"Apocalypto" : l'apocalypse maya selon Gibson

Par Matthieu DURAND, le 09 janvier 2007 à 07h00 , mis à jour le 08 janvier 2007 à 16h38

Le dernier film de Mel Gibson, qui sort mercredi, étonne, dégoûte, dérange. Son message polémique empêche d'apprécier pleinement ce qui aurait pu être un grand spectacle.

TF1-LCI Apocalypto cinémaDétail de l'affiche d'Apocalypto, le film réalisé par Mel Gibson. © Quinta Communications

Comment, aux 15e et 16e siècles de notre ère, plusieurs centaines de soldats espagnols, certes aguerris, ont-il pu en quelques années mettre à bas les gigantesques empires d'Amérique ? "Une grande civilisation n'est conquise de l'extérieur que si elle s'est détruite de l'intérieur", affirme Will Durant, auteur d'une monumentale Histoire de la civilisation en onze volumes. Cette citation apparaît en préambule d'Apocalypto, le film de Mel Gibson qui sort ce mercredi sur les écrans français.

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La géant maya s'est effondré car il était malade. Malade de sa violence et de son cannibalisme puisqu'il sacrifie ses propres enfants sur les autels de temples consacrés à d'inquiétantes idoles. Voilà la thèse polémique (1) que soutient l'acteur-réalisateur américain. Sans demi-mesure, à l'image du bonhomme. Lequel oppose aussi de manière manichéenne la vie simple et pure des communautés mayas de la forêt aux mœurs viciées des cités, où règnent les inégalités et la barbarie ; bref, la décadence.

Enfin, Gibson cède avec trop de facilité à son démon : la violence. Comme dans La Passion du Christ — et dans une moindre mesure, Braveheart —, le sang coule, gicle ; les chairs se déchirent. La souffrance est omniprésente. Et la caméra s'attarde avec complaisance sur ce spectacle qui frise le grand-guignol. Au point que parfois, quelques rires fusent dans la salle.

Beauté sauvage

Bref, les ficelles sont un peu grosses et pourtant... Malgré ses défauts, Apocalypto séduit en présentant un monde à la beauté sauvage et mystérieuse, auquel le spectateur européen n'est pas familiarisé. Le fait que les personnages s'expriment en yucatèque y joue pour beaucoup. Décors et costumes sont splendides. Quant aux acteurs, locaux ou non, quasiment tous inconnus du grand public, ils apportent une fraîcheur et une spontanéité bienvenues.

La dernière partie du film fait la part belle à l'action pure. Le rythme est haletant et compense l'impression de déjà-vu associée aux courses-poursuites des films hollywoodiens. Mel Gibson a un sens indéniable de la mise en scène. D'où un sentiment mitigé lorsque les lumières se rallument : le message simpliste et excessif que véhicule Apocalypto l'empêche d'être pleinement apprécié pour ce qu'il aurait dû être, un grand spectacle.

(1) LCI.fr proposera mecredi l'interview d'une spécialiste française de la civilisation maya.

Par Matthieu DURAND le 09 janvier 2007 à 07:00
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17 Commentaires

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  • Jim profit, le 27/01/2007 à 11h49

    Tout d'abord, lorsqu'on titre son article par "l'apocalypse maya selon gibson", c'est qu'à l'évidence on n'a pas compris la vraie signification ni le véritable message du film. Il s'agit, en effet, d'une parabole sur l'histoire de l'humanité, ainsi que sur LA civilisation en général (Will Durant a écrit un ouvrage sur la civilsaition, pas la civilisation maya). La civilisation maya, très proche de la civilisation moderne, aux dires des spécialistes de la question, sert d'illustration au propos. Ainsi assiste-t-on, non pas à un film d'action, complaisamment violent et qui offre quelques panoramas exotiques, mais à l'évolution (linéaire, une sorte de marche-à-pieds-movie) du genre humain, depuis l'âge de pierre (ou peu s'en faut) du début du film jusqu'à la civilisation maya, faisant la démonstration que plus la société devient structurée et hiérarchisée et plus les progrès scientifiques et technologiques (introduction de la monnaie, édification d'ouvrages)sont importants, plus l'homme devient violent et frustré dans la mesure où, ainsi que c'est évoqué dans le film, l'homme est le seul être humain foncièrement insasiable. Ainsi, à l'image de l'illustration, par le biais de la succession des ancêtres plus ou moins simiesques de l'homme, de l'évolution darwinienne, le film passe de l'état de nature cher à rousseau à l'époque moderne (l'arrivée des caravelles) et la démonstration du comportement suicidaire de l'homme insatisfait qui, non seulement sème l'apocalypse en son sein, mais de surcroît détruit tout sur son passage sans discrimination (le film est plus écologique qu'exotique à cet égard), concerne, avec le débarquement des espagnols/portugais (cocher la mention inutile) tout autant l'ancien continent (l'europe) que l'amérique. Loin d'être un film d'action cousu de fil blanc et prévisible, nous sommes en présence d'une fable symbolique et épurée, bref, d'uen réflexion pertinente sur la vacuité du progrès et les motivations profondes et vaines du genre humain.

