© REUTERSEn présentant les chances du Ruban blanc quelques heures avant l'annonce du palmarès, Sophie Soulignac, envoyée spéciale de LCI au Festival de Cannes, avait expliqué : "La mise en scène est ambitieuse, le noir et blanc est magnifique. C'est du pur cinéma d'auteur. Peut-être le style d'Isabelle Huppert. Ce serait en tout cas une Palme d'or radicale." Et de poursuivre : "Le Ruban blanc est assez glacial et ne sera pas accessible à tous le monde. S'il obtient la Palme, ce ne sera pas une Palme grand public".
Radical, voire élitiste. Le qualificatif peut être étendu à la quasi-totalité du palmarès. Antichrist de Lars von Trier (prix d'interprétation féminine pour Charlotte Gainsbourg), Kinatay de Brillante Mendoza (prix de la mise en scène), Fish Tank d'Andrea Arnold et Thirst, Ceci est mon sang de Park Chan-Wook (Prix du jury ex-aequo) et Nuits d'Ivresse printanière de Lou Ye (prix du scénario pour Mei Feng) sont autant de films d'auteur, exigeants, qui risquent de ne pas être à la portée de tous les spectateurs.
Oublié, le rire
Certes, le jury a également honoré trois films susceptibles de plaire à un public plus large : Un prophète de Jacques Audiard (Grand prix du 62e Festival de Cannes), Inglourious Basterds de Quentin Tarantino (Prix d'interprétation masculine à Christoph Waltz) et Les Herbes folles d'Alain Resnais (Prix exceptionnel du Festival de Cannes). Reste que Looking for Eric de Ken Loach et Etreintes brisées de Pedro Almodovar, deux longs-métrages réalisés par des auteurs reconnus et populaires hors du cercle des cinéphiles, sont les grands oubliés du palmarès. Le jury n'a d'ailleurs pas eu envie de rire, puisque ni Looking for Eric, ni Taking Woodstock d'Ang Lee ne figurent au palmarès.
Il faut également reconnaître un certain courage à Isabelle Huppert. On ne sait pas encore si la présidente du jury a eu un comportement démocratique ou autocratique - en clair, le palmarès reflète-t-il l'opinion du jury dans son ensemble ou uniquement celle de la présidente qui aurait imposé ses vues ? Toujours est-il que la comédienne n'a pas eu peur de courir le risque d'être accusée de favoritisme en honorant le film de Michael Haneke. Un cinéaste dont elle est proche et qui lui a permis d'obtenir, avec La Pianiste, le prix d'interprétation féminine au festival de Cannes.
La présidente s'explique... |
Le Ruban blanc est un "film extraordinaire" qui ne "livre pas de message, mais dit des choses Interrogée sur le nombre d'oeuvres récompensées - 9 sur 20 en sélection - elle a répondu : "ces films méritaient d'être primés, cela reflète nos goûts". Prix de la mise en scène, Kinatay du Philippin Brillante Mendoza a suscité quelques huées pendant ses projections cannoises. Cela veut dire "que le jury l'a apprécié. Mais ce n'est pas un film à l'eau de rose", a déclaré le juré turc, le réalisateur Nuri Bilge Ceylan, à propos d'un film qui montre des images éprouvantes de l'assassinat d'une jeune prostituée. "N'y allez pas en amoureux", a ironisé l'écrivain britannique Hanif Kureishi. A propos des rumeurs de fortes dissensions dans le jury, la jurée indienne Sharmila Tagore a dit : "Cela devait rester entre nous". Le jury présidé par l'actrice française Isabelle Huppert était composé des comédiennes taïwanaise Shu Qi, américaine Robin Wright Penn, italienne Asia d'après agence |
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