W. l'improbable président de Oliver Stone © Metropolitan FimlexportIl fallait oser. Consacrer un film de fiction à un président encore en exercice et qui fait quasiment l'unanimité contre lui. Mais Oliver Stone n'est pas un cinéaste tiède. Tout au long de sa carrière, il a aimé prendre des risques en abordant des sujets qui suscitent le débat, voire la polémique : l'interventionnisme américain et la guerre (Salvador), notamment au Vietnam (Platoon, Né un 4 Juillet, Entre Ciel et Terre), la violence (Tueurs nés, U Turn), le 11 septembre (World Trade Center)...
Oliver Stone "regrette" ses propos sur les Juifs
"J'ai fait un amalgame maladroit sur l'Holocauste, j'en suis désolé", s'est excusé, mardi, le cinéaste américain, suite à à ses propos controversés dans la presse britannique, ce week-end.
Publié le 28/07/2010
Et pour mieux décortiquer la psyché de ses compatriotes, en comprendre les mécanismes, Stone s'est plus particulièrement intéressé au destin de présidents américains emblématiques : John F. Kennedy (JFK), Richard Nixon (Nixon) et enfin, George W. Bush avec W. L'improbable président, qui sort ce mercredi sur les écrans.
W pour Walker
Avant d'être un président honni, George Jr a été un étudiant fêtard. Un buveur et fumeur invétéré qui a tout de même pu décrocher ses diplômes à Yale puis Harvard. Grâce à son père ? Il est vrai que W. (pour Walker) est un fils à papa : George Senior a réussi dans les affaires (l'exploitation pétrolière au Texas) avant d'entrer en politique quand Junior peine à trouver sa voie. Difficile de vivre dans l'ombre de ce père devenu vice-président puis président des Etats-Unis. Surtout quand le père en question porte tous ses espoirs sur le petit frère, Jeb.
C'est ce manque de considération qui amène George Jr à se faire un "middle name" symbolisé par cette lettre, W. Voilà la thèse d'Oliver Stone. Walker n'est pas un mauvais bougre sous ses airs un peu bourrins de cow-boy texan. Franc du collier, George W. Bush est certes un peu limité intellectuellement mais il sait s'entourer et il a une excellente mémoire. Pour autant, il est loin d'être stupide et il se révèle rapidement un politicien habile et combattif. La défaite de son père face à Bill Clinton, malgré la victoire militaire lors de la guerre du Golfe, marque également W. de manière profonde. Quant à sa foi, elle n'est pas le résultat d'un calcul mais d'une prise de conscience. D'une révélation, même.
Paradoxe
Contre toute attente, Oliver Stone n'a pas diabolisé George W. Bush. Il en montre les faiblesses, les incohérences, les blessures aussi, pour finalement brosser le portrait d'un homme qui en serait presque attachant. C'est là tout le paradoxe du film. Walker sort grandi de ce biopic car il apparaît comme l'une des rares personnes sincères (avec sa femme et Colin Powell) au sein de ce milieu politico-affairiste.
Cet élan de sympathie que le public peut ressentir, Josh Brolin en est grandement responsable : il incarne W. avec beaucoup d'humanité. Son interprétation est tout simplement bluffante. Comme celles de ses partenaires : Elizabeth Banks (Laura Bush), James Cromwell (George Bush père), Jeffrey Wright (Colin Powell), Toby Jones (Karl Rove), Richard Dreyfuss (Dick Cheney), Thandie Newton (Condoleezza Rice) pour n'en citer que quelques uns. Chaque acteur a su se faire la tête de son personnage sans tomber dans la caricature. La réussite du film tient en grande partie à l'excellence de ce casting.
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