La mère, à son retour, régurgite la nourriture et remplace le père qui part à son tour vers l'océan (image : Bonne Pioche, L. Jacquet). © Bonne Pioche, L. JacquetAux Etats-Unis, "La marche de l'Empereur" s'appelle "March of the pinguins". Remanié en grande partie pour satisfaire aux critères américains, le film de Luc Jacquet est le succès surprise de l'été. Avec près de 70 millions de dollars accumulés en moins de trois mois d'exploitation, il se situe d'ores et déjà à la première place des films français au box-office de l'Histoire, et au second rang des documentaires, juste derrière "Fahrenheit 9/11".
Plus qu'un ouvrage animalier triomphal, il est surtout devenu un film-polémique. En quelques semaines, les manchots, qui consacrent une grande part de leur énergie à assurer la survie de leurs petits face à l'adversité du climat du pôle sud, se sont en effet transformés pour les chrétiens ultra-conservateurs américains en emblème de vertu familiale, en modèle pour les hommes, en argument contre l'avortement et en preuve imparable que Darwin avait tort.
"La Marche" est "le film qui a cet été le plus passionnément réaffirmé les normes traditionnelles comme la monogamie, le sacrifice, le fait d'avoir des enfants", relevait récemment le critique de film Michael Medved dans le New York Times. Pour les chrétiens les plus religieux, c'est sans doute "le premier film qu'ils ont aimé depuis 'La Passion du Christ'" de Mel Gibson, ajoutait-il. "C'est 'La Passion des Manchots'".
"Exemple parfait de la monogamie"
Pour le réseau des "153 House Churches", une organisation chrétienne, le film est tout simplement la preuve de la gloire de Dieu, et le groupe a entrepris d'organiser des sessions invitant les familles à le visionner. Les chrétiens peuvent être inspirés par "le dévouement, la coopération et l'affection" montrés par le couple de manchots, par la loyauté et la persévérance du mâle, qui attend deux mois, assis sur l'oeuf, en attendant le retour de la femelle, dit Mari Helms, critique du documentaire pour le site www.christiananswers.net. Rich Lowry, rédacteur en chef du magazine de droite National Review, a encouragé les jeunes conservateurs à aller le voir : "C'est un film incroyable. Et je dois dire, les manchots sont l'exemple parfait de la monogamie".
Pour Jill Stanek, à la tête d'une campagne contre le droit à l'avortement, la vision de ces animaux si soucieux de leurs petits est une leçon pour les femmes qui envisagent une IVG. "Je me souviens de la manifestation à Washington où les pro-avortements s'étaient retrouvées pour consolider leur droit à tuer des bébés," écrit-elle sur WorldNetDdaily.com. "Je me dis que peut-être une analogie via un film sur les manchots pourrait aider les gens à comprendre".
"Oiseaux lubriques"
Mais les laïcs soulignent de leur côté le caractère très libre de la vie sexuelle des manchots et relèvent que l'homosexualité au sein de leurs différentes espèces est courante. "Ils changent de partenaires à chaque saison, ce qui en fait des oiseaux plutôt lubriques", dit Sheerly Avni sur www.alternet.org.
Autre question à controverse, les manchots survivent-ils grâce à la pression de l'évolution ou par la grâce divine? "Difficile de ne pas voir les nuances théologiques dans le film... Beauté, bonté, amour et dévouement font tous partie de la nature, contenus au sein de l'ADN de l'univers," écrit Maggie Gallagher, éditorialiste sur yahoo.news. Mais George Will, éditorialiste du Washington Post s'interroge : "Si une force supérieure avait conçu la nature, pourquoi aurait-elle rendu la mission des manchots aussi fastidieuse ?"
(photo : une image du film)
AFP
Retour MYTF1
Chargement en cours...




