
Après "Lord of war" en début d'année, qui dénonçait son rôle dans les ventes d'armes, la diplomatie américaine en prend de nouveau pour son grade avec "Syriana".
Son réalisateur n'est d'ailleurs pas inconnu puisque Stephen Gaghan avait déjà écrit le scénario de "Traffic" sur les dessous de la lutte anti-drogue. Cette fois, il s'attaque à la politique de l'Oncle Sam au Moyen-Orient -dans le jargon du renseignement, Syriana désigne l'hypothétique remedolage politique de la région à la sauce américaine.
Pour bâtir son scénario, Stephen Gaghan s'est inspiré du livre de Robert Baer, "La chute de la CIA". Cet ancien officier de l'agence racontait ses expériences dans de nombreux pays du Moyen-Orient (Liban, Iran, Irak...) entre 1976 et 1997. Il y dénonçait notamment échecs et coups bas en tous genres. Pour rendre le film le plus crédible possible, les deux hommes ont étroitement collaboré.
Destins imbriqués
Résultat : un thriller géopolitique passionnant, où les intrigues s'imbriquent les unes dans les autres au fur et à mesure que l'histoire avance -au point qu'elle en est même parfois difficile à suivre. Le spectateur découvre donc le destin et les démêlés de cinq personnages.
Tout d'abord, ceux du prince Nasir. Héritier d'un émirat du golfe, réformiste, il a décidé d'accorder les droits de forage de son pays à une société chinoise au détriment de Connex Oil, un géant pétrolier basé au Texas. Un choix qui déplaît évidemment à Washington. Un électron libre de la CIA, Bob Barnes -interprété par George Clooney (Golden Globe du meilleur second rôle)-, désenchanté, reçoit pour dernière mission de l'éliminer. Parallèlement, un ouvrier pakistanais de Connex, licencié, rejoint une école coranique, tombe dans le fanatisme islamiste et devient candidat au martyr. Un avocat d'affaires et un analyste financier -joué par Matt Damon- complètent une galerie où le cliché manichéen des bons et des méchants a été vidé de sa substance.
Pétrole et politique
Au fur et à mesure, le scénario se rapproche quasiment du mode documentaire -grâce à Robert Baer, Stephen Gaghan a rencontré espions, pétroliers, marchands d'armes et même le chef du Hezbollah libanais.
Le cinéaste ayant choisi de situer l'action après le 11 septembre 2001, les magouilles de l'administration américaine et de ses relations quasi-incestueuses avec l'industrie pétrolière font évidemment penser aux liens étroits entre les responsables républicains actuellement au pouvoir -notamment Dick Cheney- et Halliburton. Les pressions exercées sur le père du prince Nasir pour qu'il répudie son fils puis la décision d'éliminer l'élément gênant rappellent quant à elles le rôle obscur mené partout dans le monde par les services secrets américains depuis plus de cinquante ans.
"Ouvrir le débat"
Les auteurs du film se défendent évidemment de se poser en conscience morale de l'Amérique. "Nous ne cherchons pas à faire la leçon à quiconque et nous ne prétendons pas imposer une vérité" explique George Clooney, également producteur du film. "Notre travail est de poser des questions, pas de fournir les réponses. Un bon film peut initier un débat" ajoute-t-il.
Sachant que le personnage du prince Nasir est inspiré d'une personne ayant réellement existé, le débat sur la politique du Département d'Etat en est d'autant plus intéressant.
(photo : l'affiche de "Syriana")
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