse. Les livres de Houellebecq légitiment l’opinion des 40% de Français qui ont voté pour Le Pen en 2002. Ce type est extrêmement poujado ; il brosse les Français dans le sens du poil.

tf1.fr : Que vous inspire la sortie de La possibilité d’une île, qui a été envoyé dans un premier temps à quelques journalistes sélectionnés par l’éditeur, Fayard ?

F. B. : Il s’est produit quelque chose d’extrêmement grave dans l’édition. Le lancement du Houellebecq a été organisé comme celui d’un paquet de lessive. Il est d’usage qu’au début de l’été, les éditeurs envoient aux journalistes les épreuves des livres de la rentrée. Cela permet l'exercice de la critique, métier sur lequel on peut discuter mais qui garantit à la fois le pluralisme et l'enthousiasme, bref pilier de la démocratie de l'esprit. Or, Fayard a décidé que le roman de Houellebecq ne devait pas subir de critiques négatives. Il a été envoyé à quelques journalistes, proches de l’écrivain, des Inrockuptibles, du Nouvel Observateur et du Monde. Lesquels ont signé une clause dans laquelle ils s’engageaient notamment à ne pas en faire de photocopies. Tous les papiers, très favorables et hurlant unanimement au génie, devaient sortir le 25 août en prévision de la sortie du livre, le 31. Ces journalistes se sont faits le relais d’une campagne de publicité, abandonnant tout esprit de curiosité et toute approche critique. Plus grave, tout a été fait pour que le reste de la presse reçoive le livre après les articles dithyrambiques du 25. Pour Lire, imprimé quand même à 150.000 exemplaires, cela signifiait, étant donné nos délais de fabrication, que nous ne pourrions pas en parler avant notre numéro de novembre !

Début juillet, j’ai donc demandé à ma rédaction de se procurer un exemplaire du livre. Heureusement, il reste des enquêteurs en France. Après l’avoir tous lu, on s’est dit : "tout ça pour ça" ! Mais cette affaire va laisser des traces. Je pense que les gens sont honnêtes et que, après tout ce battage médiatique et marketing, certains seront déçus par le roman.

tf1.fr : Quels sont donc vos coups de cœur pour cette rentrée littéraire ?

F. B. : Alexandre Jardin ! A 40 ans, il signe son premier livre. Son Roman des Jardin est à l’antithèse de ce qu’il faisait jusqu’à présent, des bluettes sympas mais un peu niaises. Il fait le même constat que Houellebecq mais son livre est lucide, joyeux, hédoniste… Le vrai rebelle, c’est lui ! Dans la luge d’Arthur Schopenhauer de Yasmina Reza est extra, très drôle. L’attentat de Yasmina Khadra est une histoire épouvantable [celle d’une femme kamikaze, NDLR] mais poignante. Bref, il y a plein d’alternatives au Houellebecq !

photo : détail de la couverture de Lire (DR)

Par Matthieu DURAND le 30 août 2005 à 07:00
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24 Commentaires

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  • Xavier, le 31/08/2005 à 23h17

    Houellebecq est un cynique dans un monde de cynisme où seul le cynisme plaît encore au lecteur. L'étranger de Camus a permis de dénoncer l'indifférence de l'homme dans un monde absurde, une fracture entre l'homme, citoyen, salarié, mari et père et la société. Hermann Hesse a même comparé la culture orientale bouddhiste et la notre où tout n'est qu'argent, sexe et luxure. Alors oui, Houellebecq est cynique, il parle de cul, de poignon et de grosses bagnoles (il ira cracher sur nos tombes...) mais il écrit ce qu'il ressent dans cette société, pour nous faire comprendre que le cynisme est un sentiment collectif, que nous ressentons tous malgré notre positivisme et notre joie de vivre hypocrite. Le montrer du doigt ne nous fera pas nous sentir plus hédoniste, moins matérialiste ou moins misogyne. Alors lisons Houellebecq si nous voulons passer le temps et ne rien remuer en nous, sinon...eh bien lisons autre chose...;)

