Redacted, un puzzle visuel sur l'horreur irakienne

Par Matthieu DURAND, le 20 février 2008 à 06h00 , mis à jour le 20 février 2008 à 15h14

Chronique - Le film de Brian De Palma, qui sort ce mercredi en salles, dénonce l'engagement américain en Irak à travers de multiples sources d'images. Un film aussi percutant que dérangeant.

"Redacted", sortie le 20 février"Redacted", sortie le 20 février

On ne compte plus les films américains qui abordent la guerre en Irak et ses conséquences. Après Dans la Vallée d'Elah et Jarhead, au moins quatre longs-métrages sur cette thématique - Grace is Gone, Home of the Brave, Stop Loss et The Return - sont attendus dans les mois à venir. Mais l'œuvre certainement la plus dérangeante, dans le fond comme dans la forme, sort ce mercredi sur les écrans français : Redacted. Et elle est signée par l'un des plus grands cinéastes contemporains : Brian De Palma (découvrez Vous avez un Message : le cinéaste répond aux mails de Marion Cotillard, Bill Gates et bien d'autres).

Plutôt que de s'intéresser au sort des soldats américains, souvent présentés comme les victimes du conflit, le cinéaste a pris le parti d'en dénoncer les agissements. Il présente le quotidien d'un groupe de GIs chargé d'un poste de contrôle dans une ville irakienne. Les jours passent et se ressemblent : attente interminable dans la fournaise, fouilles agressives de civils, patrouilles inquiètes, relations tendues avec les habitants.

Au sein du camp, installé dans une usine désaffectée, les militaires tuent le temps. A part l'intello qui lit tout le temps, les activités se résument à regarder des DVD, jouer aux jeux vidéos, écouter de la musique, lire des revues porno, boire, jouer au poker, parler de tout et de rien... La monotonie bascule quand un groupe de soldats viole une adolescente irakienne avant de l'abattre et de massacrer sa famille.

Faits réels

L'histoire est inspirée de faits réels survenus en mars 2006. Pour rendre compte de l'horreur de l'événement, Brian De Palma a mis de côté le style qui a fait sa réputation. Pas de mise en scène élaborée, pas d'élégants mouvements de caméra. Il a préféré mettre en avant des images fragmentées et tournées à la manière de reportages de télévision, documentaire, blogs et sites internet, bandes enregistrées par des caméras de vidéo surveillance et films réalisés par les soldats eux-mêmes. Cliquez ici pour découvrir un extrait exclusif de Redacted

Autant d'images entièrement (re)créées par le cinéaste mais d'un réalisme absolu (le film a d'ailleurs été tourné en numérique). Le spectateur ne cesse de se demander ce qui est fiction et ce qui pourrait ne pas l'être. S'agit-il d'un vrai reportage ? Cette vidéo postée sur internet est-elle véridique ? Si la forme déconcerte, le fond prend aux tripes. L'équipée sauvage des soldats marque un paroxysme de l'horreur qui ne laisse pas le public indemne. Le film est d'ailleurs interdit aux moins de 12 ans en France.

L'Amérique n'a pas retenu la leçon du Vietnam, semble se désoler Brian De Palma, déjà réalisateur d'un film choc sur le dérapage de GIs au Vietnam (Outrages). Redacted transpire ce dégoût tout en dénonçant la folle circulation - incontrôlée ou manipulée - des images. L'horreur 2.0.

De Palma à lire

Dans un entretien accordé aux Cahiers du Cinéma , Brian De Palma revient sur la genèse du film et ses choix de mise en scène. Par ailleurs, les éditions des Cahiers du Cinéma publient une version complétée des Mille yeux de Brian De Palma, un ouvrage passionnant de Luc Lagier qui décortique l'oeuvre du cinéaste (240 pp., 150 photos, 25 euros). 

 

Par Matthieu DURAND le 20 février 2008 à 06:00
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