Bobby, sortie le 24 janvierNous sommes dans la nuit du 4 au 5 juin 1968. Quatre ans et demi après l'assassinat de John F. Kennedy, deux mois après celui de Martin Luther King, les Etats-Unis sombrent de nouveau le drame politique : Robert Kennedy, le frère de JFK, est à son tour assassiné alors qu'il vient de remporter la primaire de Californie. Ce succès l'intronisait de fait comme candidat du parti démocrate à la présidentielle de novembre.
Bobby, le film de Emilio Estevez, aborde le sujet de manière originale. Il n'est pas question ici d'un film politique sur l'assassinat en lui-même, comme a pu le faire Oliver Stone avec JKF. Le réalisateur raconte le déroulement de la journée du 4 juin à l'hôtel Ambassador de Los Angeles, où "RFK" avait installé son QG de campagne et devait fêter sa victoire.
Frustration historique
Avec une pléiade d'acteurs de renoms dont aucun n'a le premier rôle -Antony Hopkins, Sharon Stone, Demi Moore, Elijah Wood, Christian Slater..., le cinéaste dresse une galerie de portraits de personnes présentes dans l'établissement ce jour là -militants, serveurs, supporters...-, chacun symbolisant un aspect de l'Amérique de la fin des années 60. A l'époque, la guerre du Vietnam, la pauvreté et les discriminations dont sont victimes la communauté noire et les minorités entraînent des vagues de protestations et de manifestations, parfois sévèrement réprimées. On retrouve par exemple le futur appelé qui organise son mariage blanc pour éviter d'être envoyé au Vietnam, l'employé mexicain exploité par un chef raciste qui n'hésite pas à engager des clandestins, les jeunes tentés par la drogue et le LSD. Bref, des sujets toujours d'actualité dans l'Amérique actuelle, le Vietnam ayant été remplacé par l'Irak.
Et "Bobby" dans tout ça ? Il apparaît comme l'homme providentiel, le seul à sortir le pays de l'ornière dans lequel il est engagé. Comme pour la vie des autres personnages, ses discours d'époque pourraient être transposés en 2007, tant leurs contenus sont encore valables aujourd'hui. En revanche -autre originalité-, on ne le verra pas de tout le film, en dehors d'images d'archives, parfois reconstituées. L'astuce entraîne néanmoins un défaut. A plusieurs reprises, les parties romancées plombent le scénario en ne lui apportant rien de spécial face au côté historique de l'oeuvre. D'où la naissance d'une certaine frustration face à des questions volontairement évitées : qui était l'assassin ? Quelles étaient ses motivations ? A-t-il agi seul ou était-ce un complot ?
Pour la sortie de Bobby, Michel Field évoque les grands discours politiques d'hier et ceux de la campagne 2007. Cliquez ici pour regardez la vidéo.
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