Magnifique Kierston Wareing © DR![]() |
| La critique du film en images |
Avec sa chevelure peroxydée et son décolleté avantageux, Angie a des allures de Pamela Anderson de banlieue ; "des tonnes de crédit sur le dos" et "un boulot merdique" en plus. C'est elle qui le dit. Angie, c'est l'héroïne de "It's a free World", le nouveau film de Ken Loach.
Acharné à dénoncer les injustices et réveiller les consciences, le réalisateur britannique aborde cette fois l'exploitation sans limites des travailleurs migrants qu'autorise une économie mondialisée. Et ce, -ça change- du point de vue de l'exploiteuse : Angie, donc, brillamment interprétée par Kierston Wareing, une révélation.
Le monde nébuleux des agences pour l'emploi
Mère célibataire de 33 ans, Angie traîne 10 ans de petits boulots derrière elle. Durée moyenne du contrat : un an. Cette fois, la jeune femme est salariée dans une entreprise londonienne chargée de recruter de la main d'œuvre. Elle a du cran, de l'ambition et un sacré caractère. Elle est virée. Qu'importe. Sa rage de réussir est plus forte qu'un énième échec dans une carrière qu'elle veut à tout prix voir décoller alors elle décide de créer sa propre agence d'interim. Cette fois, c'est elle qui va donner les ordres.
Et voilà Angie, bluffante d'énergie, plongée dans le monde nébuleux des agences pour l'emploi, des contremaîtres impitoyables et des ouvriers immigrés. A ces travailleurs sans papiers polonais, ukrainiens, ou iraniens, elle trouve des emplois non qualifiés d'"un jour, une semaine ou un mois" en toute illégalité. Et voilà le spectateur plongé au cœur du miracle anglo-saxon : une réalité faite de travail flexible, de globalisation, d'horaires doubles pour le plus grand bonheur des heureux consommateurs.
La chasse aux injustices
Angie galère. Elle est escroquée par des chantiers en faillite, grugée par des contremaîtres, incapable de payer ses clandestins. Las. Elle aussi, elle peut réussir, elle aussi, elle veut sa part du gâteau. Alors elle se démène comme un beau diable. Quitte à en perdre sa moralité. Glaçante cette scène où Angie dénonce à la police des sans-papiers pour récupérer leurs logements. "Si les spectateurs sont horrifiés par elle, par ses actes, ils vont aussi se dire que pour changer cela, c'est tout le processus néo-libéral de 'thatchérisation' et de 'blairisation' qu'il faut revoir", car "le travail bon marché est au coeur de l'économie britannique", explique le cinéaste britannique.
Avec cet état des lieux édifiant, ce portrait de femme sacrément touchant, il n'est pas étonnant que Ken Loach ait la réputation d'être la mauvaise conscience de son pays. Les injustices, il les dénonce comme aucun autre.
Mercredi dans les salles : "It's a free world !" de Ken Loach (GB, 1h33) avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek.
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