François Xavier Demaison et Antoine de Caunes lors de l'avant-première de "Coluche, l'histoire d'un mec"C'est l'histoire d'un mec qui racontait des histoires. Elles faisaient rire la France entière. C'est l'histoire d'un film qui fait des histoires. Elles ne font rire personne. Recours en justice, communiqués désapprobateurs de la famille, et même tentative de VGE de réécrire l'Histoire... Avant même sa sortie, "Coluche, l'histoire d'un mec" fait couler de l'encre. On en oublierait presque le film.
Finissons-en tout de suite avec la performance de comédien : oui, François-Xavier Demaison campe un Coluche bluffant de ressemblance, de mimétisme. Certes, la démarche, la gouaille, le sourire sont impeccables. Bien sûr, le jeu de l'acteur concentrera sur lui toutes les louanges. Sans rien retirer à la prouesse, comment en attendre moins d'un professionnel qui a travaillé son personnage pendant plus d'un an ? La technique est irréprochable, si ce n'est peut-être ce petit chuintement dans la voix, peut-être un peu forcé.
Mais la vraie prise de risque n'est-elle pas celle du metteur en scène, du parti pris de narration, d'oser raconter un mythe ? Un risque qu'Antoine de Caunes doit bien mesurer aujourd'hui, à l'aune des protestations qu'il suscite. Et là, il convient de saluer la réalisation. Pas tant d'un point vue technique : la caméra bouge beaucoup, parfois trop. Certaines astuces de narration passent mal, alors que d'autres coulent de source comme le moment de l'annonce de candidature vu à travers les foyers français.
Grande pudeur
C'est bien le style qui fait mouche. Tout en retenue et en pudeur, Antoine de Caunes effleure des sujets difficiles, intimes, sans forcer le trait ou céder à la facilité. Car l'année de la candidature de Coluche à la présidentielle, sujet du film, est aussi celle de sa rupture avec sa femme, Véronique. Le metteur en scène la montre, sans insister, avec force silences. L'origine modeste, la relation à la mère, au père, dont on sait qu'ils ont structuré l'homme, sont eux aussi distillés autour d'un plat de spaghettis.
Et puis, il y a la reconstitution quasi-maniaque de l'atmosphère du début des années 80, ses objets, sa musique ( une bande originale éblouissante, merci M. de Caunes pour le ska jamaïcain!), les personnages de l'histoire : Léa Drucker méconnaissable mais brillante en Véronique Colucci, l'austère Olivier Gourmet en Paul Lederman intraitable. On baigne dans l'époque, qu'on la revive ou qu'on la découvre.
Et c'est peut-être de là que vient le malaise : Antoine de Caunes parle dans les médias d'un travail de "fiction" alors que tout dans le film évoque un méticuleux travail de reconstitution fidèle. Hormis sa famille, la plupart de ceux qui ont côtoyé le comique saluent le film et le travail du réalisateur. A juste titre.
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