La Palme d'or "radicale" d'Isabelle Huppert

Par Matthieu DURAND, le 24 mai 2009 à 21h08 , mis à jour le 24 mai 2009 à 22h13

Dossier : Festival de Cannes 2011

Analyse - En choisissant "Le Ruban blanc" de Michael Haneke, le jury présidé par Isabelle Huppert a choisi un film d'auteur, typiquement "cannois". Le palmarès récompense d'ailleurs des longs-métrages exigeants.

[Expiré] Michael Haneke Isabelle Huppert © REUTERS

En présentant les chances du Ruban blanc quelques heures avant l'annonce du palmarès, Sophie Soulignac, envoyée spéciale de LCI au Festival de Cannes, avait expliqué : "La mise en scène est ambitieuse, le noir et blanc est magnifique. C'est du pur cinéma d'auteur. Peut-être le style d'Isabelle Huppert. Ce serait en tout cas une Palme d'or radicale." Et de poursuivre : "Le Ruban blanc est assez glacial et ne sera pas accessible à tous le monde. S'il obtient la Palme, ce ne sera pas une Palme grand public".

Radical, voire élitiste. Le qualificatif peut être étendu à la quasi-totalité du palmarès. Antichrist de Lars von Trier (prix d'interprétation féminine pour Charlotte Gainsbourg), Kinatay de Brillante Mendoza (prix de la mise en scène), Fish Tank d'Andrea Arnold et Thirst, Ceci est mon sang de Park Chan-Wook (Prix du jury ex-aequo) et  Nuits d'Ivresse printanière de Lou Ye (prix du scénario pour Mei Feng) sont autant de films d'auteur, exigeants, qui risquent de ne pas être à la portée de tous les spectateurs.

Oublié, le rire

Certes, le jury a également honoré trois films susceptibles de plaire à un public plus large : Un prophète de Jacques Audiard (Grand prix du 62e Festival de Cannes), Inglourious Basterds de Quentin Tarantino (Prix d'interprétation masculine à Christoph Waltz) et Les Herbes folles d'Alain Resnais (Prix exceptionnel du Festival de Cannes). Reste que Looking for Eric de Ken Loach et Etreintes brisées de Pedro Almodovar, deux longs-métrages réalisés par des auteurs reconnus et populaires hors du cercle des cinéphiles, sont les grands oubliés du palmarès. Le jury n'a d'ailleurs pas eu envie de rire, puisque ni Looking for Eric, ni Taking Woodstock d'Ang Lee ne figurent au palmarès.

Il faut également reconnaître un certain courage à Isabelle Huppert. On ne sait pas encore si la présidente du jury a eu un comportement démocratique ou autocratique - en clair, le palmarès reflète-t-il l'opinion du jury dans son ensemble ou uniquement celle de la présidente qui aurait imposé ses vues ? Toujours est-il que la comédienne n'a pas eu peur de courir le risque d'être accusée de favoritisme en honorant le film de Michael Haneke. Un cinéaste dont elle est proche et qui lui a permis d'obtenir, avec La Pianiste, le prix d'interprétation féminine au festival de Cannes.

La présidente s'explique...

Le Ruban blanc est un "film extraordinaire" qui ne "livre pas de message, mais dit des choses
importantes",
a affirmé Isabelle  Huppert, lors de la conférence de presse après la cérémonie de clôture. La présidente, qui a joué dans deux films de Michael Haneke, a affirmé, s'exprimant en anglais : "J'adore son travail, son humanité qui prend parfois un chemin étrange, ce qui rend son travail encore plus intéressant, encore plus fascinant. Il entre dans l'âme humaine". Et d'ajouter : ce "film est philosophique en un certain sens, il est totalement moral. C'est ce que je voulais récompenser. Il garde la distance parfaite".

Interrogée sur le nombre d'oeuvres récompensées - 9 sur 20 en sélection - elle a répondu : "ces films méritaient d'être primés, cela reflète nos goûts". Prix de la mise en scène, Kinatay du Philippin Brillante Mendoza a suscité quelques huées pendant ses projections cannoises. Cela veut dire "que le jury l'a apprécié. Mais ce n'est pas un film à l'eau de rose", a déclaré le juré turc, le réalisateur Nuri Bilge Ceylan, à propos d'un film qui montre des images éprouvantes de l'assassinat d'une jeune prostituée. "N'y allez pas en amoureux", a ironisé l'écrivain britannique Hanif Kureishi.

A propos des rumeurs de fortes dissensions dans le jury, la jurée indienne Sharmila Tagore a dit : "Cela devait rester entre nous". Le jury présidé par l'actrice française Isabelle Huppert était composé des comédiennes taïwanaise Shu Qi, américaine Robin Wright Penn, italienne Asia
Argento, des réalisateurs turc Nuri Bilge Ceylan, américain James Gray et sud-coréen Lee Chang-dong et du romancier Hanif Kureishi.

d'après agence

Par Matthieu DURAND le 24 mai 2009 à 21:08
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Culture
  

22 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Joel, le 25/05/2009 à 19h43

    Michael Haneke est incontestablement un des plus grands cinéastes de notre époque, tous ces films sont extrêmement sensibles et intelligents. Il me semble juste que le festival de Cannes le récompense de la Palme d'Or, cela amènera peut être le grand public à aller voir ses films. Évidemment le fait qu'Isabelle Huppert était présidente du jury cette année a pu aidé pour la palme, mais cela n'enlève rien au talent foudroyant de ce cinéaste qui, par son exigence, son regard et sa radicalité, donne non seulement à faire sentir mais aussi à faire réfléchir le spectateur. Cela fait avancer le cinéma !