  • Jacques, le 31/08/2005 à 08h52

    Et bien moi, je suis plutôt d'accord avec ce critique. J'ai lu Plateforme. J'ai trouvé qu'il y avait un ton nouveau, différent que j'ai plutôt apprécié mais j'ai aussi été bcp choqué. Oui, l'artiste a ts les droits mais enfin, il y a un moment où cela devient écoeurant, cette façon de considérer les femmes comme des poufiasses (pour rester correct), de traîner dans la boue l'islma et les noirs etc. Ceux qui crient à la liberté d'expression sont les premiers à s'insurger contre les chansons de rappeurs, qui, eux bien sûr, n'ont pas le droit à cette liberté, ni même au second degré. Alors, oui, Houellebecq tourne en rond. Oui, ses adorateurs devraient se poser des questions. Accepteraient-ils qu'un écrivain américain ou africain ou égyptien écrive de tels horreurs sur les Français, les catholiques ou les blancs ? Non, évidemment. Les propos que je lis sur Houellebecq me rappellent ceux sur Le Pen : genre, "il dit des choses vraies quand même". Je ne dis pas que tt Houellebecq est à jeter mais enfin, ça suffit. Tt le monde tombe sur le dos de Tom Cruise le scientologue mais là, personne ne dit rien quand ce grand écrivain fricote avec les Raéliens. Ouvrez les yeux. La vie est dure mais le cynisme n'est pas la solution. ET oui, il y a d'autres livres et d'autres auteurs, moins beaufs et moins intolérants, à découvrir en cette rentrée !

  • Christian, le 31/08/2005 à 00h21

    N'est-ce pas la photo de Houellebecq que l'on voit en couverture du magazine de M. Busnel ? Comment peut-il dénoncer le marketing de Houellebecq alors qu'il y participe ? Si M. Houellebecq préfère Alexandre Jardin, pourquoi ne l'a-t-il pas mis en couverture ?

  • Sylvain de Andrade-Pereira, le 31/08/2005 à 00h21

    Pour ce qui est de la rigueur littéraire, j'ai sous la main un récent numéro de LIRE qui propose de découvrir le dernier Dan Brown, écrivain lancé lui aussi comme une lessive. Les gens de LIRE ignoreraient-ils qu'il faut balayer devant sa porte. Sinon, j'ai suivi le conseil de Bouvé. C'est effectivement une bonne idée d'offrir à lire son livre. J'ai téléchargé le roman en français (je suis trop nul en anglais) et j'ai commencé à le lire. Passionnant. ... Par contre, traiter Houellebecq de taupinière, pas d'accord. Dans le PEF actuelle, il fait plutot office, surtour face à la sélection de Busnel, de Mont Ventoux.

  • Rachid, le 30/08/2005 à 23h19

    Je n'ai jamais lu les livres de machin bec, mais je veux bien croire les critiques de François Busnel. Ce Houellebecq n'est pas net.

  • Corinne, le 30/08/2005 à 23h11

    Houellebecq est un gros débile rempli de méprise.Merci monsieur busnel

  • Hugo, le 30/08/2005 à 20h43

    Bien sévère envers François Busnel la^plupart des réactions. Doit-on toujours dire du bien des écrivains lorsqu'on est critique litéraire? Doit-on par intérèt éditorial "arrondir" ce qu'on pense réellement pour ne pas choquer le lecteur ou les annonceurs. Une critique est à prendre pour ce qu'elle est: l'avis D'UN critique. Libre à chacun de se faire lui-même son opinion. Au moins on pourra pas reprocher à Busnel de ne pas vous avoir mis en garde contre la neurasthénie. LOL

  • Laurent, le 30/08/2005 à 18h05

    François Busnel est tellement affligeant dans sa critique (limite commissaire politique) qu'on en vient à se demander si il n'est pas un agent double téléguidé par Houellebecq lui même :-)))

  • David, le 30/08/2005 à 17h09

    La secte de rael va grossir avec tout ces gogobobo qui suivent ouellebec lisez lautreamont, ou artaud, pas ce faux beauf rebelle..

  • Olivier, le 30/08/2005 à 14h18

    Si Houellebecq est un écrivain tellement moyen, pourquoi François Busnel se donne t'il tant de mal pour le salir. forcément Houellebecq ne donne pas dans le consensus mou de l'idéologie post 68arde, il dérange les bien pensants, semble t'il

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