Gérard Pirès dépoussière "Tanguy et Laverdure"

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 09 novembre 2005 à 07h06 , mis à jour le 09 novembre 2005 à 08h25

Gérard Pirès est le réalisateur des "Chevaliers du ciel", une adaptation moderne de la BD Tanguy et Laverdure qui sort en salle le 9 novembre. Comment les héros ont-ils été choisi ? Comment s'est passé le tournage avec l'armée de l'air ? etc.. Il répond aux questions de tf1.fr.

pires portrait par alex

Les "Chevaliers du Ciel" est une adaptation de la célèbre BD "Tanguy et Laverdure", mais les héros de votre film ne ressemblent pas du tout à ceux imaginés par Charlier et Uderzo ?
Gérard Pirès : Je n'ai pas fait un film pour les nostalgiques. Il fallait dépoussiérer l'histoire, la moderniser, la rendre plus actuelle après les attentats du 11 septembre 2001. Aujourd'hui, les pilotes sont des ingénieurs professionnels. Par contre, de la BD, j'ai gardé l'amitié forte qui unit les deux pilotes.

Comment avez-vous choisi vos héros ?
Le choix des acteurs était relativement évident. Il fallait qu'ils soient un peu connus, qu'ils aient de grandes qualités professionnelles et qu'ils soient jeunes. Magimel est très émouvant. Il s'est imposé de lui-même. Cornillac est merveilleux et très différent. Leur amitié fonctionne à l'écran. C'est un rapport d'amitié très profond. Ils sont embarqués dans des aventures violentes, spectaculaires et crédibles, ce qui rend l'histoire elle-même crédible. Ce film est inattaquable sur l'authenticité.

Gérard Pirès, entouré de ses comédiens
A-t-il été difficile de convaincre l'armée de l'air ? 
Non, ils ont très vite imaginé que si je faisais de très belles séquences d'aviation, ce film serait une campagne de pub intelligente pour eux. Avant d'être des militaires, les pilotes de chasse sont des passionnés du ciel. Ce film montre la beauté des vols. Si je peux communiquer cette passion à des jeunes, c'est très bon pour l'armée, notamment pour son recrutement. Pendant près de deux ans, les militaires nous ont apporté un soutien fabuleux, notamment dans la préparation des scènes aériennes. Mais les pilotes avaient posé une règle de base simple en nous disant : "on veut bien vous aider mais nous gonflez pas trop !" (rires). Cela voulait dire qu'il fallait s'intégrer à leur dispositif, notamment au plan sécurité, et non l'inverse. Les images ont donc été tournées pendant leurs vols d'entraînements habituels.

Vous ont-ils demandé de modifier certaines scènes? 
Le seul deal a porté sur une scène de striptease. Les militaires ne voulaient pas que cela se passe sur une base aérienne et encore moins sur un Mirage ! Mais ce n'était pas gênant, nous avons tourné cette scène magnifique dans un aéroclub voisin où se trouvait un Corsair, avion bleu mythique de la seconde guerre mondiale. Le résultat est bien meilleur.

Vous aimez comparer le travail de pilote de chasse avec celui de réalisateur... 
Vous avez la même adrénaline, la même passion, la même prise de responsabilité. Il faut savoir agir vite dans des situations complexes. Vous embarquez des gens avec vous sur un certain nombre d'actions où il faut être sûr de ce que l'on fait. Il s'agit de deux jobs à responsabilités.

Tournage depuis l'arrière d'un Transal
(crédit : Eric Magnan)
Comment avez-vous fait pour tourner les scènes aériennes ?
J'ai fait appel à Eric Magnan. C'est le seul réalisateur capable de faire ce genre de scènes. Le seul à savoir tout ce que l'on peut demander aux pilotes, car lui-même pilote des avions. On a dû détailler chaque séquence, chaque plan est unique. Pour filmer les scènes de chasse en altitude et à grande vitesse il a notamment eu l'idée géniale de transformer un réservoir d'essence de 2 000 litres en pod, avec quatre caméras embarquées, que l'on a mis sous l'aile de l'avion.

Il s'agit d'une fiction or la plupart des scènes sont tournées de façon très réaliste... Pensez-vous que cela va fonctionner avec le public, qu'il va y croire ? 
Je pilote beaucoup, et je n'arrive à croire que ce que je ressens comme étant réel. Dans ce film, j'ai essayé de traduire au plus près la vision ou les sentiments que l'on peut ressentir quand on est là haut. Le scénario qu'on a développé est un scénario plausible et craint par les autorités les plus importantes. Le CDAO, qui s'occupe de la sécurité de la France, envisage concrètement plusieurs des points du scénario, qu'il a lu bien évidemment, et notamment une possible agression un 14 juillet sur les Champs-Elysées. Donc je ne crains pas trop ce risque.

Quelle est votre plus grande satisfaction dans le résultat obtenu à l'écran?
C'est le mixte entre la comédie et les scènes d'actions. Il y a une bonne balance. Les comédiens m'ont fait un travail extraordinaire et les scènes d'action sont très réussies aussi. La qualité technique globale du film est très haute à mon avis.

Espérez-vous un effet " Top Gun " en France ?
C'est impossible, parce qu'un film français ne fait pas le même bruit qu'un film américain. Par contre, je ne voulais pas avoir honte après Top Gun. Et sincèrement, je n'ai pas honte (rires) ! Mission accomplie !

Le film est-il déjà vendu à l'étranger ? 
Il a été vendu partout sauf aux Etats-Unis. Mais il va être présenté du 3 au 5 novembre à l'American Film Market, à Los Angeles.

La fin du film laisse la porte ouverte pour une suite... 
Scénaristiquement, une suite est effectivement possible. Il y aura toutefois une difficulté majeure : je ne pourrai pas me renouveler au niveau des prises de vue aériennes, déjà très différentes de Top Gun. Je ne pourrai pas franchir la même marche. Mais peut-être pourrait-on envisager la suite dans la marine, sur un porte-avions. Ou bien de faire un autre film, sur la philatélie, pourquoi pas ?!

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET le 09 novembre 2005 à 07:06
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