  • CB, le 25/05/2009 à 16h23

    Comme le dit très justement Marc de Bruxelles, Cannes rime avec snobisme. J'ajouterais copinage et vanité. Avec un tel cocktail, il n'est pas étonnant de friser souvent le ridicule ... Ces pseudos intellectuels montrent peu d'intelligence en négligeant le cinéma populaire, cinéma que les pragmatiques Américains s'efforcent au contraire de promouvoir sachant pertinemment qu'il n'y a pas de films sans public (sauf à les subventionner à grands coups de fonds publics comme on sait si bien le faire dans notre beau pays qui sera bientôt en réelle faillite). Heureusement qu'il y a eu Charlotte Gainsbourg et son discours remarquable chargé d'émotions ... le Grand Serge a dû être fier de sa fille.

  • Nic, le 25/05/2009 à 09h33

    La joie du jury ........est à l'image du résultat ! cherchez l'erreur

  • Barbusportif78, le 25/05/2009 à 09h21

    A force d'aller à Cannes, Mikael Hannecke a fini par l'avoir, sa palme d'or (heurseusement q'Isabelle Huppert était là) ! "Le ruban blanc" se passe à la même période que le film de Bellochio qui, lui, repart bredouille alors qu'il s'agit du même thème : la montée du nazisme (ou du fascisme) est à rechercher au début du siècle. Très beau palmarès, en tous cas. Bravo à Charlotte Gainsbourg que j'adore, primée por "Antichrist" du provocateur Lars Von Trier et à Jacques Audiar, prix spécial du jury pour "Un prophète". Bravo pour cette cuvée 2009 exceptionnelle.

  • Barbusportif78, le 25/05/2009 à 09h18

    A force d'aller à Cannes, Mikael Hannecke a fini par l'avoir, sa palme d'or (heurseusement q'Isabelle Huppert était là) ! "Le ruban blanc" se passe à la même période que le film de Bellochio qui, lui, repart bredouille alors qu'il s'agit du même thème : la montée du nazisme (ou du fascisme) est à rechercher au début du siècle. Très beau palmarès, en tous cas. Bravo à Charlotte Gainsbourg que j'adore, primée por "Antichrist" du provocateur Lars Von Trier et à Jacques Audiar, prix spécial du jury pour "Un prophète". Bravo pour cette cuvée 2009 exceptionnelle.

  • Samines, le 25/05/2009 à 09h08

    Je n'irai sans doute pas voir ces films tant je suis peu cinéphile. J'ai un profond mépris pour toute cette indécence festivalière qui cache souvent beaucoup d'arrogance. Mais Bravo à Isabelle HUPPERT pour sa capacité à faire des Choix artistiques qui s'émancipent d'un mercantilisme qui se pare souvent de l'expression "destiné au grand public". Bien souvent, il faut entendre et lire "Rentable" quand ces braves gens parlent de "Cinéma Grand Public". Si le Cinéma est un Art, il doit savoir s'affranchir de cet élément lorsqsu'il émet une appréciation du talent. Même si, à l'origine, le talent est une monnaie de compte...

  • Beauty boat béziers, le 25/05/2009 à 08h52

    Je n'ai pas vu ruban blanc: je ne peux donc pas juger. Cependant, je reste nostalgique de "grands films", ceux qui laissent une trace; un souvenir innéfable; une résonnance... comme le septième sceau d'Igmar Bergman ou les enfants du paradis....Bien sûr j'adore le cinéma à spectacle et le 5ième élément et les t'chis aussi... Ces films-là sont réompensés par l'audiance qu'ils obtiennent; le nombre de spectateurs qui se bousculent devant les guichets; l'argent qu'ils rapportent....Mais il faut bien que quelqu'un ou quelque chose récompense les films qui ne cherchent pas nécessairement le tout venant, qui récompense la création pure; l'expression intime de l'artiste ; qui extériorise son monde intérieur; son opinion personnelle quitte à ce quelle soit à contre-courant... Je ne sais pas si ruban blanc a ce mérite puisque je ne l'ai pas vu mais je sais que de grands peintres n'ont connu la gloire qu'après leur mort... Ici, ce serait dommage... peut-être...

  • Isabelle, le 25/05/2009 à 08h17

    Quelle est la différence (et l'intérêt) de "la Palme d'Or du festival", du "Grand Prix" et du "Prix Exceptionnel" ?

  • Marc, le 25/05/2009 à 08h16

    Tout ça n'est que snobisme !

  • Belj33, le 25/05/2009 à 07h58

    L' Exemple meme de la sinistrose de ces intelectuels qui se prennent pour des genies et encombrent nos musés de produits indégirables .

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience