Isabelle Carré : "Holy Lola, une expérience de vie"

Par , le 24 novembre 2004 à 00h00 , mis à jour le 24 novembre 2004 à 17h18

Isabelle Carré tient, avec Jacques Gamblin, le rôle principal du nouveau film de Bertrand Tavernier : Holy Lola. L'actrice revient pour tf1.fr sur la découverte du Cambodge lors du tournage et nous livre son sentiment sur le propos du film : l'adoption.

Holy Lola tavernier Isabelle Carré Jacques Gamblin enafnt © TFM

tf1.fr : Comment avez-vous vécu votre rôle dans Holy Lola de Bertrand Tavernier : comme un nouveau film ou comme une expérience ?

Isabelle Carré : C'est une expérience de vie avant d'être un film oui, c'est sûr. J'espère ne jamais l'oublier, la garder comme une petite fenêtre dans ma tête. Quand Bertrand Tavernier m'a fait lire le scénario, j'étais bouleversée par cette histoire. Il était impossible de ne pas accepter le rôle. C'est évident que ce n'est pas un film comme les autres. C'était partir découvrir un pays, le Cambodge, à travers le sujet de l'enfance et du désir d'enfant.

tf1.fr : Le Cambodge, pays où ce couple part adopter un enfant, n'est pas un endroit anodin...

Isabelle Carré : Non, ça a été une vraie découverte, une rencontre. Le film parle du Cambodge de manière très sensuelle. Au début du film, le couple que nous interprétons avec Jacques Gamblin sort de l'aéroport, c'est la saison des pluies, ils se prennent des trombes d'eau sur la tête... C'est comme une nouvelle naissance pour eux. C'est d'abord une rencontre physique avec le Cambodge, la pluie, la chaleur, les odeurs, leurs peaux blanches au milieu de ces peaux dorées. Et puis la rencontre de ce couple qui ne peut pas avoir d'enfant avec une autre souffrance, celle d'un pays meurtri par un génocide.

tf1.fr : On a l'impression dans ce film que "vous ne jouez pas", que les émotions sont les vôtres, pas celles d'une actrice qui interprète un rôle.

 

-

Isabelle Carré : Il y a deux aspects : l'histoire est très réelle car les auteurs se sont inspirés d'histoires vraies, de témoignages et d'expériences de couples qui vivaient ou avaient vécu ce type d'adoption. Par ailleurs, ces chocs, dans la rue, dans les orphelinats, étaient les nôtres. Bertrand Tavernier nous avait dit que le scénario était écrit, mais que ce qu'il voulait surtout, c'étaient nos propres réactions, notre regard. Il y a des moments où j'ai craqué, des moments où on n'a plus envie d'être acteur dans ce contexte-là comme lors de la visite du musée du génocide khmer. Jouer aurait été indécent.

 

tf1.fr : Dans sa quête d'enfant, le couple que vous formez avec Jacques Gamblin vit des choses terribles, très humiliantes, très violentes. Est-ce le prix à payer pour devenir parents ?

Isabelle Carré : Non, ce n'est pas nécessaire. On peut s'épargner des souffrances. Mais même si l'on se prépare au voyage, que l'on se documente sur le pays, que l'on commence à apprendre la langue, comme mon personnage, le choc est quand même inévitable. Ce couple s'immerge dans ce pays, il adopte un enfant mais aussi un pays.

tf1.fr : Comment à votre avis un couple peut-il traverser une telle épreuve ?


Le film de Bertrand Tavernier ne parle
pas seulement d'adoption mais aussi
d'un couple et de leur relation dans une
situation hors du commun. -

Isabelle Carré : J'ai l'impression que Jacques et moi avions une très grande complicité. C'était très important de faire croire à ce couple, à son intimité. Ce n'est pas l'histoire d'un couple d'Occidentaux gâtés qui vont se chercher un enfant ou qui veulent adopter pour essayer de sauver leur relation. Ce sont deux personnes qui ont mesuré l'envie d'avoir un enfant, deux personnes admirables dans leur courage et qui arrivent à se rattraper l'un l'autre quand l'un flanche. C'est à la fois un film sur l'adoption, sur un couple, sur le désir d'enfant et sur le Cambodge.

Par Sophie Lutrand le 24 novembre 2004 à 00:00
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