Passion et obsessions, le 7e art selon Scorsese

Par Matthieu DURAND, le 28 septembre 2004 à 07h00 , mis à jour le 27 septembre 2004 à 17h00

De "Taxi Driver" à "Gangs of New York", Martin Scorsese a marqué le cinéma d’une empreinte indélébile. Un ouvrage très complet dresse le portrait de ce cinéaste virtuose dont l’œuvre fascine autant qu’elle dérange.

martin scorsese livre éditions Dark Star couverture détail © Dark Star

Qui aime le cinéma, aime Martin Scorsese. Et pour cause : dans sa vie comme à l’écran, le réalisateur américain a su transmettre sa passion pour le 7e art. Une passion à la fois excessive et réfléchie. Pas une interview, pas un long-métrage dans lequel l’auteur de Taxi Driver ne rend hommage à l’un de ses maîtres ou à l’un des ses films fétiches. Aujourd’hui, c’est à lui de recevoir les honneurs qu’il mérite dans un superbe ouvrage intitulé tout simplement : Martin Scorsese (1).

"Empreintes indélébiles"


 
De Who’s That Knocking at My Door (1969) à Gangs of New York (2002), Nicolas Schaller, journaliste à Première, et Alexis Trosset, réalisateur, ont décortiqué la filmographie de Scorsese à la lumière de son chaotique parcours individuel et de ses obsessions. Et Dieu sait qu’elles sont nombreuses ! Cinéphilie, religion, violence et musique sont certainement les plus évidentes. Elles accompagnent le cinéaste depuis son enfance, passée dans le quartier de Little Italy à New York, et enrichissent son œuvre. Laquelle, fascinante, dérangeante, ne laisse jamais indifférent, soulignent les auteurs. Et d’en apporter la preuve à travers des analyses pointues et ciselées, qui s’appuient autant sur les propos du réalisateur que sur les images qu’il a tournées.

Le ralenti de Jake La Motta/Robert de Niro s’échauffant sur un ring de boxe (Raging Bull), le reflet de Eddie Felson/Paul Newman dans une boule de billard (La Couleur de l’Argent), Bill le boucher/Daniel Day-Lewis tapotant son œil de verre avec un couteau (Gangs of New York)… "Derrière ces images — empreintes indélébiles gravées dans nos mémoires — se dissimule l’art de Martin Scorsese", écrivent Schaller et Trosset. Ses mises en scène sophistiquées, la fluidité qu’il imprime à la caméra, sa manière de découper une scène au montage, son utilisation de la musique révèlent une virtuosité qui reste unique à ce jour. C’est tout le mérite de l’ouvrage de montrer à quel point la technique du cinéaste est indissociable de son œuvre.

Mafia et images

Ce portrait fouillé est complété par une présentation de la "Mafia Scorsese", qui regroupe parents (ceux du cinéaste), amis (De Palma, Coppola…), collaborateurs (le scénariste Paul Schrader ou la monteuse Thelma Schoonmaker) et héritiers (Spike Lee, Abel Ferrara…). Les auteurs ont même recueilli un éloge signé Steven Spielberg. Quant à l’esthétique de Scorsese, elle est mise en valeur à travers une iconographie très riche et une mise en page soignée. C'est certain, le livre de Schaller et Trosset fera date.

(1) Martin Scorsese, de Nicolas Schaller et Alexis Trosset, éditions Dark Star, 256 pages, 45 euros. Dark Star a également publié des ouvrages tout aussi réussis sur Steven Spielberg, John Woo et Brian de Palma.

photo : détail de la couverture du livre Martin Scorsese (Dark Star)

Par Matthieu DURAND le 28 septembre 2004 à 07:00
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