Le plus célèbre des cinéastes égyptiens, Youssef Chahine, est décédé le 27 juillet au Caire à l'âge de 82 ans. Son oeuvre intimiste et politiquement engagée a été récompensée en 1997 par le prix du 50e anniversaire du festival de Cannes. © TF1/LCIIl était le plus célèbre des cinéastes égyptiens. Youssef Chahine est décédé dimanche au Caire, à l'âge de 82 ans. A la suite d'une hémorragie cérébrale survenue en Egypte et qui l'a plongé dans le coma le 16 juin, il avait été hospitalisé à Paris pendant un mois. Il avait ensuite regagné l'Egypte mi-juillet dans un état stationnaire. Les funérailles auront lieu lundi à 13 heures, heure locale, en la cathédrale grecque-catholique du Caire. Le cinéaste sera ensuite enterré dans le caveau familial à Alexandrie, la grande ville du nord où il est né, a précisé l'agence officielle Mena.
En soixante ans de carrière, Youssef Chahine a produit une oeuvre aussi intimiste que politiquement engagée. Né le 25 janvier 1926, il a pris l'Egypte comme toile de fond sur laquelle il n'a cessé, en une quarantaine de films, d'imprimer sa mémoire et ses idées de gauche et anti-islamistes. Plus célébré à l'étranger qu'il ne l'était dans son pays, Youssef Chahine avait obtenu en 1997 le prix du cinquantième anniversaire du festival de Cannes pour l'ensemble de son oeuvre, après un Ours d'argent au festival de Berlin.
Cinéma engagé, films sur sa jeunesse
"Il voulait être acteur, mais s'est aperçu qu'il bégayait un peu et n'était pas si beau, alors il s'est dit: je vais jouer à travers d'autres", a un jour raconté Omar Charif, star mondiale découverte par Youssef Chahine. Pauvreté, combat ouvrier et lutte d'indépendance, il s'empare de tout le registre du cinéma engagé des années 50 et 60 pour faire passer des messages politiques dans le genre du mélodrame néo-réaliste. Quelques titres se distinguent, comme Eaux noires (1956), Gare centrale (1958), et La Terre (1969), chef-d'oeuvre poétique et politique consacré au monde paysan.
Sans renoncer aux sagas politiques, Chahine se lance ensuite dans le roman filmé de sa jeunesse avec Alexandrie, pourquoi ? (1978, prix spécial du jury à Berlin l'année suivante), La mémoire (1982) et Alexandrie encore et toujours (1989), qui formeront sa trilogie autobiographique. Alors que l'islamisme se répand, Youssef Chahine s'insurge, lui qui connut dans son enfance une Egypte tolérante, multi-ethnique, où les chrétiens, comme il l'est, et aussi les juifs vivaient en harmonie avec les musulmans. L'émigré (1994) et Le destin (1997) lui valent la colère et la censure des intégristes égyptiens. Critique évidente du régime autocratique en Egypte, son dernier film, Le chaos, co-signé avec Khaled Youssef en 2007, ne remporta pas le succès qu'il escomptait en Egypte, ni à l'étranger.
Nicolas Sarkozy salue "un réalisateur engagé"
Depuis l'annonce du décès du cinéaste, les hommages et les marques de sympathie se multiplient. Nicolas Sarkozy a immédiatement salué un "fervent défenseur du mélange des cultures" et de la liberté d'expression. Le Premier ministre François Fillon a lui salué la mémoire de ce "pourfendeur de l'obscurantisme et chantre de l'humanisme". Le maire de Paris a également réagi, affirmant que "la trace que laissera cet humaniste d'une densité exceptionnelle est celle d'une oeuvre cinématographique marquante, riche et originale". Christine Albanel, la ministre de la Culture a également salué le "fidèle ami de la France (...) dont chaque film éclairé par la lumière de la liberté, se dresse comme un manifeste humaniste". De son côté, Gilles Jacob, le président du festival de Cannes, a affirmé que le Festival "pleure un grand cinéaste mais aussi un ami, un modèle et un exemple".
Marie-George Buffet, la secrétaire générale du Parti Communiste a quant à elle déclaré : "Avec la mort de Youssef Chahine disparaît l'un de ces grands cinéastes qui donnent au 7e art sa raison d'être, ses palmes d'honneur." "J'aimais passionnément Youssef, son intelligence décapante et généreuse, sa drôlerie tendre, son humour profondément égyptien (...) tout en lui était séduction", a affirmé l'ancien ministre socialiste de la Culture, Jack Lang. Jacques Chirac, a lui estimé que "Youssef Chahine était un combattant inlassable contre l'intégrisme et la violence, un ardent défenseur de la tolérance et du respect".
(D'après agence)
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