Gomorra de Matteo Garrone © Le PacteOrdures qui s'amoncellent dans les rues, mozzarella à la fabrication douteuse... Deux scandales qui ont récemment terni l'image de Naples et de la Campanie et qui reflètent l'emprise locale de la Camorra.
La mafia napolitaine représente un empire du crime qui brasse des centaines de milliards d'euros chaque année, aussi bien dans les trafics que dans l'économie légale, comme l'a brillamment expliqué Roberto Saviano dans le livre-choc Gomorra (lire notre chronique : Mafia, un sale business appelé Camorra) Son récit a été adapté au cinéma dans un film éponyme qui sort ce mercredi en France.
Le réalisateur Matteo Garrone a choisi de tourner une fiction d'après les faits réels relatés dans l'ouvrage mais une fiction réalisée à la manière d'un documentaire. Caméra au poing, caméra coup de poing. Le premier choc est visuel : Gomorra plonge le spectateur au cœur de cités HLM délabrées qui ressemblent à des prisons, d'entrepôts clandestins où s'activent des centaines de petites mains, de décharges à ciel ouvert... On pense à la Tchétchénie ou à la Colombie et pourtant, nous sommes en Europe, en Italie, l'un des pays les plus riches du monde.
Enfermés dans la violence
Bien sûr, les mafieux sont omniprésents. Ils contrôlent tout. Rien ne leur échappe. Ceux qui leur résistent finissent broyés ou abattus. Mais c'est aux "petits" que s'est intéressé Garrone, aux victimes, à ceux qui tentent de survivre en profitant au maximum du Système : Toto, l'ado qui veut faire partie du "Système" camorriste ; Marco et Ciro, deux jeunes qui se prennent pour le Tony Montana de Scarface et qui veulent détrôner les parrains en place ; Don Ciro, qui apporte de l'argent aux familles du clan dont l'un des membres a été arrêté ou tué ; Pasquale, tailleur exceptionnel qui travaille au noir pour des grands couturiers ; Maria, une mère de famille décidée à s'opposer aux "boss" en place ; Franco qui forme Roberto au secteur très profitable du traitement des déchets...
Pour illustrer l'enfermement des personnages, condamnés à vivre dans un carcan de violence, le réalisateur a privilégié les prises de vue où l'arrière-plan est flou. Même lorsqu'il est accompagné, l'individu semble ainsi flotté, seul, dans un monde presque irréel, cauchemardesque.
Tout en faisant honneur au livre de Saviano, Matteo Garrone a réalisé un vrai film, dont l'engagement s'inscrit dans une démarche esthétique forte. Le jury du festival de Cannes ne s'y est pas trompé, qui a attribué son Grand Prix à Gomorra. Ce 13 août, réservez votre journée pour aller voir deux excellents films noirs : Gomorra l'Européen et The Dark Knight l'Hollywoodien (lire notre chronique : The Dark Knight, les premiers spectateur emballés).
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