  • Faucomprez georges, le 15/01/2007 à 05h30

    Ce que je peux vous dire c?est que la langue Maya est loin d?être morte, je vis dans une ville du sud du Mexique et je vous prie de croire qu?ici la plupart des habitants parlent cette belle langue au son parfois semblable au chinois??Curieux n?est ce pas? ce sont des gents pacifiques (sans la bière)? quand á l?époque du film de soi-disant méchants, il me semble que ce ne sont pas des Mayas mais les Aztèques peuple bien plus conquerrant qui pris le dessus sur les Mayas environ deux siècles avant l?arrivée des occidentaux Dans ce film, il est visible que le réalisateur a fait en sorte qu?il y ai une différence entre les apparences, puisque ce ne sont pas le même peuple Quand á la violence ??? á voir simplement l?histoire ! celle du monde ?? Aztèques, peuple qui domina le centre et le sud du Mexique au XIVe et XVe siecle environ!!

  • Philippe, le 12/01/2007 à 23h35

    En fait, Busch et son elite = l'élite sanguinaire maya. La maison blanche = le temple maya. Les bons mayas de la forêt = les bons fils de fermiers americains que les méchants offrent au dieu pétrole en les envoyant se faire massacrer en Irak. Un peu simpliste tout de même. Mais ça marche...

  • WILLOTTE, le 11/01/2007 à 17h21

    Je voulais le voir et je l'ai vu. Superbe film sur la vie, le courage, la force et le respect. Pour ce qui est du sang qui coule et de la souffrance omniprésente, excusez moi, mais regarder autour de vous notre "civilisation" qui elle aussi apporte son lot de souffrance (pas seulement physique) et encore beaucoup trop de sang qui coule à travers tous les conflits qui se déroulent actuellement sur notre pauvre planète que nous sommes en train de détruire alors que les Mayas comme d'autres civilisations de l'époque respectaient profondément mère nature... Et pour finir les films actuellement produits sont très nombreux à montrer la violence, la barbarie, la folie des hommes. Mais dans Apocalypto, il n'y a pas de voitures qui explosent et pas de balles qui fusent laissant derrière elles des millions de cadavres. Pour le côté historique on peu sûrement faire des reproches à ce film, mais c'est une histoire, pas l'Histoire.

  • Siegfried, le 11/01/2007 à 10h17

    Il faut arrêter de défendre Gibson et tous les illuminés comme lui qui, sous couvert de véracité historique, n'hésitent pas à traficoter l'histoire pour faire passer leurs thèses. Il ne suffit pas de ressusciter une langue morte pour qu'un fil soit crédible. Gibson ne propose que sa version à lui de l'histoire, et toujours de manière très manichéenne (les méchants Juifs et des Romains pas si méchants que ça contre le pauvre martyr Jésus, les Mayas des villes contre les Mayas des champs, les méchants Anglais ("Braveheart" et "The patriot" ) contre les peuples opprimés assoifés de liberté. D'ailleurs, tous ces films sont truffés d'erreurs et d'approximations. Gibson est doué pour le cinéma d'action, c'est indéniable (indéniables aussi ses tendances masochistes et son goût morbide pour la violence...) Qu'il laisse aux spécialistes et aux universitaires le soin de vulgariser avec honnêteté et dans le respect du public!

  • LOURS, le 10/01/2007 à 16h34

    Mon cher Greg, votre ton est plus que déplaisant. Permettez moi de vous dire que citer Sevillia en ce qui concerne l'histoire religieuse en Europe revient a faire de Faurisson une reference sur la SHOA. Je ne sais pas ce que vous faites a Mexico, mais en ce qui concerne la realite historique du film de Gibson (qui, en fait, m'importe peu), peut-etre pourriez vous y croiser Mme Arnauld dont les ecrits et publications sur la civilisation maya rendent son analyse du film plus credible que la votre, a moins que l'ouvrage de référence que vous avez publié sur le sujet m'ait échappé ?

  • Greg, le 10/01/2007 à 04h26

    J'aimerais repondre a Bean. Bean, je te conseille un tres bon livre qui te permettra d'eviter de dire des betises plus grosses que toi. "Historiquement correct, pour en finir avec le passe unique" de Jean Sevillia. Ta reponse est d'une pauvrete a pleurer. Avant de donner un avis aussi minable, renseignes toi sur l'histoire de l'Europe et si tu as la force, fais une these sur ce sujet, mais pour l'amour de Dieu, etudies le sujet. Ce film est tres bien fait et donne une idee juste de ce qui se passait a l'epoque de la conquete.

  • Homme de rio, le 10/01/2007 à 01h07

    La civilisation Maya s'est arrêtée dans les années 900, soit près de 500 ans avant l'arrivée des Espagnols en Amérique, qui n'ont donc rien à voir avec la disparition de cet empire. Les conquistadors ont détruit l'empire Aztèque. Veuillez corriger.

  • Marc, le 09/01/2007 à 20h35

    Lorsque l'auteur de cet article critique la violence du film, il serait bon qu'il arrive à s'imaginer la violence necessaire à l'élimination de tout un peuple ! Pourquoi vouloir faire croire que la conquete de l'amérique du sud s'est faite dans la joie et la bonne humeur ?

  • Alain PETITPREZ, le 09/01/2007 à 19h18

    Il est vrai que lorsqu' on visite les sites mayas, on ne peut être que profondément choqué par cette civilisation dont les rites sont marqués par les sacrifices à grande échelle et cette omniprésence de la mort.

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