"'Les cerfs-volants de Kaboul' est fidèle à mon livre"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 13 février 2008 à 05h45 , mis à jour le 13 février 2008 à 07h23

Interview - Khaled Hosseini estime sur LCI.fr que l'adaptation de son livre au cinéma offre un nouveau point de vue sur l'Afghanistan.

Les cerfs-volants de KaboulLes cerfs-volants de Kaboul © DR

LCI.fr : Comment avez-vous réagi lorsqu'on vous a proposé d'acheter les droits de votre roman pour en tourner un film ?
khaled hosseiniKhaled Hosseini : Je n'avais jamais pensé que Les cerfs-volants de Kaboul puisse être adapté au cinéma. Pour moi, l'action principale se déroule surtout à l'intérieur de l'esprit d'Amir (ndlr : le personnage principal). Mais alors que j'étais en tournée de promotion pour la sortie du roman, les producteurs sont venus me voir et m'ont affirmé qu'ils pouvaient tourner un superbe film. Ils m'ont expliqué leur vision et leur projet. J'ai alors estimé que c'était une très bonne idée. Je suis ensuite devenu très excité à l'idée de voir un film tiré du livre.

 
LCI.fr : Vous avez aidé Marc Forster, le réalisateur, dans la préparation du film. Quel était votre rôle exact ?
K.H. : Je l'ai rencontré un an avant le tournage. Loin des clichés hollywoodiens, il m'a expliqué qu'il voulait que le film soit le plus authentique possible. Je lui ai alors proposé de me contacter s'il avait besoin de conseils. Ce qu'il a fait. Il n'avait par exemple aucune idée sur le déroulement d'un mariage afghan. Je lui ai donc prêté la vidéo de mon propre mariage. Il s'en est inspiré pour tourner la séquence correspondante dans le film. Il se posait aussi des questions sur les costumes ou a langue car il voulait tourner en dari et non pas en anglais.

Ensuite, je suis allé sur le tournage en Chine pendant deux semaines puis une autre semaine à San Francisco. Même si je donnais quelques conseils, j'étais essentiellement un observateur. Marc Forster avait d'autres consultants afghans. 
 
 
LCI.fr : Le Kaboul reconstitué vous rappelle-t-il celui de votre enfance ?
K.H. : Pour trouver l'endroit du tournage, la production avait multiplié les repérages

"L'aspect
émotionnel
de mon livre
est préservé"
Khaled Hosseini
en Turquie, en Tunisie et au Maroc. Mais quand j'ai vu les photos prises en Chine, je n'ai pas hésité. Pour moi, c'était l'endroit le plus adéquat pour représenter Kaboul.  C'est seulement à 300 kilomètres de la frontière afghane. Il y a des similitudes géographiques, architecturales, culturelles et même religieuses entre les deux régions.

J'ai emmené mon père sur le tournage. Il a été très surpris car la reconstitution ressemblait beaucoup au Kaboul qu'il avait connu. La maison d'Amir et de son père lui rappelait celles du quartier où nous vivions à l'époque. Même si c'est très difficile de créer une réplique exacte à 100%, la production a réussi à capter l'essence du Kaboul des années 70 (cliquez ici pour voir un extrait).

 
LCI.fr : Malgré quelques ellipses ou changement dans l'intrigue, estimez-vous que le film soit fidèle à votre livre ?
K.H. : J'aime beaucoup le cinéma. Je n'ai aucune réticence particulière à son égard. Je savais donc que certains passages sur lesquels j'avais beaucoup travaillé pour le roman ne seraient pas repris dans le scénario ou seraient modifiés. Mais le plus important pour moi, c'était que l'esprit de l'histoire et son aspect émotionnel soient préservés. Lors de la première projection, j'ai reconnu Amir, Baba, Hassan ou Rahim Kahn (ndlr : les autres personnages). C'est le principal car, là, c'est quelque chose qui ne pouvait pas être changé. Globalement, Marc Forster l'a compris. Il est resté fidèle au livre et à son esprit. 

 
LCI.fr : Le film est interdit en Afghanistan, officiellement en raison de la scène de viol commis par un pachtoun sur un hazara.
K.H. : Je ne peux pas dire que je sois surpris car je le suspectais. Cela aurait été naïf de penser  

"Je ne suis
pas surpris
par l'interdiction
en Afghanistan"
Khaled Hosseini
que le film soit autorisé car il aborde des sujets encore délicats et sensibles en Afghanistan.  J'aimerais que la réalité soit différente de ce qu'elle est actuellement dans le pays. J'aimerais que l'on puisse discuter de tous les sujets qui concernent la société et donc montrer des films ou des romans comme Les cerfs-volants de Kaboul sans avoir de problèmes. 

Je suis triste que le film, qui sera vu par des milliers de personnes à travers le monde, ne le soit pas en Afghanistan. Mais il faut comprendre la réalité afghane.

 
LCI.fr : Espérez-vous que le film change l'image de l'Afghanistan en Occident ?
K.H. : Je l'espère et je le crois.  L'Afghanistan est en effet associé à des informations négatives (les talibans, le terrorisme, ben Laden...). Ce n'est pas le cas du film. Il montre les Afghans sous un différent aspect. Je suis très fier que l'histoire ne parle pas de violence politique, de terrorisme ou d'extrémisme.

C'est simplement une histoire ordinaire sur des gens ordinaires qui ont des sentiments très humains comme l'amitié, le regret, le pardon, la culpabilité (cliquez ici pour voir un extrait). Ce sont des thèmes universels.  Je pense que les spectateurs du monde entier pourront les associer aux Afghans. C'est très sain. C'est d'ailleurs la première fois que c'est le cas à Hollywood à propos de l'Afghanistan.

 
LCI.fr : Vos deux premiers romans avaient pour thème l'Afghanistan*. Et le troisième ?
K.H. : Je n'ai pas encore décidé quel sera le thème de mon prochain livre. Je n'ai d'ailleurs encore rien commencé.

 
* Après "Les cerfs-volants de Kaboul" en 2003, Khaled Hosseini a publié fin 2007 "Mille soleils splendides", qui raconte l'odyssée de deux femmes en Afghanistan.


Le site officiel du film

Le site officiel de Khaled Hosseini

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 13 février 2008 à 05:45
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