L'affiche des "Cerfs-volants de Kaboul" © Paramount
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> Marc Forster : "un angle différent sur l'Afghanistan"
Le cinéma ne pouvait pas laisser l'occasion. Mettre en scène Les cerfs-volants de Kaboul, premier roman de Khaled Hosseini, un médecin afghan installé aux Etats-Unis, c'était tout d'abord la certitude d'adapter une superbe histoire sur le grand écran. Mais aussi de proposer un condensé de l'Histoire de l'Afghanistan depuis la fin des années 70.
Pendant deux heures, le spectateur suit le parcours moral d'Amir. Cet enfant, issu de la bourgeoisie kaboulite des années 70, va commettre un acte de grande lâcheté envers Hassan, son domestique mais néanmoins ami. Il en restera marqué à vie. Après s'être exilé avec son père, avec qui les relations sont difficiles, lors de l'invasion soviétique, il deviendra un brillant étudiant californien. Mais rien ne lui fera oublier son acte. Un jour, alors que les talibans sont au pouvoir dans son pays d'origine, survient pour lui la possibilité de se racheter, de retrouver la paix intérieure et obtenir le pardon. A une condition : retourner en Afghanistan pour sauver Sohrab, le fils d'Hassan, qu'il n'a jamais vu. Malgré les risques, la quête de la rédemption sera plus forte.
Casting à Kaboul
Conseillé par Khaled Hosseini lui-même, Marc Forster, le réalisateur, a voulu donner le maximum d'authenticité à son film. Et c'était une véritable gageure. Il a fallu tout d'abord reconstitué le Kaboul des années 70 puis le Kaboul des talibans à la fin des années 90. Evidemment, pas question de tourner dans la capitale afghane. La production s'est donc installée en Chine, dans la province du Xinjiang, limitrophe de l'Afghanistan. Objectif : reconstruire Kaboul comme elle l'était. "C'est plutôt réussi", souligne Karim Pakzad, chercheur à l'Iris sur l'Afghanistan et ancien professeur de sciences politiques à l'Université de la capitale à l'époque.
Autre écueil à résoudre : le casting pour recruter les trois enfants du film. Toujours dans un souci de crédibilité, pas question de les faire parler anglais, mais dari, l'une des deux langues du pays. Un seul endroit pour les trouver : Kaboul. Les trois acteurs sont donc de jeunes afghans d'une dizaine d'années ayant réellement vécu à la fois le règne des talibans, la guerre de 2001 avec la coalition menée par les Etats-Unis et les multiples tentatives de retour à l'ordre.
Documentaire
Résultat : au-delà du destin poignant d'Amir et de Hassan, le film, qui condense évidemment le roman via quelques ellipses de l'intrigue initiale, s'apparente à un quasi-documentaire. D'un point de vue sociétal, il aborde ainsi le rôle prédominant du père dans la famille afghane ou encore la division en plusieurs classes sociales entre l'ethnie pachtoune, dominante, et l'ethnie hazara, minoritaire et discriminée. "Le film brise de nombreux tabous. Ce n'est donc pas une surprise qu'il soit interdit en Afghanistan", souligne Karim Pakzad (voir encadré).
D'un point de vue historique, on découvre le parcours des réfugiés, de la fuite du pays au moment de l'invasion soviétique à l'installation à l'étranger -en l'occurrence la Californie- où ils recréent une communauté fortement imbriquée et solidaire. Et puis, bien sûr, la tyrannie des talibans, avec notamment une scène de lapidation sans concession. "Je voulais que le film soit ancré dans le contexte de l'Afghanistan et qu'il évoque un peuple sans cesse en butte aux guerres et à la pauvreté, tout en faisant la part belle à la beauté et à l'amour au milieu de ces horreurs", souligne Marc Forster. Mission réussie.
Interdit en Afghanistan |
En raison d'une scène de viol commis par un adolescent pachtoun sur un enfant hazara, Les Cerf-volants de Kaboul a été interdit en Afghanistan. "D'une manière générale, les films qui entrent en Afghanistan, pourvu qu'ils ne soient pas en contradiction totale avec la religion ou notre culture, sont autorisés", explique le vice-ministre de la Culture, Najib Malalai. Mais "il y a des scènes dans ce film qui mettent en scène des actes de violences sexuelles ethniquement orientées", ajoute-t-il. |
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