Michael Douglas et Shia LaBeouf dans le film Wall Street, l'argent ne dort jamais © Twnetieth Century FoxLe premier week-end cannois débute mais l'ambiance reste étrangement calme. Après une première soirée sous une pluie battante, qui n'a pourtant pas découragé les amateurs férus des fêtes cannoises qui se sont pressés devant les barrières dressées le long de la plage du Majestic où se déroulait la soirée de Robin des bois, le soleil brille à nouveau mais la ferveur se semble pas vouloir pleinement éclater et les festivités tardives ne sont pas aussi prisée que les années précédentes, les fêtes aussi torrides et lumineuses. Même les vedettes se font plus discrètes privilégiant les carrés VIP.
Le clinquant semble à nouveau céder sa place au cinéma. La Croisette réussit toujours néanmoins à imposer sa puissance en soulevant de fougueux bains de foule quotidiens. Ainsi, alors que nous marchions rue d'Antibes jeudi, s'élèvent soudainement des cris hystériques, une nuée de photographes courent sur le trottoir, nous sommes obligés de nous reculer pour ne pas être bousculer sauvagement par une meute humaine déchaînée poursuivant un Jean-Claude Van Damme assumant dignement sa popularité, mais ignorant sereinement les cris de ses fans. Une foule en délire se pressait également hier soir autour d'Alain Delon en visite sur le plateau de Nulle Part Ailleurs. La Croisette continue donc toujours d'attirer fans et badauds, prêts à tout pour décrocher un autographe, celui d'une star ou d'une toute autre pseudo vedette, c'est ce qui fait toute la magie et la violence du Festival, lui apporte une fougue vitale pouvant devenir parfois insupportable.
La compétition et Michael Douglas
Du côté des films en compétition, le premier film français de Mathieu Amalric a su déjà s'imposer avec émotion. Un récit entre documentaire et fiction autour des strip-teaseuses du New Burlesque, des femmes d'une vérité touchante, dont la folle énergie et la spontanéité vivifiante ont illuminé les marches hier soir. Le film d'Amalric repose sur leur présence, sur des fragments d'intenses émotions, elles mériteraient un prix commun d'interprétation. Si le film du réalisateur chinois Wang Xiaoshuai, Chongqing Blues a globalement déçu un public attaché à ses précédentes œuvres, Beijing Bicycle ou Shanghai Dreams notamment, par sa mise en scène trop mélodramatique et sa narration trop larmoyante, le film du coréen Im Sang-Soo, The Housemaid, d'une sensualité acérée et épurée, a su saisir les spectateurs happée par cette confrontation aussi glaciale que bestiale entre une jeune femme généreuse et naïve, gouvernante
discrète, et son patron, personnage bestial et inhumain, dont le mépris se ressent dans les silences et les apparences, les contours d'un décors monstrueusement pompeux et baroque.
Vendredi soir ce sont Oliver Stone, Michael Douglas et Shia LaBeouf qui foulent le tapis rouge pour Wall Street, l'argent ne dort jamais. Sorti en 1987 le premier opus s'arrêtait sur le cheminement d'un jeune courtier joué par Charlie Sheen se laissant corrompre par un redoutable investisseur, Gordon Gekko. Gordon Gekko que l'on retrouve ici quelques années plus tard à sa sortie de prison, se rapprochant d'un jeune trader fréquentant sa propre fille, qu'il va manipuler pour retrouver une nouvelle puissance au cœur d'un New York plongé en plein krach boursier. En dépit d'une mise en scène trop maniérée, Oliver Stone réussit à rendre accessible pour les non initiés le monde obscure de la finance, qu'il fustige avec un redoutable cynisme.
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