Le film allemand La Vie des autres, sorti en janvier 2007, évoque une affaire d'écoute à Berlin-Est, en 1984. © Hagen Keller/OcéanCela semble une éternité mais il y a moins de vingt ans, l'Europe était balafrée d'un "rideau de fer", selon l'expression de Churchill. Avec La vie des autres, le réalisateur allemand Florian Henckel von Donnersmarck nous rafraîchit la mémoire en nous transportant derrière le Mur, à Berlin-Est, au début des années quatre-vingts.
Un voyage dans le temps qui n'a rien de nostalgique, pas plus qu'il ne prête pas à rire, contrairement à Good Bye Lenin ! (Wolfgang Becker, 2003). Le ton est donné dès la première scène du film : un homme est conduit pour interrogatoire dans les locaux de la Stasi, la police politique est-allemande. Pas de cris, pas de tortures physiques : le capitaine Gerd Wiesler use de tous les ressorts psychologiques pour faire craquer le suspect. Sans haine. Wiesler est juste un fonctionnaire consciencieux et rigoureux.
Basculements
Autant de qualités que ses supérieurs décident d'utiliser pour une nouvelle mission : placer sur écoute Georg Dreyman, un auteur de théâtre pourtant bien vu du pouvoir, et sa compagne, l'actrice Christa-Maria Sieland. C'est à travers le regard et les oreilles de Wiesler que le spectateur va s'introduire dans l'intimité du couple. Un couple bohème et privilégié qui côtoie des artistes, des révoltés en sursis d'un "redressement" politique et des punis que les autorités privent de leur raison de vivre : sans possibilité d'exercer leur art, inutiles, ils dépérissent.
C'est pour rendre hommage à l'un d'eux que Dreyman décide de témoigner de l'horreur du système communiste. Un basculement qui en provoque un autre, celui du capitaine Wiesler. Cet homme froid, formidablement interprété par Ulrich Mühe, avec des faux airs de Kevin Spacey, découvre à travers ses caméras et micros espions un univers de lettres et de musiques, de passions et de sentiments. La vie, tout simplement.
Refusant les effets de styles, le réalisateur a su rendre l'ambiance glauque et déshumanisée de la RDA et surtout, cette contrainte mentale qui s'abat sur les âmes comme une chape de plomb. Malgré tout, une petite lumière perce à travers les ténèbres : l'homme reste plus fort que le système. Le film fait mouche. Grâce à l'histoire, forte et belle, et aux personnages, justes, qui échappent à la caricature. Et tel Wiesler, le spectateur qui assiste en voyeur à ces destins contrariés quitte la salle ému. Cette vie des autres, c'est désormais un peu la sienne.
Pluie de prix |
Nommé aux Oscars dans la catégorie du Meilleur film étranger, La Vie des autres a remporté de nombreuses récompenses, notamment les prix du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur acteur aux European Film Awards. Le public lui a également décerné son prix à quatre reprises, lors des festivals de Locarno, de Vancouver, de Varsovie et de Pessac.
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