
Evidemment, la sortie d'un nouvel album des Rolling Stones est toujours un événement. Et évidemment, depuis la fin des années 70, la déception est généralement au rendez-vous. Bref, malgré l'intense campagne de promotion présentant "A bigger bang", première livraison studio du quatuor depuis 1997, comme le retour aux sources, le scepticisme était de rigueur. Et ce n'est pas le lancement de la tournée mondiale il y a deux semaines qui avait changé les choses : lors des six premiers concerts, seulement quatre des seize chansons du nouveau disque ont été jouées, le reste étant constitué des standards.
Un bon blues
Résultat : "A bigger bang" -"le reflet de la fascination du groupe pour la théorie de l'origine de l'univers" !- constitue une relative bonne surprise. Délaissant en effet les effets de mode, la bande à Mick Jagger s'est concentrée essentiellement sur ce qu'elle sait mieux faire : le rock. D'emblée ce ton originel est lancé avec "Rough justice", sur lequel Keith Richards et Ron Wood (absent ensuite sur six morceaux) s'en donnent à cœur joie avec leurs guitares, épaulés par un Charlie Watts toujours à l'aise derrière sa batterie. "Oh no not you again", "Driving too fast" ou encore "It won't take long" confirment que lorsqu'ils le veulent, les Stones peuvent composer des titres inspirés.
Et plus que le rock, c'est le blues qui est à la racine du groupe. Nouvelle démonstration avec "Back of my hand". Avec une prestation vocale remarquée de Mick Jagger et un joli passage à l'harmonica, il fleure bon les premières interprétations de la bande et nous ramène dans le Chicago du siècle dernier.
Anti-Bush
Malgré ces ondes positives, on trouvera dommage que les Stones aient privilégié le remplissage et le marketing. Remplissage car plusieurs des seize chansons rendent le CD long -plus d'une heure- et auraient pu être abandonnées sans dommage pour l'ensemble, au contraire : les deux ballades faiblardes désormais de rigueur (dont "Streets of love ", le single destiné aux radios), les deux titres funky un peu perdus au milieu de cet océan rock ("Rain fall down" et "Look what the cat dragged in") ou encore les deux morceaux squattés par Keith Richards de sa voix éraillée. Marketing car une bonne partie de la promotion a été axée sur "Sweet neo con", le désormais célèbre manifeste politique contre les néo-conservateurs américains, et donc George W. Bush.
Quoi qu'il en soit, même si ce "bang" est loin d'être le "big bang" auquel il prétend, il pourrait à terme se faire une petite place dans l'immense discographie studio des Rolling Stones. L'exploit n'est pas mince et prouve que même après 40 ans de carrière, il faut toujours compter avec les "papys du rock".
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