Vanté par ses organisateurs comme un événement propre à rassembler les Européens, le concours Eurovision de la chanson, dont la finale se tient samedi à Athènes, reflète aussi les rivalités et sympathies ethno-culturelles en cours sur le continent. La tendance de certains pays à voter en "blocs" existe depuis l'origine de l'événement, rapporte à l'AFP Keith Mills, responsable d'un site internet et d'un blog dédiés à l'Eurovision. "Les plus évidents sont le bloc scandinave - Norvège, Suède, Danemark, Finlande, élargi à l'Islande - et celui des ex-satellites de l'URSS - Ukraine, Belarus, Lettonie, Lituanie, Estonie", explique-t-il.
Le vote des téléspectateurs de 38 pays
Les téléspectateurs des 38 pays dans lesquels la compétition est retransmise sont invités à voter pour leurs candidats favoris. Le gagnant est celui qui remporte le plus de points. "Peu importe la qualité de la chanson, il y a un comportement collectif", juge également Omer Suleman, élève doctorant en physique de l'université d'Oxford qui a publié un article scientifique sur la question à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'Eurovision en 2005. L'Union européenne de radiodiffusion (UER), qui gère l'Eurovision, dit qu'elle est incapable de fournir le détail des votes par pays depuis le début de la manifestation. "Nous ne possédons pas de telles archives en ligne, ce serait trop important", affirme à l'AFP l'un de ses responsables. Mais les informations rassemblées par les nombreux fans donnent du poids à la théorie des "blocs".
L'exemple Grèce, Chypre et Turquie
La Grèce et Chypre, par exemple, de tous temps alliés, se sont mutuellement attribuées le score maximum de 12 points à huit occasions, notamment les quatre dernières années. Dans le même ordre d'idée, Chypre n'a jamais donné un seul point à son grand ennemi régional la Turquie avant 2003, tandis que les Turcs ont depuis le début de leur participation au concours donné un seul point aux Chypriotes. De même, les pays ayant une forte majorité de ressortissants étrangers d'une autre nation ont tendance à favoriser cette dernière : c'est le cas de l'Allemagne, qui possède une large communauté turque et dont le vote à l'Eurovision a tendance à favoriser l'artiste turc.
Les Scandivanes solidaires
Svante Stockselius, responsable de l'UER en Grèce, admet que les liens culturels et linguistiques influencent en grande partie les votes. "C'est vrai, nous voyons les pays des Balkans, ceux de Scandinavie voter les uns pour les autres, et peu importe quelle chanson la Grèce présentera, elle obtiendra 12 points de Chypre", dit-il à l'AFP. Il concède aussi que dans le passé des accords de couloirs ont pu déterminer les résultats, longtemps arrêtés par des jurys nationaux. Mais il jure que la mise en place du vote direct par téléphone et SMS, centralisé sur une base de données unique, a mis un terme à ces pratiques. "Vous ne pouvez pas convaincre une population entière de prendre son téléphone et voter dans un certain sens", dit-il. Lors de la finale, chaque téléspectateur aura le droit de voter pour plusieurs candidats, dans la limite de 20 appels émanant d'un même numéro, encore que cette règle ne soit pas appliquée dans tous les pays participants. "Et si vous passez un 21e appel votre téléphone prendra feu", prévient Svante Stockselius.
Les participants à l'édition 2006 |
Dix pays se sont qualifiés jeudi soir à Athènes pour la finale du 51e concours Eurovision de la chanson, qui se tiendra samedi dans la capitale grecque, en prenant le dessus sur 13 autres pays. Les dix gagnants - Arménie, Irlande, Russie, Turquie, Ukraine, Macédoine, Finlande, Lituanie, Suède, Bosnie-Herzégovine - affronteront samedi les représentants des 14 pays qualifiés d'office pour la finale : le pays hôte de la compétition (Grèce), les quatre plus importants contributeurs financiers - France, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni - et les neuf plus gros scores de l'année passée : Suisse, Moldavie, Israël, Lettonie, Norvège, Malte, Danemark, Roumanie et Croatie. |
(Photo : la candidate chypriote lors de la demi-finale - AFP)







