
tf1.fr : La nuit parisienne reste-t-elle la nuit de référence ?
Frédéric Taddéi : Pour moi, c'est LA nuit. Parce que c'est la mienne, d'abord, celle où j'ai fait mon apprentissage, où j'ai pris mes repères, appris les codes. Ça l'est aussi parce que de toutes les villes que j'ai visitées, Paris garde un charme nocturne unique, par sa variété, sa liberté, et sa sécurité. Il n'y a pas une rue où je n'oserais me promener, pas un quartier infréquentable, contrairement à tant d'autres villes, contrairement même au Paris d'il y a trente ans...
Vous trouvez la nuit parisienne assez riche ?
Oui. On peut vraiment tout y faire, tout y trouver. Certes, elle s'uniformise d'un côté, ses bars branchés s'y ressemblent, et ressemblent aux bars branchés d'autres grandes métropoles. Mais il y reste des endroits populaires, des endroits différents. S'ils n'existaient pas, Paris Dernière n'aurait pas pu durer. Vous semble-t-elle assez ouverte ?
La nuit est plus démocratique : le nombre de gens qui sortent est bien plus grand qu'il y a 20 ou 30 ans. Il y reste des clans, des soirées et des endroits difficiles d'accès. Mais la nuit est par nature plus tribale et ségrégationniste : il est surtout difficile d'y être un touriste, de venir pour observer. Je suis un touriste lorsque je tourne pour Paris Dernière, mais je m'arrange pour être le seul touriste, et pour me mettre au service de l'endroit.
Que représente pour vous la Nuit Blanche ?
Une vraie bonne idée, une idée très politique, avec un but : ouvrir la nuit aux Parisiens. La nuit fait peur, la société occidentale n'a eu de cesse de lutter contre elle. La Nuit Blanche, c'est une invitation, comme si la Mairie nous disait "venez goûter à ça, vous n'avez aucune raison d'avoir peur". C'est une façon de rendre la nuit moins noire.
Le fait d'en faire une nuit d'art vous semble-t-il pertinent ?
Oui, car cela donne une raison de sortir à ceux qui ne le font pas souvent, que ce soit par manque d'habitude ou de moyens. Une raison qui n'est pas pécuniaire, qui incite à se balader et à s'ouvrir à l'art. C'est quand même mieux que d'ouvrir des endroits à l'accès difficile où de toutes façons, les visiteurs ne seraient que touristes !
Aimeriez-vous être un jour responsable d'une Nuit Blanche ?
Oh non. Je ne suis pas un organisateur, je suis un observateur. Je ne fais pas partie de la bande, je me contente d'être là aux anniversaires des autres. Si je commençais à passer de l'autre côté, mon émission n'aurait plus de raison d'être.
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photo: Julien Cauvin / Europe 1
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