
Allergique aux compétitions des différents festivals dans le monde, le cinéaste américain préféré des Français ne rechigne cependant pas à y présenter de temps à autre ses nouvelles productions. L'année de ses 70 ans, Woody Allen est sur la Croisette pour présenter Match Point, un film qu'il a réalisé, une fois n'est pas coutume, à Londres, au lieu de New York où le cinéaste a ses habitudes. L'histoire de cette comédie policière se déroule donc en Angleterre. Chris Wilton, un modeste professeur de tennis, partagé entre son épouse Chloe et la belle Américaine Nola, découvre les moeurs de la haute société britannique. Au générique de ce long métrage (2h04, format bien inhabituel pour le réalisateur), Scarlett Johansson, Jonathan Rhys Meyers, Brian Cox et Woddy Allen himself. Si le film est présenté ce jeudi à Cannes, il faudra néanmoins attendre la fin octobre pour le découvrir dans nos salles.
Le cinéma comme thérapie
Lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit la projection du film aux journalistes, Woody Allen a été à la hauteur de sa réputation en expliquant qu'il continuait à 69 ans à faire des films "à des fins thérapeutiques", au même titre que les institutions psychiatriques proposent des ateliers de peinture à leurs patients. Jusque là souvent distrait dans sa conférence de presse, le réalisateur new-yorkais a été piqué au vif par un journaliste lui demandant si, à son 36e film, il tournait toujours par passion ou par simple habitude. "C'est une distraction pour moi. Si je ne faisais pas cela, je n'aurais rien d'autre pour me distraire. Je me bats en permanence contre toutes sortes de dépressions et de névroses", a répondu un Woody Allen soudain très volubile. Le cinéma, a poursuivi Woody Allen, "m'a permis de me tenir à l'écart du monde réel depuis des années. Alors je fais un nouveau film, au fond duquel je peux m'enterrer pendant un certain temps".
En compétition jeudi |
- Kilomètre zéro de Hiner Saleem (Irak-France/1h31) avec Nazmi Kirik, Eyam Ekrem, Belcim Bilgin
Février 1988, en pleine guerre Iran-Irak. Ako, jeune Kurde, rêve de fuir le pays. Sa femme Selma s'y refuse tant que son père est vivant. Enrôlé de force dans l'armée de Saddam Hussein, envoyé au front, Ako cherche en vain la "bonne blessure" pour être démobilisé. Un jour, il reçoit l'ordre de ramener la dépouille d'un chauffeur de taxi qui s'avère être un nationaliste irakien convaincu. Un Kurde, un Arabe, le cercueil du martyr enveloppé dans un drapeau irakien : l'étrange convoi traverse le pays du Sud au Nord, avec au bout de la route les montagnes kurdes. Peut-être l'occasion pour Ako d'enfin fuir le pays.
A 17 ans, Hiner Saleem est obligé de fuir son pays pour échapper à l'oppression de Saddam Hussein. Pendant la guerre du Koweit, il réussit cependant à retourner chez lui. Il en profite pour tourner en 16 mm les images de son premier film, dans lequel il fait jouer son frère et son père, Un bout de frontière, mais les bombardements l'empêchent d'achever ce premier essai. Ces images sont présentées à la Mostra de Venise en 1992, en tant que "film inachevé". Initiative qui permet à Hiner Saleem de trouver les financements pour son film suivant, "Vive la mariée... et la libération du Kurdistan", dans lequel il retrace la vie d'un militant kurde réfugié à Paris. Il n'a depuis cessé de réaliser des oeuvres engagées politiquement pour la reconnaissance des droits du peuple kurde. C'est ainsi qu'il signe en 1999 un film aux résonances autobiographiques, Passeurs de rêves, avant de signer Vodka lemon (2003), sur les péripéties d'un vieil homme et la misère du peuple kurde en Arménie.
- Bashing de Masahiro Kobayashi (Japon-1h22) avec Fusako Urabe, Ryuzo Tanaka, Nene Ostsuka
Yuko, otage en Irak, rentre au Japon après avoir été libérée. Mais six mois plus tard, son retour tourne au calvaire. Il semblerait que toute la société japonaise se soit liguée contre elle après avoir été embarrassée et consternée par l'attention internationale dont Yuko a été l'objet. Celle-ci subit chaque jour des insultes dans la rue, des coups de téléphone anonymes et même des violences physiques. Après son licenciement, son isolement ne fait que grandir en même temps que son désespoir. Face à cette situation, elle envisage de retourner en Irak.
Né le 6 janvier 1954 à Tokyo, Masahiro Kobayashi a réalisé Closing time (1996), La route des petits voyous (1998), Koroshi (2000), L'homme qui marche sur la neige (2001), La coiffeuse (2003) et Un flic (2004).
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