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La voix de Bugs Bunny
et Max la Menace
Ecoutez la voix de Bruce Willis
et Don Johnson
LCI.fr : Les Français sont très attachés à la version française des films et séries étrangers. Est-ce un phénomène culturel ou la qualité du doublage à la française y est-il pour quelque chose ?
François Justamand (1) : Il s'agit d'un engouement culturel qui est forcément lié à la qualité du doublage. Tout le monde se rappelle les performances vocales de Michel Roux, qui doublait Tony Curtis dans Amicalement Vôtre, ou de Jacques Balutin dans Starsky & Hutch. Mais souvent les comédiens qui font du doublage sont moins connus. Claude Bertrand était un excellent comédien mais rares étaient ceux qui le connaissaient physiquement : il pouvait passer de Balou à Roger Moore, de Bud Spencer à Burt Lancaster.
LCI.fr : Quelles sont les qualités requises pour être un bon doubleur ?
F. J. : Les comédiens n'aiment pas ce terme de doubleur. Dans le métier, le doubleur désigne la société qui réalise les doublages. Les personnes qui font du doublage sont des comédiens : ils font aussi du théâtre ; on peut les voir dans des téléfilms ou dans des films, même si aujourd'hui, il y a beaucoup de jeunes comédiens qui sortent de cours et qui commencent directement par le doublage sans passer par le théâtre. Car c'est vrai que le doublage paie bien.
Pour en revenir aux qualités, je dirai l'humilité. Il faut savoir se mettre dans la peau d'un personnage, avoir une espèce d'osmose. Il ne suffit pas de lire la bande-rythmo [le texte du doublage qui défile sous l'écran], il faut interpréter un texte.
LCI.fr : Comment les comédiens qui font du doublage sont-ils considérés par leurs pairs ?
F. J. : Toute personne qui rêve d'être comédien, quelque part, le fait pour être connu. Il y a donc forcément de la frustration à faire du doublage. Certains comédiens ne veulent pas faire figurer le doublage sur leur CV car ils estiment que cela a une connotation un peu négative.
LCI.fr : Que pensez-vous de la tendance à faire doubler des films ou des dessins animés par des acteurs connus ?
F. J. : Et même parfois par des gens issus de la téléréalité ! Pour les comédiens, le résultat est tout à fait correct mais pour y arriver, il faut plus de travail en amont, lors de l'enregistrement notamment. Mais d'une manière générale, ils ne sont pas aussi bons que les comédiens spécialisés dans le doublage. La présence d'acteurs connus représente un plus pour le marketing mais je ne suis pas sûr que les spectateurs viennent pour entendre Gérard Lanvin ou Elie Sémoun [qui doublent certaines voix de L'Age de glace 1 et 2].
LCI.fr : Parfois, le public se plaint lorsque la voix d'un acteur n'est plus doublée par la même personne...
F. J. : Certaines voix sont tellement typiques que les gens y sont habitués. Ils s'imaginent même que c'est réellement la voix qui sort de la bouche du comédien étranger. C'est le cas pour Eddie Murphy, doublé par Med Hondo.
LCI.fr : C'est d'ailleurs le public qui a obtenu que Georges Aminel, la voix française de Dark Vador, reprenne du service pour Star Wars 3-La Revanche des Sith...
F. J. : Tout est parti de forums sur internet. Georges Aminel [qui a notamment doublé Yul Brynner, Charlton Heston et Gros Minet] était la voix française de Dark Vador mais il ne travaillait plus depuis un certain temps. En 1997, lorsque que certaines scènes ont été ajoutées ou modifiées dans les épisodes 4, 5 et 6, c'était un autre comédien qui avait doublé Dark Vador. Lorsque des bruits ont couru sur Internet que Dark Vador prononcerait quelques mots dans La Revanche des Sith, les fans français ont souhaité que soit utilisée la voix de Georges Aminel.
Le studio de doublage a approché le rédacteur-en-chef de Lucasfilms magazine et par hasard, c'est arrivé jusqu'à moi. Comme je connaissais le comédien, je suis allé le trouver et j'ai réussi à le convaincre. Moyennant quelques conditions de travail spécifiques — Georges Aminel est âgé de 83 ans —, il a doublé sa partie en une heure. Mais cela reste un cas exceptionnel.
(1) Rencontres autour du doublage des films et des séries télé, sous la direction de François Justamand, éditions Objectif cinéma, 218 pages, 25 euros. Une présentation complète de la fabrication des "V.F." accompagnée de nombreux entretiens avec des voix emblématiques de la "synchro".
Fondateur de La gazette du doublage, François Justamand animera un stand au Salon du cinéma et des séries télé, dimanche 24 septembre, au 72 avenue Félix Faure, dans le 15e arrondissement de Paris.
photo : sxc.hu
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