La divinité Maya vendue près de 3 millions d'euros à l'hôtel Drouot (mars 2011) © TF1/LCILes relations ne sont décidément pas au beau fixe entre la France et le Mexique. Il y a déjà eu l'affaire Cassez, dossier judiciaire chargé qui a dégénéré en brouille diplomatique. Au point de mener à une annulation de l'année du Mexique en France. Désormais, c'est un tout autre sujet qui fait controverse. Il y est question d'une divinité maya, d'une statue monumentale, d'une vente aux enchères record... et d'autorités mexicaines sans doute pas fâchées de pouvoir remettre en cause les compétences d'un grand hôtel de ventes français en matière de vestiges archéologiques...
Tout est parti de la vente chez Drouot de la collection privée de l'industriel suisse Henry Law, composée de 200 sculptures en pierre. Les enchères avaient atteint un total de 7.452.914 euros, frais compris. Le record avait été atteint par une grande statue, de plus d'un mètre soixante-cinq, représentant une divinité assise et présentée comme de culture Maya. Le prix de vente s'était élevé exactement à 2.912.000 euros, frais compris.
| "La figure tente de reconstituer les traits propres à des représentations préhispaniques" |
Mais aujourd'hui, les autorités mexicaines contestent l'authenticité de cette sculpture. "La pièce attribuée à la culture Maya et qui a atteint un prix record en vente aux enchères est une pièce de fabrication récente car elle n'appartient à aucune des cultures préhispaniques du Mexique", ont assuré dans un communiqué conjoint le ministère mexicain des Affaires étrangères et l'Institut national de d'anthropologie et d'histoire (INAH) du Mexique.
Selon ce communiqué, des experts de l'INAH ont établi, après un examen des pièces présentées à la vente aux enchères, que la divinité Maya n'était pas authentique et les autorités françaises en ont été averties par l'intermédiaire de l'ambassade du Mexique en France. "La figure tente de reconstituer les traits propres à des représentations préhispaniques élaborées dans la zone Maya du sud-est du Mexique, toutefois tant la hauteur (165,5 cm) que la posture avec les jambes fléchies et les lanières qui tiennent la chaussure ne sont pas caractéristiques de cette culture", précise le communiqué.
Les archéologues de l'INAH ont établi en outre que la statue, présentée par l'hôtel Drouot comme une divinité Maya de la période classique tardive (550-950 après J.C.), présente une "érosion apparente" faite en réalité dans le but de lui donner volontairement une apparence "d'usure et d'ancienneté". Dans l'élaboration de la pièce ont été employées en outre des techniques propres à un "style libre" qui ne correspond à aucune caractéristique formelle ou stylistique des cultures préhispaniques du Mexique, selon les autorités de ce pays.
| "Les Mexicains nous font le coup à chaque fois car cela les agace qu'il puisse y avoir du commerce autour de l'art précolombien" |
"Les accusations du Mexique sont totalement ridicules. Elles n'ont pas la moindre base. C'est une pièce très connue qui a été complètement analysée", a vertement réagi Jacques Blazy, l'expert en objets précolombiens qui a préparé la vente aux enchères. "C'est une pièce extrêmement connue que personne n'a jamais contestée". "Le but du Mexique est de déstabiliser le marché de l'art précolombien pour tenter de l'éradiquer", soutient Jacques Blazy.
"C'est de la gesticulation, du bidonnage", a renchéri le commissaire-priseur Jean-Claude Binoche, qui organisait la vente à l'Hôtel Drouot. "Les Mexicains nous font le coup à chaque fois car cela les agace qu'il puisse y avoir du commerce autour de l'art précolombien", rappelle Me Binoche. "Mais cela fait 400 ans qu'il y en a. Les Medicis avaient déjà des pièces préhispaniques", ajoute-t-il. Et d'assurer que l'acheteur, une grande entreprise européenne, n'est nullement ébranlé : "Elle m'a dit que cela ne lui faisait ni chaud ni froid".
| Un précédent |
L'étude Binoche Giquello a déjà eu maille à partir avec le Mexique. En 2008, une vente d'objets précolombiens avait été bloquée, à la suite d'une demande du Mexique auprès des autorités judiciaires françaises. Mexico accusait de recel les collectionneurs qui mettaient sur le marché ces objets. Les pièces avaient été saisies par les policiers français et mises sous séquestre. La justice française ayant établi que les objets ne provenaient ni de pillages, ni de vols, l'étude avait présenté à nouveau une quarantaine d'objets à la vente à l'Hôtel Drouot en juin 2010. |
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