Une journée avec... une cinéphile enragée (5/6)

Par Matthieu DURAND, le 20 mai 2009 à 23h16 , mis à jour le 22 mai 2009 à 22h06

Dossier : Festival de Cannes 2012

Voir deux à trois films par jour, c'est l'objectif que se fixe Murielle lorsqu'elle se rend au Festival de Cannes. Un programme qui implique une organisation rigoureuse, quelques coups de barre et beaucoup de plaisir.

Cannes badgeLe badge d'accréditation au festival de Cannes 2009, avec quelques tickets de projections. © LCI.fr

En vraie cinéphile, Murielle (*) considère le Festival de Cannes comme le paradis sur Terre. Même si parfois, cela peut être aussi l'enfer... Mais pour rien au monde, elle ne manquerait un séjour sur la Croisette au mois de mai. Cette année encore, Murielle en a pris plein les yeux.

Minimum deux films par jour

"Je travaille dans l'audiovisuel donc grâce à mes contacts, j'ai des facilités pour obtenir une accréditation. Un badge qui me permet d'assister aux projections de la compétition officielle, de la Quinzaine des réalisateurs, d'Un Certain regard et de la Semaine de la critique. Et pour le logement, je suis l'hôte d'une amie qui descend à Cannes pour son travail. Je n'ai donc pas à me plaindre !

Avec cette amie, nous nous fixons pour objectif de voir au minimum les deux films en compétition officielle projetés chaque jour. Plus éventuellement un film hors compétition ou dans une autre sélection. On consulte sans arrêt le guide des horaires et on établit notre programme d'un jour à l'autre."

Frustration et humiliation

"Pour voir un film, il faut avoir un badge mais aussi un ticket pour la séance. Tous les jours, il faut aller faire la queue pour récupérer les tickets pour les films du lendemain. Pour la première séance de 8h30, il n'y a pas de problème pour obtenir une place : beaucoup de festivaliers dorment encore. En revanche, pour les séances du soir et celles avec montée des marches, c'est beaucoup plus compliqué. Tu peux faire la queue une heure pour rien. C'est aussi vrai pour les films hors du Palais.

C'est pourquoi j'ai l'habitude de dire que Cannes, c'est le temple de la frustration et de l'humiliation. Frustration car sans le bon badge ou le bon ticket, tu n'as accès à rien. Humiliation car c'est le règne du chacun pour soi : même avec les gens que tu connais et qui te promettent des entrées pour des projections ou des fêtes, tu n'es jamais à l'abri de te retrouver devant la porte sans pouvoir entrer."

Ovations pour Tarantino

"Notre journée type commence avec une projection à 8h30 - ce qui m'oblige à me lever à 7 heures, plus tôt qu'à Paris ! - puis on file chercher les tickets du lendemain, on enchaîne avec un film à 11h30. Ensuite déjeuner et point sur notre emploi du temps du lendemain. A 17h30, on retourne voir un film. On retrouve des amis pour aller dîner vers 23h. Parfois, on a la possibilité d'aller à une fête mais cela m'intéresse de moins en moins.

Les jurés assistent à la séance de 11h30 au Palais des Festivals. Ils ont un emplacement réservé mais c'est marrant de les voir si proches. Ils ne se font pas applaudir. En revanche, à chaque fois que Tarantino est entré dans la salle, il s'est fait ovationner. C'est dingue ! Même le réalisateur dont on projetait le film ne recevait pas le même accueil !"

Eclectique

"Cette année, j'ai bien aimé l'éclectisme de la sélection. Les films noirs étaient très, très noirs. A la projection d'Antichrist, une spectatrice est restée prostrée dans son fauteuil. Il a fallu appeler les pompiers ! A côté de ça, il y a eu des films drôles, comme Là-Haut et Looking for Eric - et rire à Cannes, c'est plutôt rare -, mais aussi des films de genre : de guerre, d'horreur...

Enchaîner autant de films en quelques jours peut être fatigant. Si le film est mauvais ou que j'ai peu dormi, il m'arrive de piquer du nez ! Mais je ne vais pas me plaindre ! Ce qui est génial à Cannes, c'est que tu peux découvrir des films du monde entier qui ne sortiront pas forcément en France ou alors dans quelques salles d'art et d'essai. C'est pour cela que je viens à Cannes depuis dix ans."
 
(*) Le prénom a été changé à la demande de la personne interviewée.

Par Matthieu DURAND le 20 mai 2009 à 23:16
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